La tripartie gouvernement-patronat-Ugta s’ouvre aujourd’hui à Alger et se veut une réponse à plusieurs urgences et défis que posent la situation sanitaire et, plus globalement, l’état de l’économie nationale, sérieusement fragilisée par la rechute des prix du pétrole sur le marché mondial, mais aggravée par l’épidémie du coronavirus. Au menu de cette tripartite figurent ainsi les impératifs de relance économique, de réponse aux difficultés sociales générées par la crise ainsi que les voies et moyens susceptibles d’aider les entreprises à retrouver la dynamique de croissance de de production.

Le gouvernement doit muscler son programme économique pour mieux répondre aux urgences et défis de l’heure, aggravés par la crise sanitaire et l’amenuisement des ressources financières. Les temps semblent se durcir et l’Exécutif fait face désormais à un double dilemme : celui de faire face à la pire récession que le pays n’ait jamais connue depuis les années 1990 avec, comme éléments inquiétants le ralentissement économique, les craintes de faillites en cascade et des pertes d’emplois…, et celui de rétablir la viabilité des finances publiques et des comptes extérieurs, faute de quoi la solvabilité du pays s’éroderait davantage au fur et à mesure que le matelas de devises se rétrécit comme peau de chagrin. Après une année 2019 marquée par l’incertitude politique, l’année en cours s’annonce plutôt difficile au plan économique et social, exigeant du gouvernement un traitement de choc, faute de quoi la gangrène de la récession finira par détruire des pans entiers de l’économie et jeter des milliers de salariés dans le giron du chômage. L’épidémie de coronavirus n’a fait qu’aggraver la situation, qui s’était déjà complexifiée sous l’effet de la rechute des cours du Brut depuis le début de l’année, réduisant la consommation et l’investissement, érodant le pouvoir d’achat, fragilisant la trésorerie des entreprises, précipitant certaines d’entre elles dans la faillite, réduisant les recettes budgétaires à l’heure où les dépenses ont beaucoup cru. C’est dire que les temps se sont gâtés, avec le besoin de satisfaire les impératifs de croissance économique et la nécessité de réagir à de véritables bombes sociales à retardement, dont le chômage en hausse et le pouvoir d’achat en forte érosion. C’est dans ce contexte qu’intervient la réunion tripartie qui s’ouvre aujourd’hui et qui devrait réunir le gouvernement et ses partenaires sociaux parmi les organisations patronales et syndicales. Au menu de cette réunion figurent deux dossiers d’une urgence extrême : examiner le plan de croissance socioéconomique et débattre des voies et moyens à même de soutenir les entreprises affectées par l’onde de choc provoquée par la crise de coronavirus. L’un dans l’autre, les deux dossiers conditionnent la reprise de la croissance et la sortie de crise, pour peu qu’un consensus soit trouvé et que les institutions chargées de la mise en œuvre dudit plan passent aussitôt aux travaux pratiques. Au moins 1000 milliards de dinars, disponibles dans les caisses d’affectation spéciale auxquels s’ajoute le reliquat non dépensé de la planche à billets, ainsi que 10 milliards de dollars à mobiliser immédiatement y seront consacrés, selon le chef de l’Etat. Du côté du patronat, le premier sujet qui vient à l’esprit est celui de la mobilisation de la ressource nécessaire en faveur des entreprises ainsi qu’une impérative souplesse fiscale qui devrait aider à la reprise de la croissance. Si l’assouplissement fiscal est acquis, le soutien financier aux entreprises en difficulté ne l’est pas encore, étant donné que les modalités ne sont pas arrêtées, encore moins le calendrier. La réunion tripartie devrait plancher sur le mode d’emploi afin d’accélérer le retour de la dynamique dans les secteurs à forte valeur ajoutée. L’enjeu du Covid-19 et le plan de relance reste entier et figure ainsi en haut des priorités inscrites à l’ordre du jour de la tripartite. Le gouvernement devrait faire d’importantes annonces à l’issue de cette tripartie afin d’encourager l’investissement et calmer l’impatience du monde du travail. L’administration économique, dont les banques, le fisc, les douanes et les institutions en charge de la lutte contre la fuite et l’évasion fiscales et autres fléaux économiques seront invitées à faciliter l’implantation des investisseurs locaux et étrangers, rendre l’acte d’investir accessible à tous et à toutes les régions. Tout l’enjeu est là. Il y va de la bonne santé microéconomique et macroéconomique du pays. n