La nouvelle de la mort de la reine de la soul, Aretha Franklin est tombée comme la foudre, avant-hier, suscitant un tsunami de réaction dans le monde entier ainsi que de nombreux hommages et témoignages. En plus de soixante ans de carrière, Aretha Franklin aura incarné la vague soul qui a transformé la musique moderne et inspiré des générations d’artistes, avec sa voix chaleureuse, mélange de puissance et de sensibilité , c’est aussi une pionnière qui a ouvert le chemin de la gloire à de nombreuses artistes femmes avec un vécu intimement lié pour la lutte des droits civiques aux Etats-Unis.

La nouvelle du décès de la légende américaine de la soul aretha Franklin, interprète ‘immenses succès et combattante inlassable des causes du féminisme et des droits civiques, est décédée jeudi à 76 ans, suscitant un torrent d’hommages. La famille de l’artiste a indiqué qu’elle s’était éteinte à son domicile de Détroit à Michigan des suites d’un cancer du pancréas.

«Nous avons perdu la matriarche et le roc de notre famille», ont témoigné les proches de la légende de la chanson américaine dans un texte transmis par Gwendolyn Quinn rapporte l’AFP. La reine de la soul, à laquelle un cancer avait été diagnostiqué en 2010, recevait depuis plus d’une semaine des soins palliatifs à son domicile de Detroit. Jeudi dernier, la New Bethel Baptist Church, l’église dans laquelle officia son père, pasteur, s’est transformée en lieu de recueillement. Des anonymes sont venus y déposer fleurs, ballons et même ours en peluche, tandis que le son des principaux succès de la diva soul s’échappaient du bâtiment. «J’ai le cœur brisé», confie à l’AFP Jerome Greear, en larmes. L’homme de 53 ans, ingénieur du son, est venu avec sa mère Joyce, qui était au lycée avec Aretha Franklin.

Fille de pasteur, l’interprète de «Little Prayer for you», a fait ses gammes dès 9 ans en chantant du gospel à la New Bethel Baptist Church, où officiait son père, connu également pour ses engagements en faveur des droits civiques. «Je ne voulais vraiment pas chanter au début, mais mon père a insisté», expliquait-elle en 1990 dans un entretien à l’émission «60 Minutes» de CBS. Bien que révélée à Detroit, où sa famille avait emménagé durant son enfance, elle n’aura pas été une artiste des célèbres studios Motown, son père ayant refusé de la laisser signer avec le jeune label. Premier enregistrement à 14 ans, premier album sous le label Columbia à 19, Aretha Franklin devra néanmoins attendre plusieurs années avant de connaître le succès. En moins de cinq ans, elle enchaînera une série de titres, de «Respect» en 1967 (adapté d’une chanson d’Otis Redding) à «Spanish Harlem» en 1971, qui constitueront le socle de son répertoire. Elle remportera 18 Grammy Awards, les récompenses de l’industrie musicale américaine, dont les deux premiers en 1967 pour «Respect» et le dernier en 2007 pour un titre gospel, «Never Gonna Break My Faith». Auteure de plusieurs de ses grands succès, notamment «Think», celle qui était aussi une pianiste hors pair aura été la première femme élue au Rock’n’Roll Hall of Fame, le panthéon américain du rock et de la musique populaire.

Entraînée dans le mouvement des droits civiques par son père, elle en deviendra ensuite l’une des messagères, même si elle a toujours assuré n’avoir jamais envisagé le titre «Respect», devenu un hymne émancipateur, comme une chanson engagée. A 16 ans, elle effectuera une tournée avec Martin Luther King, puis chantera lors de ses funérailles en 1968. Son énergie sur scène, sa gouaille et son sourire en faisait une figure positive et joyeuse, mais beaucoup de ceux qui l’ont connue évoquaient un côté plus sombre. Mère pour la première fois à 13 ans, puis de nouveau à 15 ans, deux fois divorcée, Aretha Franklin a parfois laissé entendre que son histoire amoureuse était jalonnée de déceptions, même si elle se réfugiait toujours derrière une indéfectible pudeur.

En plus de soixante ans de carrière, Aretha Franklin aura incarné la vague soul qui a transformé la musique moderne et inspiré des générations d’artistes. Ouverte aux collaborations, elle aura enregistré avec des artistes de divers univers, classique, pop, rock et rap, capable de transposer sa voix chaleureuse, mélange de puissance et sensibilité, dans tous les univers.

Motor City : le coeur brisé mais fier d’Aretha

Lorsque le décès d’Aretha Franklin a été annoncé par les haut-parleurs de l’usine automobile de Detroit où travaille Maurice Black, l’émotion a été si grande que les chefs d’équipe ont brièvement arrêté la chaîne. «L’expression sur tous les visages. C’était bouleversant», a déclaré cet ouvrier de 53 ans devant la New Bethel Baptist Church, l’église de Detroit où la petite Aretha a commencé à chanter lorsque son père y était pasteur.

Les voitures et la «Queen of Soul» vont ensemble à Detroit, la plus grande ville du Michigan, à laquelle ses liens très anciens avec l’industrie automobile ont valu le surnom de «Motor City». Ce qui rendait l’émotion encore plus grande, c’est que beaucoup se souvenaient de la visite d’Aretha dans l’usine il y a quelques années, a-t-il dit. «Lorsqu’elle est arrivée ici, tout le monde criait «Aretha! Aretha ! Reine de la soul ! Reine de la soul !». Maurice Black a grandi dans le quartier proche de l’église, où il savourait la nourriture préparée par Aretha lors des copieux repas qu’elle offrait à la communauté et aux sans-abri pour chaque Thanksgiving et chaque Noël. «Elle faisait la meilleure soupe de queue de boeuf, avec ce pain de maïs c’était à mourir», se souvient-il. «Il y avait tellement à manger qu’on ne savait plus quoi en faire.» Dans le quartier, on est fier que la légendaire chanteuse ait dédaigné les prestiges de villes comme Los Angeles ou New York pour continuer à être proche de ses racines. Ceux qui était venus jeudi dernier, lui rendre hommage en bravant la pluie avec des bouquets de fleurs et des ballons célébraient bien sûr sa musique mais aussi sa personnalité simple et sa volonté de donner. Le pasteur Charles Turner, dont le père était un administrateur de l’église. Souligne qu’ «Elle vous montrait toujours du respect. Quand vous veniez vers elle, elle vous laissait l’embrasser et elle vous parlait toujours, avec un sourire sur son visage», a-t-il dit. Lui aussi aimait ses visites, et les dîners qu’elle donnait pour les fidèles de l’église et pour les sans-abri, qui faisaient la queue pour être nourris par Aretha. Pour Jerome Greear, 52 ans, ingénieur du son, les obsèques d’Aretha devront être «présidentielles» pour être à la hauteur de la reine qu’elle était. «Les gens l’adoraient». Et, montrant la vieille église du père d’Aretha «Ce n’est pas assez grand pour elle. Ce bâtiment n’est pas assez grand» L’agente de longue date de l’artiste, Gwendolyn Quinn, a annoncé à la presse locale que la date et le lieu des funérailles ne seraient vraisemblablement pas communiqués avant le début de la semaine prochaine. Bien au-delà de Detroit, les manifestations spontanées se sont multipliées aux Etats-Unis, jusqu’aux fleurs disposées autour de l’étoile qui portait son nom sur Hollywood Boulevard, à Los Angeles. La NASA, l’agence spatiale américaine, a elle aussi rendu hommage à la légendaire chanteuse, soulignant qu’un astéroïde portait son nom. «Nous sommes attristés par la perte d’Aretha Franklin. L’astéroïde 249516 Aretha, découvert par notre mission NEOWISE et qui porte le nom de la chanteuse pour célébrer la «QueenOfSoul», continuera à orbiter autour de Mars, a écrit l’agence sur son compte Twitter. Respect, l’artiste, ce n’est qu’un au revoir ton étoile brillera toujours au firmament dans nos cœurs.

 

Pluie d’hommages pour saluer «l’âme d’or»

«Un trésor national», «une femme exceptionnelle», «exaltante», «divine»: de nombreux artistes et personnalités ont rendu hommage dans le monde entier à la légende de la chanson américaine Aretha Franklin, décédée jeudi à Détroit à l’âge de 76 ans. La reine de la soul avait chanté pour les investitures de Bill Clinton et Barack Obama, et les deux anciens présidents démocrates et c’est tout naturellement que parmi les premiers à réagir, dans un communiqué conjoint avec sa femme Hillary, Bill Clinton a dit «pleurer la perte de leur amie», «l’un des plus grands trésors nationaux américains». «Elle a remué nos âmes pendant plus de 50 ans. Elle était élégante, gracieuse et fermement intransigeante dans son travail artistique (…) Elle sera à jamais la reine de la soul et beaucoup plus pour tous ceux qui la connaissaient personnellement et à travers sa musique», ont commenté les Clinton. Barak Obama s’est fendu pour sa part d’un texte aussi touchant que raffiné pour saluer la «divine Aretha Franklin et la façon dont elle a contribué à façonner l’Amérique. «Dans sa voix, nous pouvions lire notre Histoire, dans son entièreté et dans toutes ses nuances: notre puissance et nos peines, notre côté sombre et Notre lumière, notre quête de la rédemption et le respect gagné difficilement», a-t-il écrit.  Son successeur à la Maison Blanche, Donald Trump, a lui utilisé, Twitter, pour rendre son premier hommage : «La reine de la soul, Aretha Franklin, est décédée. Elle fut une femme exceptionnelle, qui a bénéficié d’un don merveilleux de Dieu, sa voix. Elle va nous manquer». De nombreuses réactions ont par ailleurs suivi dans le monde de la musique l’annonce du décès de la première femme à avoir été admise au «Rock and Roll Hall of Fame», le panthéon américain du rock. A commencer par celle d’une autre légende de la chanson américaine, Diana Ross, qui a confié «prier pour l’âme d’or merveilleuse» de l’interprète de «Respect» et de «I Say a Little Prayer». «Prenons tous un moment pour remercier la vie fabuleuse d’Aretha Franklin, la reine de nos âmes, qui nous a tous inspirés pendant tant et tant d’années» a tweeté pour sa part l’ancienne icône des Beatles Paul McCartney. Son compatriote Elton John a évoqué «un coup pour tous ceux qui aiment la vraie musique». Mick Jagger a lui salué une personnalité «tellement exaltante», Alors que pour Barbra Streisand, «il est difficile de concevoir un monde sans Elle». Signe qu’elle transcendait les générations, des artistes comme Liam Gallagher, Missy Elliott, Christina Aguilera ou Britney Spears lui ont aussi rendu hommage. Mariah Carey lui aussi rendu un  hommage sur Twitter en écrivant que «Le pouvoir de ta voix dans la musique et pour les droits civiques a ouvert la porte en grand pour moi et pour beaucoup d’autres».