En s’engageant en faveur du Paris Saint-Germain, mardi, Lionel Messi a montré qu’il pouvait jouer dans un autre club que le FC Barcelone. Un signe d’espoir, même infime, pour les nombreux supporters argentins qui rêvent de le voir évoluer, un jour ou l’autre, dans leur championnat national. Le 29 novembre dernier, Lionel Messi a inscrit le quatrième et dernier but barcelonais contre Osasuna. L’Argentin a alors retiré son maillot blaugrana et laissé apparaître la tunique des Newell’s Old Boys, en hommage à Diego Maradona, décédé quatre jours plus tôt. Un épisode qui rappelait aussi que Messi n’a jamais porté les couleurs d’un club argentin au cours de sa carrière professionnelle. Au pays, pourtant, le sujet continue de faire l’actualité, encore plus depuis la signature de «La Pulga» au Paris Saint-Germain. «J’ai du mal à imaginer Messi dans le chaos du football argentin, reconnaît Diego Borinsky, journaliste pour la radio Cadena 3 et le quotidien La Nación. Mais on pensait tous qu’il resterait à Barcelone et le voilà à Paris, alors je ne vais pas m’avancer et dire que c’est impossible de le voir un jour ici.» Lionel Messi et le FC Barcelone, ce devait être l’association d’une vie. Sa nouvelle aventure au PSG montre toutefois qu’une autre histoire est possible, loin de la Catalogne. Et donc possiblement dans son pays natal. Motif d’espoir sans doute, le gamin de Rosario a souvent évoqué ces dernières années son rêve de porter un jour le maillot des Newell’s Old Boys, où il évoluait enfant avant de rejoindre la Catalogne. «J’adorerais jouer avec Newell’s, mais c’est compliqué avec ce qu’implique un retour en Argentine», avait glissé Messi à la radio Club Octubre, il y a un peu plus de deux ans.

FOLIE LOCALE
« Il en parle souvent comme d’un rêve », souligne Diego Borinsky. Le sous-entendu est clair : ce ne peut pas être une réalité. Marcos Villalobo, ancien journaliste pour le magazine El Gráfico, parle d’une « utopie ». Un fantasme pour les Argentins et pour quelques nostalgiques qui aimeraient voir l’un des meilleurs joueurs de l’histoire du football évoluer quelque temps dans son championnat national. « La vérité, c’est que Messi est davantage un ambassadeur de l’Argentine à travers le monde que quelqu’un d’ici, ajoute Villalobo. Pour comparer avec Maradona, il est moins incorporé à notre quotidien. Il est un peu celui qui porte le drapeau national dans le monde, mais qu’on ne voit qu’à travers la télé. »
En plus de la question financière, que l’on pourrait imaginer secondaire si Lionel Messi voulait venir faire une pige au pays, il reste surtout un obstacle conséquent : la passion des Argentins pour leur capitaine. « Il aurait une vie impossible, ici en Argentine, assure Marcos Villalobo. A Paris ces derniers jours, il a eu un super accueil. Mais ici, ce serait encore autre chose. Malheureusement, il serait asphyxié par les fans. » Il y a un mois, après la victoire de l’Argentine en Copa América, le joueur était allé passer quelques jours à Rosario, dans la maison de sa belle-famille, au sein d’un quartier privé.
A son arrivée, après plusieurs semaines sans voir ses enfants, il avait surtout été accueilli par une horde de fans. D’autres avaient rappliqué un petit peu plus tard pour chanter devant l’entrée de la maison, attendant un signe de vie de leur idole, finalement venue signer quelques autographes et prendre des photos. Un petit aperçu de ce que serait son quotidien s’il évoluait toute l’année dans le championnat local.

S’IL MARQUAIT CONTRE MON ÉQUIPE, ÇA NE ME DÉRANGERAIT PAS
« Les Argentins sont comme ça, glisse Cristian Vaello, un supporter de 48 ans qui vit dans la banlieue de Buenos Aires. Tout le monde veut le prendre dans ses bras, il y a des attroupements autour de lui pour avoir un autographe, une photo. On est très insistants. Messi n’a pas d’intimité ici.» L’Argentin, de manière générale, est passionné mais pas vraiment raisonnable. En son temps, Diego Maradona avait dû faire face à une telle effervescence, qui virait parfois à la chasse à l’homme. A l’heure des réseaux sociaux, Messi serait sans doute encore moins tranquille.
Certains observateurs, pourtant, continuent de croire qu’ils le verront un jour fouler les terrains du pays pour le compte d’un club argentin. C’est le cas de Germán Burgos, éphémère entraîneur des Newell’s Old Boys en 2021. « Je crois qu’à un moment, il finira par venir ici, avait-il lâché en conférence de presse, après son premier match sur le banc du club rosarino. Si Diego a joué ici, Leo voudra lui aussi jouer en première division avec Newell’s. » Un vœu pieux, sans doute, qui aura eu le mérite de faire frémir quelques supporters.
Il n’empêche que l’hypothèse ne laisse personne indifférent. « L’illusion est encore là, reconnaît Marcos Villalobo. A chaque fois que Messi joue en Argentine, le stade est plein. Alfredo Di Stefano et Diego Maradona ont joué ici. Messi, jamais. Ce serait la cerise sur le gâteau. » Cristian Vaello, supporter depuis toujours du Club Atlético Huracan, est même prêt à faire une petite concession. « S’il marquait contre mon équipe, ça ne me dérangerait pas », rigole-t-il.

UNE LÉGENDE QUI N’A PAS BESOIN DE ÇA
Alors chacun se met à élaborer le scénario qu’il estime le plus plausible. Diego Borinsky en tient un pas trop mal : Messi ne viendrait qu’un an, voire six mois, pour le plaisir. « Je ne l’imagine pas venir avec sa famille en Argentine, mais pour quelques mois, ils peuvent très bien rester en Europe », dit-il. Comme Maradona en son temps, à qui les Argentins font référence en disant «El Diego», «El Leo» ferait alors une sorte de tournée géante. « Dans chaque stade où il irait, il serait ovationné par les locaux », prévoit déjà Cristian Vaello.
Discuter de Messi dans le championnat argentin, c’est se prendre à en rêver de nouveau au bout de dix minutes. Même quand la logique indique que ça ne restera qu’un fantasme. Mais si certains y croient plus que d’autres, tous s’accordent en revanche sur un point : la légende de «La Pulga» ne sera pas entachée s’il ne dispute jamais un match de Primera División. « Jouer ici n’ajouterait rien à sa carrière, assure Diego Borinsky. Pour le fan argentin, à choisir, le plus important est que Messi gagne le Mondial. » Cristian Vaello confirme : « Il est déjà l’idole ultime. »
Pour toujours, sans doute, il faudra donc se contenter de l’hommage de Messi à Maradona et des vidéos de son enfance pour le voir porter un maillot de Newell’s. L’exil vers l’Europe aura été à tel point synonyme de succès qu’il aura rendu quasiment impossible un retour en Argentine pour enfin fouler les terrains de la Primera División. Le prix à payer pour être une légende, peut-être.