La crise financière que traverse le pays, née de la dépression du marché pétrolier en juin 2014, a remis au goût du jour les vulnérabilités de l’Algérie qui, encore une fois, subit de plein fouet le contrechoc externe et se voit désormais acculée par les déséquilibres et les déficits de son économie.

Les problèmes purement économiques sont essentiellement d’ordre structurel, aggravés par la logique de la rente qui prend le dessus en matière de réflexion économique. Fragilisé par le contrechoc pétrolier de 2014, le pays n’a plus aucun pare-choc financier en interne suite à l’amenuisement, depuis début 2017, des avoirs du Fonds de régulation des recettes. Il voit désormais son stock en devises fondre comme neige au soleil, enregistrant une perte de plus de 114 milliards de dollars depuis juin 2014. Au plan macroéconomique, l’impact de la dégringolade des cours du brut se fait sentir tant sur le front de la croissance, de plus en plus faible, qu’en matière d’emploi avec, au tableau, un chômage qui grimpe et qui menace plus que jamais les jeunes.
C’est que la faible croissance de l’économie est insuffisante pour booster l’embauche, alors que les politiques d’austérité qui ont touché essentiellement le budget d’équipement et d’investissement, en 2016, 2017 puis en 2019, et le gel des recrutements dans la Fonction publique n’ont fait qu’aggraver le coût social de la crise. C’est face à ce tableau peu reluisant que se tiendra l’élection d’avril prochain.

Les voyants sont au rouge
Le pays reste confronté à des difficultés de taille. D’autant plus que, d’après les projections les plus optimistes sur l’évolution du marché pétrolier, le cours du Brent n’est pas prêt de rebondir au-dessus de 70 dollars le baril, compte tenu d’une offre américaine qui carbure à plein régime et d’une demande mondiale pour le moins léthargique.
Les déficits budgétaires restent élevés, la croissance du PIB a fortement ralenti en 2018, en raison essentiellement de la baisse de la commande publique et des budgets investis dans l’équipement, mais aussi d’une décroissance inquiétante de l’activité des hydrocarbures. Le chômage s’est hissé à 11,7% en septembre 2018, contre 11,1% en avril de la même année et reste particulièrement élevé chez les jeunes (à plus de 29%). Le taux d’inflation moyen s’est établi à 4,5% en décembre en glissement annuel mais pourrait bondir sous l’effet des tirages de monnaie qui se sont chiffrés à 4 005 milliards de dinars à fin octobre 2018, une année après l’adoption de la planche à billets comme moyen de financement de la dette publique et des projets d’investissement. Les comptes extérieurs ont été à leur tour fragilisés par la hausse du déficit de la balance des paiements ; les réserves de change s’établissant désormais à 79 milliards de dollars, contre 193 milliards de dollars en juin 2014. Pour une année 2018 qui se termine avec de tels indicateurs, les cinq prochaines années seront celles des défis titanesques que devra relever le futur gouvernement, faute de quoi le pays chavirerait davantage, alors que les marges de manœuvre sont d’ores et déjà particulièrement étroites.

Réformer,  le maître mot…
Le futur gouvernement n’aura de choix que de revenir aux opérations d’assainissement des finances publiques, abandonnées en 2017 et repoussées à plus tard pour des raisons jusqu’ici inexpliquées. Il va falloir par-dessus tout faire redémarrer le train des réformes économiques et budgétaires, faute de quoi les déficits iront en s’aggravant et la fonte des réserves de change s’accélérerait sous l’effet de la baisse des exportations en hydrocarbures et de la hausse de la facture d’importation, celle des engagements de l’Algérie avec l’extérieur, tant en matière de services qu’en matière de dette. Il est tout aussi impératif de réinventer le modèle de croissance, actuellement basé sur le « tout hydrocarbures », en accélérant la diversification de l’économie nationale par la création d’entreprises et par la relance des secteurs à haute valeur ajoutée, dont l’agriculture, le tourisme, les TIC et l’industrie. Le gouvernement aura aussi fort à faire à l’avenir afin de parer aux effets pervers de la planche à billets car, à terme, cette approche pourrait exacerber les déséquilibres budgétaires et extérieurs, alimenter l’inflation, accélérer la diminution des réserves de change, aggraver les risques sur la stabilité financière et ralentir la croissance. Pour ainsi dire, les défis qui attendent le gouvernement sont importants et décisifs sur l’état de santé à la fois du pays et de son économie. L’Exécutif n’aura plus droit à la passivité et à l’inaction qui ont prévalu lors des précédentes années.