Quinze années de règne entrecoupées par une «halte » entre 2007 et 2009, Mohamed Raouraoua, président (annoncé sortant) de la Fédération algérienne de football (FAF), aura longtemps été l’homme fort de la balle ronde nationale.

Deux mandats à mettre aux oubliettes et deux autres à caser dans la rubrique exploits, c’est ainsi qu’on résumera son passage à l’instance fédérale d’un « sport roi» dirigé par une monarchie construite sur un terrain glissant. Retour sur une notoriété bâtie en porte-à-faux.

L’épopée, le « sport à onze » algérien a fini par la vivre après une longue attente. Du fond au sommet, il en aura fallu des années et des tentatives avortées. Le même architecte qui a échoué lors de ses 7 premières années (2001–2007) aux commandes du grand chantier a fini par mettre son œuvre sur pieds. Mohamed Raouraoua a fait les beaux jours du football algérien l’espace d’un temps. Dans la gestion, il a su faire de la structure fédérale une sorte d’entreprise qui draine de l’argent. Le tout, grâce à une loi dont il a été l’instigateur, celle du Bahamas en 2009. Cette dernière permet aux joueurs de plus de 21 ans ayant joué dans les jeunes sélections de leur pays d’adoption de pouvoir opter pour l’équipe nationale de leur nation d’origine. Ainsi, ils peuvent sauver leur carrière internationale. Rappelons qu’à cette époque, des footballeurs binationaux sélectionnés chez les Espoirs (moins de 21 ans) attendaient d’être appelés chez les « grands » de l’équipe A… sans avoir la certitude d’être pris un jour. Résultat, certains avaient dépassé l’âge limite imposé par la Fifa et ne pouvaient plus se rapprocher du 11 national de leur deuxième patrie.
Une révolution dans le monde de football en général et une aubaine pour les « Verts » en particulier qui ont vu leur rang se consolider considérablement avec l’arrivée de ce produit « importé », de France notamment où la concentration des Algériens est conséquente. Un véritable coup de génie sachant que l’EN était au plus mal car le label local ne faisait plus le poids. Même contre les petites équipes en Afrique. Pour preuve, entre 2001 et 2007, les «Fennecs » n’ont pu disputer que deux Coupes d’Afrique des nations (2002 et 2004) sur trois possibles.
La Coupe du Monde était un mirage qui relevait tout simplement de l’impossible.

Un bien pour un mal
Les Boudebouz, Ghezzal outre les Matmour et Kadir, des enfants d’expatriés qui ont fini par jouer pour l’Algérie après avoir fait leurs classes en équipe de France. Avant eux, les Ziani, Bougherra et Belhadj avaient choisi de jouer pour « El-Khadra » sans cette dérogation. La fusion était bonne et la sauce prend. Raouraoua venait de réussir son premier coup de poker : une qualification à la Coupe du Monde FIFA après 24 ans d’absence. De Mexico 1986 à l’Afrique du Sud 2010, la disette était très longue et « El-Hadj » avait permis de rompre ce jeun. Le temps de déguster, de nouveau, le prestige des grands rendez-vous était venu.
L’importation de footballeurs était devenue un remède à la réalité amère d’un championnat infructueux et affublé d’un statut de professionnel qui ne faisait que cacher la misère et un envers du décor qui pique les yeux. Le spectacle et l’attraction étaient ailleurs. La vitrine, c’était le «Club Algérie » avec ses vedettes qui ont pu enchaîner avec une seconde participation au Mondial. Le Brésil 2014, c’était le point d’orgue de l’ère Raouraoua. Avec Vahid Halilhodzic, les camarades de Yacine Brahimi atteignent, pour la première fois de l’histoire de l’Algérie, les huitièmes de finale du tournoi planétaire. Cette prouesse était le fruit de la stabilité à la tête de la barre technique et de la patience. Tous les ingrédients étaient réunis pour que la troupe à V.H fasse ce parcours désormais historique.
Le boss de la FAF avait pris les bonnes décisions en gardant le driver même suite à la sortie prématurée dans la CAN 2013 après avoir manqué l’édition de 2012.
Par ailleurs, il faudra noter que dans les compétitions continentales, les choses se sont moins bien passées puisque la meilleure performance restera cette demi-finale en Angola (2010) atteinte par la génération des « Mondialistes » sous la coupe de Rabah Saâdane. Une raclée prise contre l’Egypte (0-4) et une défaite (1-0) contre le Nigéria dans la petite finale. En Afrique, le collectif trop «européen » ne brillera jamais. Des démons impossibles à chasser ayant eu raison d’un Raouraoua qui a fini par devenir dépendant au « shopping » sur le Vieux Continent. Une qualité qui se «dégrade» vite sous l’humidité africaine.
La messe gabonaise, qui s’est déroulée du 14 janvier au 05 février derniers, aura été l’escale fatale. Un petit tour et puis s’en va pour la troupe à Georges Leekens, le 13e entraîneur consommé en 12 ans, qui présentait l’un des meilleurs effectifs sur le papier. C’était, probablement, la dernière ronde de Raouraoua.