Par Nadir Kadi
Invités hier par l’association Rassemblement Action Jeunesse (RAJ), Saïd Khelil, militant pour la démocratie, ancien secrétaire général du FFS, et Nacer Djabi, chercheur et sociologue, ont abordé l’évolution de la question dite « identitaire » entre les années 1980 et aujourd’hui. La rencontre organisée par RAJ dans le cadre de ses « forums » intervient par ailleurs en célébration du « soulèvement du 20 avril 1980 ».
Ainsi, dans de longues interventions, malheureusement très mal cadrées, les deux intervenants ont mis en avant « l’enchaînement » ayant entraîné, selon eux, le mouvement de 2019 mais surtout l’avenir de l’une des questions qu’il porterait, à savoir la vision de l’identité maghrébine. Ainsi il est en substance expliqué que la réponse à cette question est dans l’Histoire : « Dès 1940 nous parlions déjà de crise berbériste ou anti-berbériste, selon le côté ou l’on était », a expliqué Saïd Khelil, alors que Nacer Djabi ajoute que « durant les années 1950, le Maghreb était plus proche ».
En effet, après un long retour sur l’histoire du 20 avril 1980, « marqué par le soulèvement à Tizi Ouzou et dans toute la Kabylie (…) Durant trois jours et trois nuits les gens ont défilé en scandant ‘Chadli assassin’ ». Saïd Khelil, qui précise que 1980 « fut un mouvement public, loin de la clandestinité », fait également le rapprochement avec « ce que l’on vit aujourd’hui (…) Il faut retenir que le mouvement de 1980 avait une nature profondément démocratique avec des militants de toute obédience ». Le même parallèle est également fait entre les deux mouvements qui poseraient la même question identitaire algérienne : « le mouvement de 1980 était profondément pacifique (…) unitaire et s’inscrivait dans un cadre national. Nous voulions un pays uni dans sa diversité et sa pluralité (…) Le 22 février 2019, je me suis dit qu’il s’agit des fruits de 1980. »
Et dans le même sens, le sociologue Nacer Djabi estime que l’ensemble du mouvement né le 22 février 2019 avait lui aussi fait face à une « guerre identitaire (…) avec l’interdiction de l’emblème amazigh ou l’interdiction à des citoyens d’entrer dans la capitale ». Et l’avenir du mouvement, après avoir réussi à faire échouer les « provocations » nourries des « profondeurs anthropologiques de la société », serait lui aussi identitaire, explique le chercheur, mais devra se poser au niveau maghrébin. Une sorte de retour à la réalité historique pour le sociologue Nacer Djabi : « Durant les années 1950, le Maghreb était plus proche». Un point de vue que semble partager Saïd Khelil lorsqu’il déclare en fin de la rencontre : « ce sont des frontières artificielles (…) elles ont enfermé les peuples dans une vision périmée (…) et la solution est le Hirak en Algérie et ailleurs ».
Argumentant également cette vision par une critique des états centralisés, le sociologue Nacer Djabi ajoute : « Il faut reposer la question de l’Etat, de ses rapports avec ses régions, de ses relations avec les autres pays (…) et l’un des éléments pour y arriver est de ne plus avoir peur ». La même logique est employée par le sociologue en ce qui concerne le choix des caractères employés pour l’écriture de la langue amazigh : « Je pense que nous n’avons pas la légitimité pour imposer un caractère plutôt qu’un autre, nous n’avons pas à replacer les élites du pouvoir sur cette question (…) il faut laisser le choix et c’est l’histoire qui décidera ».
Forum de discussion de RAJ également marqué par les « questions du public », Said Khelil, répond à un auditeur et s’est également montré très critique à l’égard de son ancien parti politique : « Je me reconnais plus dans le FFS actuel, j’étais dans un autre parti (…) Je n’y suis plus militant mais ce qui se passe au FFS m’interpelle. Je rappelle que j’ai été arrêté à cause de mon action (…) Ce parti a été cassé par le travail des services ». Saïd Khelil, qui a montré hier son opposition aux prochaines élections législatives, ajoute que la marque du « changement » du FFS reste plus profonde que sa position sur cette échéance, elle remonte aux années 1990 : « Dès qu’un parti a intégré la participation électorale, sa vision change (…) même la population commence à le percevoir comme une partie du pouvoir ». n