Les pays de l’OPEP se sont heurtés, hier, à Vienne au refus de la Russie, pays non-Opep, d’amplifier la baisse de production de pétrole – une coupe collective supplémentaire de 1,5 million de barils par jour jusqu’à la fin de l’année – pour enrayer la chute des cours du brut affectés par l’épidémie du coronavirus. L’échec d’un accord fait plonger les prix du baril et augure d’une grave crise entre les deux parties.

Coup dur pour l’Organisation des pays exportateurs de pétrole, notamment ceux dont l’économie dépend des recettes d’exportation des hydrocarbures. Alors que les prix du pétrole poursuivaient hier leur chute pour atteindre leur plus bas depuis 2017, la réunion de l’Opep+, à Vienne, s’est achevée sans un accord de réduction supplémentaire que l’organisation comptait arracher pour limiter les dégâts causés au baril de l’or noir l’épidémie du coronavirus.
Et pour cause, l’organisation a buté sur la position de la Russie qui a refusé les couples additives de 1,5 million de barils par jour sur lesquels se sont entendus ses membres lors de leur réunion, la veille dans la capitale autrichienne.
Jugeant qu’il est trop tôt pour prédire l’impact de l’épidémie du coronavirus sur la demande mondiale de pétrole, Moscou s’accroche donc à sa position qu’elle manifeste d’ailleurs depuis la réunion de l’Opep+ du début février dernier lorsque le ministre russe de l’Energie, Alexandre Novak, avait laissé entendre que la réponse de son pays pouvait attendre. Et pour ces retrouvailles du 6 mars, c’est le président russe lui-même qui s’est chargé d’annoncer la couleur de la réponse de Moscou à la nouvelle recommandation qu’allait lui présenter le cartel. En effet, M. Poutine avait déclaré dimanche dernier que les cours actuels du brut étaient «acceptables pour le budget de la Russie» et que la Russie avait «suffisamment de ressources pour faire face à une détérioration de la situation économique mondiale».
C’est donc cette position annoncée qui s’est confirmée hier à Vienne dans une réunion qui a officiellement démarré avec un peu plus de six heures de retard après des pourparlers informels sans permettre de sortir de l’impasse.
Le coup que reçoit l’Opep ne se limite pas au seul refus russe des coupes supplémentaires de 1,5 million de barils par jour, mais aussi au rejet de la prolongation de la réduction en cours de 1,7 million de barils par jour jusqu’à la fin de l’année 2020. Du coup l’accord sur cette réduction s’achèvera dès la fin mars et c’est aussi M. Novak qui s’est chargé de le rappeler hier au sortir de la réunion lorsqu’il a déclaré aux journalistes qu’«à partir du 1er avril, compte tenu de la décision prise aujourd’hui, personne – ni pays de l’Opep, ni pays de l’Opep+ – n’a d’obligation de baisser la production». Un rappel qui laisse transparaître un certaine distanciation prise ces dernières semaines par la Russie vis-à-vis de ses partenaires de l’Opep, augurant peut-être de la fin de l’accord Opep-non Opep qui a vu l’organisation et
ses dix partenaires, dont la Russie, s’engager au retrait du marché de 1,2 million de barils par jour pour juguler la dégringolade des prix du baril de 2014 qui avait fait tomber le brut jusqu’à hauteur de 30 dollars.
En décembre dernier, l’alliance a accru cette réduction de 500.000 barils tandis que l’Arabie saoudite en retirait, à titre individuel, 400.000 de plus. Mais un nouvel ajustement sévère est devenu plus que nécessaire depuis l’apparition de l’épidémie de Covid-19 et son impact à l’économie mondial avec les dommages collatéraux causés aux pays exportateurs de pétrole par voie d’une sensible réduction de la demande mondiale en vue. Ue demande que l’Opep a d’ailleurs révisé fortement à la baisse il y a quelques jours, faisant que l’offre excédentaire a de fortes chances de durer et de maintenir encore les cours de très bas niveaux.
Ce sont, en tous les cas, les signes de la journée d’hier, la dernière de la semaine qui a vu le baril de Brent de la mer du Nord s’approcher de la clôture à un prix de 46,34 dollars à Londres, en baisse de 7,30% par rapport à la clôture de jeudi, 45 minutes après être tombé à 45,28 dollars, un plus bas depuis juin 2017.
Quant au West Texas Intermediate (WTI), il est descendu à son plus bas depuis août 2016,à 41,77 dollars, avant de remonter à 42,41 dollars, perdant 7,58%.