Elle est partie trop tôt. A 17 ans alors qu’elle s’apprêtait à passer son baccalauréat. Manel Haboub, nageuse de l’USM Alger, a rendu l’âme suite à une crise cardiaque venue la terrasser pendant qu’elle nageait à la piscine du complexe Mohamed Boudiaf (Alger). Les personnes présentes sur place ont essayé de réanimer la défunte. Tentative vaine. Surtout quand on sait que le plus grand complexe d’Alger ne dispose même pas de défibrillateur. Un matériel nécessaire dans ce genre d’incidents.

Par Mohamed Touileb
Quand il y a une mort, une question se pose : a-t-on tout fait pour sauver la personne sur le plan médical. Quand il s’agit d’un malaise cardiaque, il est clair que les gestes de premiers secours sont primordiaux pour essayer de faire revenir la victime à la vie. Dans cette course contre la montre et la mort, un appareil reste crucial pour augmenter les chances de faire repartir un cœur : le défibrillateur dont le coût est de 1000 euros (15 millions de centimes).

Le cas Eriksen en preuve
On a pu voir cela récemment lorsque le joueur Christian Eriksen s’est écroulé en plein match de l’EURO-2020 quand le Danemark, sa sélection, jouait face à la Finlande. La plupart des témoignages de médecins qui sont revenus sur le «collapsing» en direct du numéro 10 ont évoqué l’intervention rapide et efficace du personnel médical afin que l’Interiste soit ramené à la vie. Comme quoi, partir du principe qu’un athlète de haut niveau est à l’abri des défaillances physiques est une aberration. Une erreur d’appréciation qui ne donne lieu qu’à la négligence.
Aussi, les cardiologues ont mis l’accent sur un outil salvateur dans ces épisodes malheureux ou chaque minute qui passe équivaut 6% de chances de vie en moins. Il s’agit du défibrillateur. Cet appareil doit être disponible dans chaque endroit où le sport est pratiqué. Et, figurez-vous, dans l’OCO Mohamed Boudiaf (Alger), il n’y en avait pas. Inadmissible.
En Algérie, on a une tendance à s’incliner fatalement devant la mort des gens. «Son heure était arrivée», «Dieu l’a voulu ainsi»… et bien d’autres tournures qui visent à atténuer l’impact dramatique à travers une sorte spiritualité excessive qui nous détourne des vrais problèmes. Manel Haboub s’en serait peut-être tirée s’elle avait eu droit à une intervention efficace avec le matériel adéquat. La présence d’un maître-nageur dûment formé pour le premiers secours aurait peut-être changé le pronostic vital. Sans oublier la présence d’une ambulance à la sortie de la piscine.

Sac de secours exigé !
Le ministre de la Jeunesse et des Sports, Sid-Ali Khaldi, ainsi que la Secrétaire d’Etat chargée du sport d’Elite, Salima Souakri, se sont empressés à présenter les condoléances à la famille de la regrettée jeune fille. Mais le rôle de Mr. Khaldi et Mme. Souakri n’est pas d’être réactifs à la mort. Ils doivent plutôt redonner vie au sport algérien qui ne peut pas connaître de progrès alors qu’un matériel médical hautement exigé dans les pays qui se respecte n’est pas mis à la désinvolture.
Là, on ne parle pas d’un grand hôpital ou de moyens sophistiqués mais juste d’un défibrillateur qu’on trouverait même dans une piscine municipale ailleurs dans le monde. «Le défibrillateur est obligatoire. Avant d’ouvrir la piscine pour les adhérents, il faut s’assurer que le défibrillateur est opérationnel, que la bouteille d’oxygène est pleine et que l’oxymètre de pouls, le tensiomètre et le thermomètre sont bien dans le sac de secours. Si un élément manque, la piscine ne doit pas être ouverte. S’elle ouvre et qu’un incident malheureux se produit, la responsabilité de celui qui gère les lieux est engagée», nous révèle Adlane Bennaceur, un maître nageur-sauveteur dans une piscine à Paris (France) que nous avons contacté.
C’est juste pour situer la négligence. De plus, ce malheureux épisode s’est, comme un symbole de l’incohérence, produit à quelques bornes seulement du Centre National de la Médecine du Sport (CNMS) à Chevalley. Ce qui accentue les remords et les regrets d’avoir laisser partir un petit ange. Sans avoir fait le nécessaire.