Les banques publiques ont consacré des montants importants aux provisions, contrairement aux banques privées.

Le cabinet de conseil financier et stratégie SLFinances vient d’élaborer un tableau portant sur les résultats de toutes les banques à partir des données du CNRC et des bilans de chaque banque de la place (voir tableau joint à l’article). En une phrase, le document rend compte de la situation du secteur bancaire à la fin de l’exercice 2019, soit les données les plus récentes sur les performances des établissements bancaires dans le pays.
Il montre au total que les dépôts bancaires ont atteint 10 640 milliards de dinars, alors que les crédits ont affiché un montant de 9941,3 milliards, soit des chiffres qui s’approchent de la barre des 100 milliards de dollars américains.
Avec de telles sommes, on peut alors se demander comment avec ce niveau d’engagement bancaire, la croissance de l’économie nationale est restée molle et fort modeste. Cette question appelle naturellement un constat : l’intermédiation bancaire en Algérie pose un sérieux problème, notamment en ce qui concerne l’utilisation à bon escient des crédits. Cette observation est valable surtout pour les banques publiques dont le système de fonctionnement continue d’être dominé par la logique des injonctions sans la pertinence économique. À propos de la prédominance du secteur bancaire public, il convient de noter que les banques publiques mobilisent davantage de crédits et collecte davantage de ressources financières. Les banques qui occupent la pole position sont la BEA et la BNA. La Banque extérieure d’Algérie enregistre, à fin 2019, 2150 milliards au titre des dépôts contre 2103 milliards pour la BNA. Elle affiche 2188 milliards de dinars de prêts contre 2044 pour la seconde banque publique. Chacune de ces deux grands établissements réalise environ 20 % des ressources collectées de toute la place et 20% des engagements. La CNEP, un autre mastodonte, réalise 1299 milliards de dinars de dépôts et 1062 milliards de crédits, soit plus de 10% de toutes les ressources collectées et de tous les engagements des banques. A titre de comparaison, les premières banques privées en termes de dépôts et de collecte sont les filiales des banques françaises Société Générale et BNP Paribas. La première réalise 297 milliards de dinars de dépôts, soit environ 3% de tous les dépôts, contre 211 milliards de dinars pour la seconde, soit environ 2% de tous les dépots. Société Générale enregistre 245 milliards de dinars au titre des engagements, tandis que BNP Paribas affiche 163 milliards de dinars de crédits. La première banque à capitaux arabes en termes de dépôts et de collecte est la Gulf Bank avec respectivement 185 milliards de dinars et 154 milliards de dinars. Derrière, c’est la banque Al Baraka qui suit avec respectivement 171 milliards de dinars et 153 milliards de dinars. En termes de profits, la BEA occupe la première place du podium avec 63 milliards de dinars. Les banques privées réalisent des profits plus modestes, soit 5 milliards de dinars pour Société Générale et 3 milliards de dinars pour BNP Paribas. Les banques publiques consacrent des montants importants pour les provisions, contrairement aux banques privées. Ce qui pose un autre sérieux problème de gestion des risques pour le secteur public. En effet, la BNA a provisionné pour un montant de 42 milliards de dinars, le CPA pour 34 milliards de dinars, la BEA pour 27 milliards de dinars, la Badr pour 24 milliards de dinars, la BDL et la CNEP pour 17,8 milliards de dinars chacune, pour un total de provisions de près de 187 milliards de dinars. A comparer avec les montants affectés pour ce poste par Société Générale et BNP Paribas, c’est seulement et respectivement 8,86 milliards de dinars et 3 milliards de dinars.