Les indicateurs de la situation sanitaire due au nouveau coronavirus et de la situation socio-économique du pays plaident pour un allègement du dispositif actuel de confinement après l’expiration de celui en cours jusqu’au 13 juin. Il s’agira d’un déconfinement «progressif et flexible», selon le Premier ministre, Abdelaziz Djerad, qui s’est exprimé, hier, à l’occasion de la réunion du gouvernement qui a eu à se pencher sur la situation sanitaire du pays, après une communication du ministre de la Santé, de la Population et de la Réforme hospitalière, le Pr Abderrahmane Benbouzid.

Une communication dans laquelle il a présenté «l’évolution de la situation sanitaire liée au Covid-19 au niveau national, ainsi que les dispositions prises par les pouvoirs publics pour y faire face».
A la suite de la présentation de cette communication, le Premier ministre a tenu à rappeler les directives du président de la République, indiquant que «la feuille de route de sortie du confinement sera progressive et flexible et devra être, impérativement, élaborée sur la base des recommandations émises par l’autorité
sanitaire et en concertation avec les partenaires sociaux», tout en rappelant que «la santé des citoyens demeure la priorité des préoccupations des pouvoirs publics».
La levée progressive du confinement partiel s’est confirmée et, selon toute vraisemblance, touchera la vie socio-économique dans son ensemble. La reprise annoncée de certains secteurs d’activités, outre celui du BTPH, et la réouverture de nombreux commerces est à l’ordre du jour après près de trois mois d’arrêt.
Ce qui est salutaire pour un retour à la dynamique économique indispensable. Une démarche qui doit s’effectuer avec «l’application des mesures de prévention qui resteront en vigueur» et qui sont «une condition sine qua non», selon les membres du Comité scientifique membre du Comité scientifique de suivi de l’évolution de la pandémie de coronavirus en Algérie.
Mais cela n’est pas sans susciter quelques appréhensions pour la frange de la société qui se conforme aux mesures de prévention face au fait qu’une autre frange ne s’y conforme pas.
Les appréhensions viennent également de la part des spécialistes en charge de ce dossier après les constats, de tout un chacun, du degré de respect des mesures en question sur le terrain.

Les commerçants prêts à signer une «déclaration sur l’honneur»
Dans les lieux publics, les commerces et autres lieux qui constituent des terrains propices à la contamination au Covid-19, il y a une défection par rapport aux mesures de protection que sont le port du masque et la distanciation physique, pourtant obligatoires depuis le 24 mai dernier avec sanctions prévues contre les contrevenants. Le risque de propagation du nouveau coronavirus est toujours là et les citoyens devront faire «preuve de plus de vigilance». «Ce qui serait à même de minimiser les effets de cette crise sanitaire sur la vie économique et sociale, c’est que tous les citoyens respectent convenablement toutes les mesures de prévention», selon un membre du le Comité scientifique, qui a ajouté que «l’Etat a fait tout ce qui était en son pouvoir et mis tous les moyens qui étaient à sa disposition pour faire face à la crise sanitaire due au Covid-19. Maintenant, la balle est dans le camp des citoyens».
Pour leur part, les commerçants qui appellent à la reprise de leurs activités semblent disposés à appliquer les mesures en question. Le président de l’Union générale des commerçants et artisans algériens a déclaré, sur les ondes de la Radio nationale, que les commerçants se sont dit «prêts à signer une déclaration sur l’honneur» de se conformer aux mesures de prévention.

«Décrue de la pandémie, mais…»
Lors d’une intervention également à la Radio nationale, le Pr Mohamed Yousfi, chef de service des maladies infectieuses à l’hôpital de Boufarik et également président du Syndicat national des praticiens spécialistes de la santé publique (SNPSSP) a fait le constat d’«une décrue de la pandémie de Covid-19 qui se précise à travers les chiffres. Celle-ci est visible dans les hôpitaux à travers les services de réanimation et à travers le nombre de décès qui sont en constante baisse, ainsi que le nombre total des contaminés à travers les différentes wilayas».
Il explique que cela «en raison du respect des mesures qui nous permettent d’atteindre de tels résultats et, par conséquent, de sortit plus rapidement de cette phase de confinement partiel». Néanmoins, fait-il remarquer, «ce n’est pas encore suffisant, et c’est à nous, en tant que citoyens, d’arrêter la durée de cette phase en fonction du respect des recommandations que nos spécialistes, à savoir le port du masque et la distanciation physique. C’est ce qui permettra aux citoyens d’avoir moins de pression dans leur vie quotidienne et aux personnel de la santé de souffler un peu, car n’oublions pas que celui-ci travaille de façon continue depuis le début de la pandémie et que nombre d’entre eux ont payé de leur vie et d’autres sont contaminés». D’où l’impératif de rester vigilant et de se conformer aux mesures sanitaires, recommande-t-il encore une fois.

«L’après Covid, un point d’interrogation»
Il poursuit en soulignant qu’«il faut que nos concitoyens comprennent qu’après le Covid-19, ce ne sera pas la même chose pour des semaines ou des mois, on ne sait pas encore comment la situation va être après ce virus, c’est un point d’interrogation. Tous les spécialistes disent qu’ils ne savent pas ce que sera la vie après cette pandémie. Mais en attendant, nous avons les moyens à notre portée. Il faut juste qu’on se fasse une raison et qu’on apprenne à mettre le masque, à laisser un espace entre nous et, surtout, d’éviter les lieux de rassemblement». Ce sont des mesures simples, dit-il, estimant qu’«il faut qu’elles soient intégrées dans la mentalité de nos concitoyens».
« Ce n’est pas facile, certes, comme pour les Asiatiques qui ont appris à le faire depuis longtemps, mais c’est un passage obligé pour passer cette période de confinement sans trop de dégâts et pour revenir à une vie plus ou moins normale tout en intégrant le donne du virus. Car même s’il y a eu une avancée en termes de connaissance de ce virus, des zones d’ombre persistent sur son évolution qui, à ce jour, n’a ni remède ni vaccin».
Pour lui, la situation de la pandémie de Covid-19 est stable à travers le pays. Il donnera l’exemple de l’hôpital d’EPH de Boufarik. «Il y a une diminution en termes d’afflux aux urgences et d’occupation des lits avec, bien sûr, des courbes en cloche certains jours, mais la pression a nettement diminué et la panique d’avant n’est plus d’actualité. Cela démontre que les citoyens, dans l’ensemble, ont intégré la donnée de l’impératif de se protéger et nous les encourageons à continuer dans ce sens. Nous encourageons, aussi et surtout, la frange rebelle aux conseils des médecins de s’y conformer pour pouvoir aller, avec toute la population, au déconfinement». Ainsi, le Pr Yousfi lance un appel à l’adresse de ceux qui sont encore «réfractaires», car c’est avec «le concours de toute la population que nous pourrons arriver à des résultats positifs et qui soient durables. L’appel est donc lancé au bon sens et au sens de la responsabilité envers soi et envers autrui. n