Par Bouzid Chalabi
A l’annonce, ces derniers jours, que la sardine s’est écoulée dans les ports de pêche de Mostaganem et de Ténès entre 100 et 200 DA le kilogramme, il n’en fallait pas plus pour s’interroger sur ce rapide et grand déclin du prix de ce poisson bleu, dès lors où quelques jours auparavant, il était proposé sur ces mêmes lieux à pas moins de 700 DA le kg.
De prime abord, faut-il déduire que dans les ports cités ci-dessus la pêche de la sardine a été si abondante que cela s’est traduit sur les quais par une forte baisse des prix. Certes, les sardiniers ont débarqué des jours durant des centaines de caisses pleines à rebord de sardines comme rapporté par les radios locales de ces deux wilayas, ce qui a entraîné une forte chute des prix sur les quais. Mais à y voir de plus près, les cageots de sardines issus de ces ports et d’autres qui ont inondé les étals des poissonneries de la capitale et plusieurs autres grandes villes ont en commun la même caractéristique : les sardines ne dépassent pas les 10 cm. Ce qui revient à dire qu’elle est de taille non marchande et ainsi en totale violation avec la réglementation commerciale en vigueur conformément au décret exécutif du 20 mars 2020. Du coup une question se pose : comment de si grandes quantités de sardines interdites à la vente sont arrivées dans les poissonneries ? Et dans le même sillage, comment ces tonnages ont-ils pu échapper à la vigilance des services de contrôle compétents ? Pour en savoir un peu plus, Reporters a tenté hier de se rapprocher du président de la Fédération de la pêche, Hassan Bellout, pour nous livrer son approche sur cette pêche illégale, en vain. Par contre, des marins-pêcheurs de Mostaganem et de Bénisaf que Reporters a pu joindre par téléphone se joignent à dire : «Le phénomène n’est pas nouveau, mais cette année, au vu du tonnage de la petite sardine pêchée, c’est vraiment inquiétant.» L’un de nos interlocuteurs déplore que cette pêche frauduleuse intervient à un moment crucial de la maturité de la sardine. Et d’expliquer : «La pêche se pratique en pleine période de repos biologique. Et si elle venait à perdurer dans le temps et au volume actuel pêché, c’est l’avenir de la pêche de la sardine sur toute notre côte qui risque d’être compromis.» De son côté, notre locuteur de Bénisaf n’ira pas par quatre chemins : «Si cette année des patrons de pêche ont ramené à chacune de leur sortie des volumes importants de petite sardine, c’est qu’ils ont cru agir en toute impunité, convaincus par le laxisme des agents de contrôle au niveau des ports de pêche», s’offusque-t-il.
Sur ce dernier point, des gestionnaires de port de pêche du centre, rencontrés lors d’un séminaire et, à l’occasion, interpellé sur la question des pratiques de pêche interdites, comme particulièrement la pêche de la sardine de taille non marchande et l’utilisation de filets dérivants, avouent à l’unanimité qu’il existe des «brebis galeuses» dans la corporation des patrons pêcheurs». Arguant dans ce sens que «ces derniers usent de pratique de pêche qui sont interdites tout en espérant échapper aux contrôles sur les quais». Notons enfin que, de son côté, le ministère des Ressources halieutiques considère que la pêche de la sardine de petite taille, c’est-à-dire de moins de 8 cm et parfois de tout juste 4 cm, est un acte destructif pour cette faune marine. «Outre son caractère non réglementaire, cela empêche la sardine d’atteindre sa maturité, tout en entravant son cycle de production. A propos des risques de consommation de sardines de petite taille, il y a lieu de savoir qu’elle est considérée comme dangereuse pour la santé du citoyen».