Par Agences
Dans le cadre de la procédure de destitution engagée contre Donald Trump, les parlementaires démocrates américains ont sommé le chef de la diplomatie Mike Pompeo de leur livrer des documents nécessaires à leur enquête. Ne pas céder « constituerait une entrave à l’enquête du Congrès », lui rappellent-ils dans un courrier, montrant leur volonté d’aller vite dans cette procédure explosive. « Il ne faut pas que ça traîne », a appuyé la cheffe des démocrates au Congrès, Nancy Pelosi. Après avoir tempéré pendant des mois l’impatience de l’aile gauche du parti, la présidente de la chambre des Représentants a créé la surprise mardi en décidant d’initier une procédure de destitution contre le président des Etats-Unis. De même, les élus à la tête de ces commissions ont déjà fixé l’agenda des auditions de cinq hauts diplomates, susceptibles de leur fournir des informations sur le scandale ukrainien impliquant le président américain. Elles devraient avoir lieu dans les deux semaines qui viennent. L’un d’eux, Kurt Volker, l’envoyé spécial des Etats-Unis pour l’Ukraine, a démissionné vendredi, selon l’AFP et Reuters. 
Trump a «trahi son serment »
Si la démarche de destitution de Trump a peu de chances d’aboutir pour cause de majorité républicaine au Sénat, elle complique sa campagne de réélection et annonce une lutte acharnée pendant plus d’un an, jusqu’au scrutin de novembre 2020. Donald Trump « ne nous a pas laissé le choix », a défendu vendredi Nancy Pelosi : il a « trahi son serment, mis en péril la sécurité nationale et l’intégrité des élections », a-t-elle tempêté. Les démocrates lui reprochent d’avoir demandé à son homologue ukrainien Volodymyr Zelensky, lors d’une conversation téléphonique il y a deux mois, d’enquêter sur l’ancien vice-président Joe Biden, bien placé pour porter les couleurs démocrates en 2020. Son fils, Hunter Biden, a travaillé pour un groupe gazier ukrainien quand lui-même était le vice-président de Barack Obama. Cet échange avec le président ukrainien était « parfait », « tout à fait légal », a martelé Donald Trump sur Twitter. La procédure est pour lui une blague, son clan parle de « simulacre ». Il n’empêche, le magnat new yorkais a déclaré « être en guerre » lors d’une conversation privée rendue publique par un témoin. Quant à son fils Eric, il a annoncé que les soutiens accordés à son père avaient déjà permis de récolter 15 M$. Le scandale a encore gagné en ampleur jeudi avec la publication du signalement du lanceur d’alerte qui accuse les juristes de la Maison Blanche d’être « intervenus pour «verrouiller» toutes les archives » liées à cet appel. En outre, de nouvelles allégations embarrassantes pour Donald Trump, concernant cette fois l’ingérence de la Russie dans l’élection présidentielle de 2016, ont été publiées vendredi par le Washington Post. Selon le quotidien, qui cite comme source trois anciens hauts responsables anonymes, le président a déclaré lors d’une réunion en mai 2017 avec le chef de la diplomatie russe Sergueï Lavrov et l’ambassadeur russe à Washington qu’il ne se souciait pas de l’immixtion de Moscou dans l’élection américaine parce que les Etats-Unis faisaient la même chose dans d’autres pays. Acculée, la Maison Blanche a accepté de publier une transcription de l’échange dans l’espoir de convaincre qu’il était « anodin ». Donald Trump s’y plaint d’en faire beaucoup pour l’Ukraine sans que « cela soit forcément réciproque », avant de formuler de vagues accusations contre Joe Biden et son fils Hunter. « Cela serait formidable si vous pouviez vous pencher dessus », déclare-t-il à Zelensky. Les démocrates ont jugé l’échange « accablant » et ont comparé Donald Trump à « un chef mafieux ». Pour lui, cela prouve que l’entourage du président « comprenait la gravité de ce qui s’était passé ». La bataille sera rude. Le dernier président américain visé par une procédure de destitution, Bill Clinton, accusé d’avoir menti sur sa relation avec la stagiaire Monica Lewinsky en 1998, s’était battu et avait finalement été acquitté. Donald Trump, lui, joue hors des clous et nie l’évidence. Contraint de rendre public le texte de sa conversation avec le président ukrainien, il proclame qu’il le blanchit, alors qu’il semble accablant. Pour lui tous les coups semblent permis. Périlleux test pour la démocratie américaine.n