Un certain nombre de syndicats semble avoir flairé l’opportunité pour porter de nouveau les revendications sociales, notamment en cette conjoncture liée à la présidentielle prévue le 18 avril prochain. Sachant que les menaces de recourir aux grèves et autres sit-in pourraient bien embarrasser les pouvoirs publics, affairés qu’ils sont à organiser le scrutin et préparer les conditions optimales pour la campagne électorale et le vote.

Les six syndicats de l’Education nationale, regroupés au sein de l’Intersyndicale, viennent d’appeler, à l’issue d’une réunion tenue au siège de l’Unpef à Alger, à une grève nationale les 26 et 27 février. Même le Cnapeste, qui avait tourné le dos à la grève du 21 janvier dernier, sera de la partie. Le secteur de l’Education, à travers cette action attendue de l’Intersyndicale, est à l’évidence symptomatique de cette tendance. Les syndicats semblent vouloir se présenter comme acteur inévitable, notamment durant cette période pré-électorale particulièrement propice à imposer ses revendications sociales et professionnelles. La période électorale, qui suscite déjà de l’intérêt à travers les dizaines de pré-candidatures, pourrait bien constituer une véritable tribune pour porter ses revendications devant l’opinion.
Les candidats des partis et les personnalités politiques indépendantes, engagés dans la course au poste suprême, devraient à l’évidence en faire largement écho dans leurs campagnes. L’ébranlement récent du front social notamment celui de l’éducation met déjà une pression certaine sur les pouvoirs publics. Ces derniers devraient évidemment faire tout pour éviter un durcissement qui pourrait intervenir dans un moment particulièrement sensible. Une grève des enseignants, avec des millions d’élèves qui se retrouveront à la rue, ferait particulièrement désordre en pleine campagne pour la plus importante des élections.
A pratiquement deux mois du grand rendez-vous électoral, une telle évolution n’est évidemment pas bienvenue et ne ferait qu’ajouter une complication dont le pouvoir se serait allègrement passé. Les pouvoirs publics se trouveraient, à cet effet, contraints à «faire un effort» ne serait-ce que de façon conjoncturelle afin de calmer un front social qui pourrait parasiter un processus électoral déjà délicat.

Conjoncture particulière
Il est évident que le secteur de l’Education n’est pas seul à avoir cette tentation « opportuniste », d’autres pourraient bien être incités à la réactivation des revendications gelées depuis, ou perdues dans les méandres des tractations avec la tutelle. Les retraités de l’Armée, les chômeurs et les médecins, à l’instar du secteur de l’Education, pourraient bien être tentés par des actions durant cette conjoncture particulière. Il est évident que certains syndicats et associations professionnelles voient en cette période de préparation de l’élection présidentielle une opportunité idéale afin d’installer une tension qui ne pourrait que les servir. Il faut rappeler que les différentes joutes électorales passées ont constitué autant d’opportunités pour les revendications socioprofessionnelles. En 2014, et à la veille du scrutin pour la présidentielle, plusieurs organisations avaient pu arracher un certain nombre de revendications sociales, à l’instar de la coordination des diplômés universitaires, ou encore les gardes communaux.
Aujourd’hui, la situation ne semble pas avoir vraiment changé. Le front social particulièrement sensible aux circonstances pourrait être l’acteur non convié mais qui rapplique. Il faut dire que les décisions des responsables ne sont pas pour dissuader. Aucune poursuite judiciaire ne sera engagée contre les jeunes investisseurs ayant créé leurs entreprises dans le cadre des dispositifs publics d’aide à la création d’emplois, Cnac et Ansej, en situation d’échec et qui se sont retrouvés en situation irrégulière par rapport à l’usage qu’ils ont fait des fonds dont ils ont bénéficiés. Cette décision pourrait bien provoquer un malaise, voire un mécontentement chez une grande frange des bénéficiaires de ces dispositifs, dont beaucoup honorent leurs obligations souvent dans la difficulté, qui y verront le «deux poids deux mesures». Abdelmalek Sellal, qui a commencé à expliquer les contours des réformes futures qu’envisage le président Abdelaziz Bouteflika en cas d’élection le 18 avril, devrait apporter des réponses concrètes et ne pas se limiter aux conjoncturelles annonces empreintes de populisme.