Les années se suivent. Le bricolage perdure et les contreperformances s’empilent. Les catégories jeunes de l’équipe nationale essuient les humiliations tel un traumatisme permis par les responsables qui ne font rien pour leur offrir un véritable environnement d’épanouissement. Et cela dure depuis longtemps. Ceux qui passent aux commandes de la Fédération algérienne de football (FAF) consomment les mandats sans penser au long terme. Une sorte d’égoïsme et une vision qui ne dépasse pas la durée des 4 ans de règne.

Que ce soit du temps de Mohamed Raouraoua ou présentement avec Kheireddine Zetchi comme président de la Fédération algérienne de football (FAF), les jeunes catégories de l’équipe nationale n’ont, sauf en deux occasions, jamais procuré de véritables émotions ou créé de sensations. Il y a eu une succession d’affronts. La récente campagne des U20 lors de l’UNAF-2020 en Tunisie n’a pas dérogé à la règle. Un seul point de pris sur 9 possibles et une incapacité à présenter ne serait-ce qu’un semblant de projet de jeu.
Un point volé face à la Tunisie pour sauver l’honneur et atténuer le cataclysme. Les espoirs de l’Algérie ont été pour le moins désespérants pour rappeler qu’il n’y a pas grand-chose à espérer du bricolage. Chez les sélections de jeunes, on fait ce qu’on peut qualifier d’un assemblage mode pêle-mêle. Des équipes bâties à la hâte pour certaines occasions. Le tout dans un laps de temps très court en priant le ciel qu’il y ait miracle.

Haddadj a eu le mérite d’essayer
Mais, dans une ère où le football est presque devenu science exacte (même s’il garde sa part d’irrationalité), l’absence d’une véritable politique sportive ne peut qu’engendrer des déroutes. Ce lundi après-midi contre la Libye, l’Algérie a essuyé le second revers de suite dans le tournoi régional. Sur le score de 1 but à 0. Comme face au Maroc il y a 3 jours. Oui c’est étriqué. La facture n’est pas salée mais elle n’enlève pas l’étiquette de losers qui semble, plus que jamais, nous coller. Même si l’équipe fédérale a changé.
A la tête du Paradou AC, Kheireddine Zetchi a pu lancer une académie qui a permis de polir certains diamants bruts et les épurer. On pense aux Bensebaïni, Atal et Boudaoui qui ont montré qu’un local peut percer s’il est suffisamment encadré. Auparavant, ce constat a été vérifié avec l’Académie de l’EN lancée par Hamid Haddadj qui nous a offert cette qualification en Coupe du Monde 2009 chez les U17. Nos cadets ont pu accrocher la messe universelle après avoir atteint la finale de la CAN-2009 disputée en… Algérie avant de perdre en finale contre la Gambie (3-1). Raouraoua, patron de la FAF à l’époque, a tiré profit du travail mis en place par son prédécesseur Haddadj.
Ce dernier, qui a opté pour une méthode académique, a montré qu’il était possible de tirer quelque chose de nos jeunes. Même s’il a aussi fallu que les petits Fennecs jouent dans leur pays et devant leurs supporters pour aller loin dans une épreuve continentale. Quelques survivants de cette académie, à l’instar de Darfalou et Ferhat, ont joué, 6 ans plus tard, la CAN-2015 U23 pour s’offrir un billet aux Jeux Olympiques 2016 à Rio (Brésil) en terminant vice-champions d’Afrique.

Binationaux et « fast foot »
C’était les deux seules bouffées d’airs dans le marasme footballistique algérien. Le fait de pouvoir aller puiser dans le réservoir des binationaux, à compter de 2009 avec la loi des Bahamas, aura toujours endormi l’instance footballistique majeure du pays qui a basculé dans une sorte de « fast foot » dans lequel on opte pour la solution facile : se rabattre sur la production de l’école française. Raouraoua était même allé jusqu’à gelé les catégories jeunes pour fuir des bérézina devenues inévitables et chroniques.
Zetchi n’a pas fait mieux. Lui qui a toujours mis en avant sa « formationphilie ». D’ailleurs, après avoir, dans un premier temps, désigné le Français Ludovic Batelli comme driver des U20 puis muté en DEN éphémère pour le fiasco qu’on connaît (passage éclair et résiliation de la collaboration expresse), le chairman du PAC a juste essayé de transposer la formule des « seniors » en créant une cellule. Il s’agit de la fameuse Task Force, pour convaincre des joueurs expatriés de rejoindre les EN de jeunes. Pour preuve : 12 des 27 joueurs U-17 retenus récemment jouent en Europe. En revanche, plus ont monte en catégories, moins il est facile de convaincre les clubs de libérer leurs signataires. Surtout quand il s’agit d’un footballeur de qualité. Pour ceux de second rang, il n’est pas compliqué de les faire venir.
Pour ce qui est des U20, ils n’étaient « que » 8 (avant le forfait de Hussayn Touati) à être retenus par le sélectionneur Saber Bensemaïn qui a décidé d’avoir un effectif à forte consonance « locale ». Une mayonnaise qui n’aura pas pris. Une nouvelle faillite que la FAF devra assumer. D’autant plus que le technicien à qui la mission a été confiée a paru dépassé avec des choix pour le moins aléatoires qui montrent qu’il n’avait pas d’idées concrètes et une connaissance véritable du groupe qu’il avait sous la main depuis janvier 2020. Aléatoire, c’est le mot approprié pour qualifier la gestion du volet « sélections de jeunes ». Consternation.
Les centres de formation, l’espoir qui fait vivre
Derrière la vitrine fascinante des « seniors », il y a le désordre et une négligence qui montre que le travail de fond n’est guère la préoccupation première. Que ce soit chez Raouraoua ou chez son successeur, la culture est la même : la lose et la collection des humiliations. Et tant que la sélection première va bien, peu importe si le reste va mal.
En gros, il n’y a ni relève ni continuité. Juste une ultra-dépendance à ce qui provient de l’autre côté de la rive. Un tranquillisant qui présente un fort risque d’overdose. Pendant ce temps là, les rêves de nos jeunes sont placés sous perfusion. Surtout que les clubs du pays n’offrent aucune alternative ni donnent les moyens de frapper aux portes d’El-khadra. Sauf dans des cas vraiment isolés.
Au terme de son premier mandat, Zetchi n’a pas marqué de véritables points. Même s’il y a la consécration de Mahrez & cie à la CAN-2019 qui offre un crédit à fort coefficient. La carte des Centres de formations, qu’il a lancés en utilisant l’enveloppe qui était dédiée à l’hôtel de la FAF, sera certainement abattue lors d’un second quadriennat quasiment-acquis même si le concerné bluffe en disant qu’il ne se représentera pas. On espère que le bluff et la diversion ne seront pas là lors du mandat à venir. Et on rappellera aussi que la FAF n’a ni Direction technique nationale (DTN) ni Direction des équipes nationales (DEN) depuis un bon bout de temps. Le pilotage improvisé n’évite pas les crashs.