Le personnel soignant continue à perdre les siens. En à peine une semaine, l’Algérie a enregistré trois personnes décédées parmi les travailleurs du secteur de la santé. La «préoccupante» situation liée à la pandémie de Covid-19 se confirme de plus en plus au fil du temps. Et le nombre de cas confirmés au coronavirus, frôlant très souvent les 400 cas par jour, ainsi que le nombre de décès qui sont liés à cette pandémie sont une preuve irréfutable que celle-ci n’est pas «derrière nous». Elle reprend vigueur après chaque période d’accalmie, à chaque nouveau variant, emportant dans son sillage de nombreuses vies humaines.PAR INES DALI
Rien que durant les trois derniers jours, la wilaya de Béjaïa a perdu deux femmes médecins après avoir été atteintes par le Covid-19. Elles étaient toutes deux âgées de moins de 40 ans. En effet, hier, a été annoncée la mort de celle qui exerce en tant que médecin généraliste (37 ans) à l’hôpital de Kherrata, alors que deux jours avant, l’hôpital Khelil-Amrane de cette wilaya avait déploré le décès d’une résidente en neurochirurgie (33 ans). La semaine dernière, un infirmier est décédé à l’hôpital de Béni Messous à Alger, après être passé par la case réanimation. Quelques jours auparavant, sa collègue médecin, Dr Hamoudi, avait témoigné qu’il avait «travaillé pendant deux années consécutives avec les malades Covid et il a vu beaucoup d’entre eux mourir. Il a refusé le vaccin et aujourd’hui il est à la place de ses malades, dans un état critique, comateux», avait-elle alors indiqué.
En tout état de cause, les professionnels de la santé continuent, sans se lasser, de «prescrire» la vaccination comme moyen de contrer la propagation de la pandémie de Covid-19, la qualifiant sans cesse de «seul moyen de lutte» et «seul moyen pouvant garantir l’immunité collective» à laquelle aspire le pays. Leurs déclarations sont motivées par l’inquiétude face à la hausse des contaminations qui ont fini par mettre une grande pression sur les hôpitaux, avec une augmentation sensible des hospitalisations depuis plusieurs semaines. Les témoignages des médecins exerçant dans les établissements hospitaliers qui prennent en charge les malades Covid sont nombreux. Le président de la Société algérienne d’infectiologie, Dr Mohamed Yousfi, relève qu’il y a «une accélération des hospitalisations ces derniers jours alors que la hausse était progressive il y a un mois». Il en veut pour preuve «les lits occupés par les malades Covid à l’EPH de Boufarik qui dépassent les 60% actuellement contre 10 à 15% il y a un mois», a-t-il affirmé à Reporters, signalant que c’est le cas également dans d’«autres structures hospitalières de la wilaya de Blida qui voient le nombre d’hospitalisés augmenter».
Les services de réanimations ressentent également cette hausse et cette pression. L’un des exemples vient de l’hôpital de Beni Messous, à Alger, où «il y a beaucoup de demandes de prises en charge des malades en réanimation», a affirmé le chef de service réanimation de cet hôpital à la Radio nationale. «Le service est saturé et, aujourd’hui, nous sommes sous tension», a-t-il alerté.
Inquiétante hausse des hospitalisations
Les hôpitaux se remplissent de plus en plus de malades Covid dont le nombre avoisine les 4000 patients hospitalisés actuellement, alors que le pays comptait 2800 hospitalisations vers la mi-décembre. Ce chiffre est allé crescendo pour atteindre plus de 3300 malades le 21 décembre avant de passer à plus de 3600 le 27 du même mois. Ce sont des chiffres qui confirment les inquiétudes des professionnels de la santé qui ont sonné l’alerte il y a plus d’un mois. Dès le mois de novembre, ils ont commencé à attirer l’attention qu’il fallait se préparer à la quatrième vague. Cette dernière est là, bien installée, et risque de mettre à mal les hôpitaux avec le nombre croissant des malades qu’ils reçoivent quotidiennement. Les malades sont répartis à travers le territoire national mais avec des wilayas connaissant des concentrations plus fortes que d’autres, avec la capitale en tête.
Si la grande majorité des malades sont infectés par le variant Delta, à hauteur de 80% selon le directeur général de l’Institut Pasteur Algérie Fawzi Derrar, la situation pourrait être autre avec l’arrivée du nouveau variant Omicron. Ce dernier ayant une très grande vitesse de propagation, le nombre des infections pourrait alors être largement supérieur à celui enregistré actuellement et les hôpitaux ne seraient, alors, que débordés jusqu’à arriver à saturation. C’est cette situation que les professionnels de la santé veulent absolument faire éviter au pays en appelant à la vaccination, seule à même de protéger contre les hospitalisations et les formes graves que provoque notamment le Delta qui prédomine actuellement en Algérie en cette quatrième vague.
Les appels à la vaccination, outre l’indispensable respect des gestes barrières, se multiplient à l’adresse de la population générale, mais également avec insistance à l’adresse des corps exerçant dans le service public, en contact direct avec les citoyens, à l’instar des professionnels de la santé ou encore des travailleurs du secteur de l’éducation nationale de certaines administrations, pour ne citer que ceux-là. L’objectif est d’éviter que les hôpitaux, censés guérir les malades, ainsi que les écoles, collèges et lycées ne deviennent des foyers de contaminations.
D’où l’instauration du pass vaccinal pour l’accès à de nombreux lieux publics, une façon de relever le faible taux national de 27% de vaccination, en attendant sa mise en application effective, palpable sur le terrain, ainsi que le contrôle garantissant le respect de cette mesure.