Par Bouzid Chalabi
Cela va faire plus de deux mois que la baguette de pain ordinaire – à base uniquement de farine, dont le prix est subventionné par l’Etat – se fait de plus en plus rare dans les boulangeries depuis qu’une écrasante majorité de boulangers, quand ce ne sont pas tous, ne fournit plus cette catégorie de pain à ses clients. Elle a été remplacée par du pain à base de semoule cédé à 15 DA la baguette. Du coup, les citoyens, dont c’est l’aliment de base, jugent que la situation n’a que trop duré car, pour eux, cette concomitance entre le trop plein d’offres de pain à base de semoule et la rareté de celui fait de farine ont fini par les exacerber.
De prime abord, l’équation paraît simple : il y a beaucoup moins de farine, par contre, la semoule est à profusion sur le marché. Résultat. Les artisans boulangers n’arrivent plus à s’approvisionner en quantité suffisante pour satisfaire au quotidien leur clientèle. C’est du moins ce qu’avait expliqué à Reporters, au tout début de la crise, Omar Ameur, le président de Fédération des boulangers affiliée à l’Association nationale des commerçants algériens (Anca). Et ce dernier d’ajouter dans ce sens : «Non seulement la quantité demandée auprès des minoteries n’est pas satisfaite, mais nous avons été surpris à notre grand étonnement d’apprendre que dans le prix cédé, le coût de la livraison de la farine n’était pas compris comme auparavant. Du coup, c’est le coût à la production qui devient plus élevé, et par ricochet, c’est notre marge bénéficiaire qui va encore une fois diminuer. Il nous restait plus qu’à choisir, travailler à perte ou ne plus fournir de pain à base de farine et le remplacer par celui à la semoule, dont la marge bénéficiaire, quoique maigre, nous permettait de nous maintenir en activité. Depuis, par souci de répondre aux besoins de leurs clients, certains boulangers ont continué à produire la baguette de pain à 10 DA. Mais ils sont de moins en moins nombreux car voyant que cela les entraîne vers de grosses pertes financières». Entre-temps, le ministère du Commerce par la voix de son premier responsable Kamel Rezig n’a eu de cesse de dire que «la farine est disponible en quantité importante, ce qui permet aux boulangers de s’approvisionner régulièrement et en quantités suffisantes». Mais ce dernier, selon Ameur, a omis de préciser que «les conditions de vente avaient changé et que, par ailleurs, on nous demandait d’établir tout un dossier pour pouvoir s’approvisionner auprès des minoteries. Des dossiers que plusieurs d’entre nous ont tardé à fournir et qui se sont mis en congé prolongé et, par voie de conséquence, d’accentuer la tension sur le pain».
Piètre qualité
de la farine destinée à la panification
De son côté, le président de la Fédération nationale des artisans boulangers (FNAB), Youcef Kalafat, affiliée à l’UGCAA, approché hier par Reporters, a révélé que «l’offre de la farine au niveau des minoteries est en baisse, poussant ainsi les artisans de se contenter de travailler uniquement avec de la semoule». Ce responsable confiant : «Quand bien même l’offre de la farine est satisfaisante, nos boulangers préfèrent de plus en plus travailler avec la semoule, du fait de la piètre qualité de la farine qui leur est proposée. Craignant pour la santé de leurs clients, nombreux, sinon une grande majorité de boulangers, ont abandonné la production de pain ordinaire à base de farine.» Sur ce dernier point, il rappelle que ce défaut de la qualité fait partie de la liste de nos doléances déposée auprès du ministère de tutelle. A propos de doléances, Kalafat dira : «Cela fait près de trois ans que nos doléances sont lancées mais sans pour autant connaitre de résolutions, seulement des promesses que le ministère allait s’y pencher. Des promesses jamais tenues», déplore Kalafat. C’est ce que partage le président de l’autre aile de la FNAB, Ameur. Ce dernier précisant dans la foulée «depuis le mois de février, nous avons rencontré la tutelle plus de trois fois sans résultats concrets». D’après Kalafat, «seule satisfaction à l’issue de notre dernière réunion, est d’apprendre que le Premier ministère a pris en charge nos doléances qui seront soumises prochainement lors d’un Conseil des ministres». Ameur conforte cette information et ajoute dans ce sens : «Il est temps car notre secteur a besoin de prises de décisions qui demandent l’implication de toutes les parties prenantes, afin que les boulangers et les consommateurs ne soient pas lésés». «Car c’est là, une denrée de première nécessité», a-t-il conclu. En définitive, il s’agira de faire le bon diagnostic sur cette activité et agir principalement dans l’intérêt du consommateur et des deniers de l’Etat. <