La polémique continue et les réactions se succèdent quant à la tutelle sous laquelle devrait être mise l’Agence nationale des produits pharmaceutiques (ANPP).
Si le front des opposants à sa mise sous l’autorité du département de l’industrie pharmaceutique s’est élargi avec le ralliement du Syndicat national des praticiens spécialistes de la santé publique (SNPSSP) et du Syndicat national des médecins généralistes de la santé publique (SNMGSP) à la position du SNAPO, le collectif des professeurs en sciences médicales est revenu à la charge en émettant une proposition. Celle de mettre l’ANPP directement sous l’autorité du Premier ministre.
Cette Agence, estime le collectif pas favorable pour une ANPP affiliée à l’industrie pharmaceutique, «devrait être placée directement sous l’autorité du Premier ministre pour accomplir le plus librement possible les lourdes et honorables missions qui lui sont dévolues, sans conflits d’intérêt».
Après les médecins spécialistes et généralistes du secteur public, les praticiens de santé publique et le Syndicat national des pharmaciens d’officines, c’est au tour du Collectif des professeurs en sciences qui s’exprime de nouveau sur la question relative à la tutelle sous laquelle va travailler l’ANPP.
«Le collectif des professeurs en sciences médicales ne peut assister sans réagir au démembrement d’institutions fondamentales pour le fonctionnement du ministère de la Santé», écrit le Collectif dans une lettre ouverte adressée au président de la République.
Le Collectif rappelle, en effet, que le secteur de la santé a fait depuis le début de l’année l’objet de réorganisation et de restructuration, en désignant, entre autres, des ministres délégués, et de mettre en place des agences, comités et commissions.
Toutefois, regrette le Collectif, ces décisions, censées améliorer la situation sanitaire et alléger les charges du ministère de la Santé se révèlent aujourd’hui une source de malentendus et de graves dysfonctionnements entre leurs responsables. Cette situation est engendrée, selon les professeurs, par «la non-définition claire des prérogatives des uns et des autres», en dehors de celles du ministère de la Santé dont les missions ressortent de son propre organigramme.
Mais le collectif est catégorique que «la santé de nos concitoyens n’a pas besoin en cette période exceptionnelle que traverse le pays, de problèmes supplémentaires en malmenant nos institutions».
Vouloir placer une agence de médicaments sous tutelle de l’industrie est un précédent qui «ne s’est vu dans aucun autre pays ni à économie administrée, ni à économie ultralibérale», estime le Collectif.
«Dans aucun pays du monde, la gestion d’une agence du médicament n’est revendiquée par le ministère de l’Industrie pharmaceutique et ne se trouve sous sa tutelle, surtout que cette agence gère directement le laboratoire national de contrôle des produits pharmaceutiques», souligne le collectif qui rappelle que les règles universelles de gestion de médicament sont clairement définies d’abord comme décision souveraine d’un pays ensuite autour des organismes sanitaires internationaux. Les professeurs en sciences médicales s’interrogent, par ailleurs, sous quelle tutelle serait placée la direction générale de la pharmacie du ministère de la Santé et quelles en seraient ses missions ?
Pour ledit Collectif, l’ANPP doit «nécessairement bénéficier de l’autonomie la plus large possible pour éviter toute interférence dans ce domaine».
Le collectif ne manque pas de rappeler que le secteur de la santé a été perturbé ces deux derniers mois par des «dysfonctionnements à l’origine des graves ruptures récurrentes des tests PCR de diagnostic du coronavirus».
Exprimant son souhait de connaître les origines de cette rupture, le collectif redoute que cette situation née de pénurie ne se renouvelle avec une gestion anarchique de l’ANPP.
Sur un autre volet, le collectif appelle les autorités compétentes à mener un audit pour définir les responsables du dysfonctionnement du secteur. «Notre système de santé doit être amélioré, mais il convient d’identifier les raisons profondes de tous les dysfonctionnements rencontrés et tous ceux qui l’ont abimé, par un audit mené sans aucune complaisance.» n