Par Bouzid Chalabi
En ces temps où les ressources financières du pays sont en déclin, il va de soi que la problématique récurrente de la réévaluation des projets d’équipements n’en est pas moins inquiétante. En témoignent les chiffres effarants des surcoûts. Selon le Premier ministre Aïmene Benabderrahmane, les opérations de réévaluation à répétition des projets d’équipements publics ont coûté à l’Etat 8 908 milliards de dinars sur la période 2005-2020, soit une moyenne de près de 600 milliards de dinars par an. Chiffre qu’il a communiqué lors d’une plénière consacrée aux questions-réponses des députés sur le Plan d’action du gouvernement et à la clôture de la réunion Gouvernement-Walis.
Il est donc clair que ces surcoûts exorbitants pèsent lourdement sur le budget de l’Etat. Autant dire que c’est un véritable gouffre financier, mais aussi une source de gabegie. Face à cet épineux constat, le chef de l’exécutif préconise la révision des modes d’inscription et de réévaluation des projets publics avec activation des outils de planification nécessaires. Ce dernier, qui s’exprimait au terme des travaux de la rencontre Gouvernement-Walis a déclaré que la réévaluation des projets réalisés au cours des quinze dernières années a coûté plus de 8 900 milliards DA. Ce qui impose de prendre des mesures pour la rationalisation des dépenses, la lutte contre le gaspillage et la garantie de la réussite du fonctionnement des programmes de développement. A cet effet, le Premier ministre estime que la mise en œuvre des projets doit dépendre de l’arrivée à maturation de ceux-ci et la finalisation de leurs études sur tous les plans. Le Premier ministre a ajouté que ces projets doivent aussi être réalisés dans les délais prescrits pour éviter les opérations de réévaluation qui impactent le budget de l’Etat, en ce sens, qu’il y a des projets lancés en 2001 qui sont toujours en cours de réalisation, d’où la révision de l’enveloppe financière affectée «trois fois». Il a précisé que la mauvaise évaluation financière des projets et les quelques dépassements enregistrés ont nécessité la révision du mode d’inscription des projets, l’activation des outils de planification et l’amélioration du schéma d’aménagement du territoire, ce qui doit être suivi d’une large opération d’adaptation avec les codes communal et de wilaya.
En matière d’amélioration de gestion du service public, le Premier ministre a mis l’accent sur la nécessité d’adopter une vision économique et de dépasser certaines méthodes de travail purement administratives. Il a annoncé également l’élaboration d’une loi spéciale, en partenariat entre les secteurs public et privé, laquelle sera soumise aux deux chambres du Parlement pour adoption en vue d’encadrer la gestion du service public.
Concernant les ressources financières, le Premier ministre a souligné la nécessité de «passer de la logique de consommation du budget annuel à celle de création de richesse», en se basant sur une vision commune de développement entre les différentes parties agissantes. Il a rappelé, dans ce sens, la décision du Gouvernement de revoir la loi sur les marchés publics et la promulgation de textes réglementaires pour davantage d’efficacité à l’application, et le lancement d’un portail électronique des marchés publics avant novembre prochain. Le Premier ministre a souligné, en outre, l’impératif de saisir toutes les opportunités offertes dans le pays, y compris le développement du transport aérien domestique. Il a cité, dans ce sens, la levée de toutes les difficultés entravant l’association du secteur privé à l’exploitation du transport aérien et maritime, arguant que les dossiers des investisseurs sont attendus au niveau du ministère des Transports pour examen.
M. Benabderrahmane a indiqué que le Gouvernement était en passe de finaliser la révision de la loi relative à l’investissement et à l’élaboration de ses textes réglementaires, ce qui est en soi «un acquis». Il a également accordé un délai de 18 mois aux walis pour réguler l’exploitation du foncier, atteindre l’autosuffisance et relancer les investissements locaux.
«Il est grand temps de destiner le foncier aux véritables investisseurs pour atteindre la sécurité alimentaire, se prémunir de la volatilité des prix sur les marchés internationaux. Les walis sont appelés à veiller à la réalisation de cet objectif dans un délai n’excédant pas 18 mois», a-t-il enfin martelé. n