Elle est la grande victime de la présence de joueurs étrangers pas forcément indispensables, mais beaucoup de choses sont à revoir concernant la formation et l’acheminement vers le football professionnel. Voici la deuxième partie de notre dossier sur les maux du football italien.

Je me suis volontairement concentré sur les joueurs étrangers lors de la première partie de notre dossier consacré au football italien, en prenant bien soin de préciser qu’il s’agit d’un des facteurs de cette situation de crise. En effet, les 26 joueurs convoqués par Ventura pour le fameux barrage avaient les capacités pour se défaire de la Suède, mais à bien y réfléchir, le niveau moyen des individualités de chaque camp n’était pas si différent. Chaque nation est maintenant capable de très bien former ses footballeurs. A trop se reposer sur ses quatre étoiles, l’Italie s’est fait rattraper.

Le baromètre des compétitions de jeunes
Cinq victoires, 1 nul et 12 revers, c’est le désastreux bilan de la Juve, la Roma et le Napoli, tous éliminés en phases de poules de la Youth League cette saison (ne reste que l’Inter en lice via la voie des champions).
Le meilleur résultat d’un représentant italien dans cette compétition est une demi-finale de la Roma il y a trois ans. Concernant les sélections, l’Italie est à sec depuis 2004 entre Mondiaux U17 et U20 et Euros U17, U19 et U23. Dans ce laps de temps, elle a atteint et perdu 3 finales, tandis que l’Espagne a remporté 11 trophées (et 5 finales), l’Allemagne 4+3, l’Angleterre 5+5 et la France 5+2. «Nos jeunes sont très intéressants au niveau de la technique individuelle, mais à l’étranger, ils possèdent une meilleure intensité aux dépens de l’attention tactique», analysait Carmine Nunziata, sélectionneur des U17 italiens, dans les colonnes de Tuttosport.

Un savoir-faire dilapidé
«Il faut revenir aux fondamentaux, les entraîneurs ne doivent pas soulager leur frustration sur les plus jeunes. En demi-finale du Mondial 2006 contre l’Allemagne, j’ai fait partir l’action du 2-0 grâce à une anticipation que m’avait enseignée un de mes premiers formateurs». Ces propos sont signés Fabio Cannavaro (dans le Corriere della Sera).
Les directeurs des centres de formation italiens ont décidé de s’inspirer des modèles étrangers, un foot entreprenant mais pas toujours compatible avec la culture du résultat guidant la plupart des coaches italiens. Le résultat hybride a ainsi dissout les caractéristiques historiques italiennes.

Une formation mal financée
Il ferait mieux de s’inspirer des infrastructures et des budgets. Dans le premier cas, trop peu de clubs sont propriétaires des terrains et gymnases où s’entraînent leurs jeunes, lesquels sont souvent éparpillés aux quatre coins d’une ville, et loin des pros. Dans le second, la fédé oblige chaque club à investir 10% des bénéfices annuels dans la formation, or, peu en produisent. Les budgets sont donc aléatoires et les formateurs souvent mal payes (et frustrées…). En Espagne, c’est 10% du chiffre d’affaires qui y est consacré avec des résultats autrement différents. Bien former a un prix, mais assurément moins élevé que les commissions d’agents pour recruter des étrangers exotiques sortis de nulle part.

L’inéluctabilité des équipes réserves
Les jeunes sortant des centres filent en prêt en Serie B ou C, où ils sont mal ou pas payés, entraînés par des staffs pas toujours compétents et dans des infrastructures parfois désuètes, et alignés parce que la fédération récompense financièrement les équipes utilisant les jeunes. S’ils restaient une ou deux années supplémentaires au sein d’équipes B, au contact des pros et avec des entraîneurs qualifiés, leur progression serait plus facilement entretenue. Le championnat U19 a été réformé cette saison avec une poule unique, et les meilleurs clubs s’affrontent enfin, mais ce n’est pas suffisant. Afin de prendre de la caisse et se forger un mental, ils ont besoin de se confronter à des joueurs expérimentés dans des contextes plus hostiles, comme cela se fait en Espagne et en France. La Serie C, est le cadre idéal.

Le bluff des centres fédéraux
C’était une des promesses électorales de Carlo Tavecchio au moment de sa première élection l’été 2014. Calquer la colossale réforme qui a relancé le foot allemand au début des années 2000, à savoir 336 centres de formation gérés par la fédération permettant de quadriller tout le territoire, effectuer un véritable scouting et former les meilleurs 11-14 ans.
Le retour sur investissement ne s’est pas fait attendre longtemps. L’Italie n’étant pas l’Allemagne, son projet similaire ressemble à du bricolage avec seulement 30 centres sur les 200 promis, dont les infrastructures sont louées et fréquentées deux heures par semaine par des gamins déjà licenciés dans des clubs amateurs. Ni fait, ni à faire.

Les racines du mal
L’autre jour, je prenais l’air en bas de chez moi, et me suis arrêté regarder une dizaine de gamins jouer au foot dans un square, une scène devenue rare selon les diverses enquêtes mettant en exergue l’oisiveté et la sédentarité : «Les jeux des cours d’immeubles, ceux qui permettaient le développement harmonieux du corps, ont disparu. On ne joue plus à trap-trap, on ne fait plus de la corde à sauter, on ne se lance plus un ballon. Deux gamins sur trois ne savent pas faire une galipette.
Aujourd’hui, ils en sont réduits à l’immobilité dans un appartement avec les jeux vidéo», expliquait Sergio Dugnani, professeur en sciences du mouvement, au Corriere della Sera. Un constat commun à la jeunesse de nombreux pays riches me direz-vous. Or, l’Italie pèche aussi sur un autre aspect : le sport à l’école. Il n’est pas cadré, souvent improvisé et à la fin de la primaire, les petits italiens ont 400 heures de retard d’EPS sur leurs correspondants allemands. Un sujet à ne pas prendre à la légère et d’ailleurs au centre des débats des états généraux du sport organisés par le Comité olympique italien le mois dernier.