La nouvelle Constitution pourrait voir le changement de l’un des principes immuables en termes de politique étrangère du pays : la doctrine de non intervention de l’Armée algérienne en dehors de ses frontières.

Il s’agit de la «constitutionnalisation de la participation de l’Algérie à la restauration de la paix dans la région dans le cadre d’accords bilatéraux de pays concernés», selon la copie portant amendement de la Constitution qui vient d’être remise aux acteurs de la société civile et aux médias. Le document encore au stade de proposition, une fois adopté, pourrait autoriser à l’armée algérienne d’intervenir pour des opérations en terrain extérieur (OPEX) et en terre étrangère.
Les «Propositions hors axes» du document précisent en effet : «Constitutionnalisation de la participation de l’Algérie à des opérations de maintien de la paix sous les auspices des Nations Unies» et «Constitutionnalisation de la participation de l’Algérie à la restauration de la paix dans la région dans le cadre d’accords bilatéraux de pays concernés»
Ces deux propositions restent particulièrement inédites, surtout que l’Algérie a toujours défendu la non-intervention à l’étranger et la non-ingérence dans les conflits externes, même dans des zones géographiques voisines. Finalement, l’esquisse de cet avant-projet de Constitution prévoit de donner la possibilité légale aux militaires algériens de participer à des opérations de maintien de la paix aux côtés des Casques bleus. Cette introduction dans le texte fondamental pourrait signifier la disparition de ce que l’on a toujours qualifié de doctrine algérienne sur les interventions à l’étranger. L’article 26 des Constitutions de 1989 et 1996 stipule que «l’Algérie se défend de recourir à la guerre pour porter atteinte à la souveraineté légitime et à la liberté d’autres peuples. Elle s’efforce de régler les différends internationaux par des moyens pacifiques». Il est évident que l’évolution des conflits sur le plan régional a poussé le législateur à vouloir réfléchir sérieusement à légaliser une éventuelle intervention dans des conflits transfrontaliers ou extraterritoriaux qui cadrerait mieux avec les intérêts du pays et sa sécurité.

La politique internationale engagée
L’impossibilité doctrinale pour l’Armée algérienne d’intervenir en dehors des frontières, même lorsque le recommandaient les exigences préventives, a toujours posé question. Cependant, si un non-interventionnisme affirmé a pu faire ses preuves par le passé, la pertinence d’une telle politique pourrait être mise à l’épreuve à l’avenir. Le conflit toujours en activité dans la Libye voisine engage l’Algérie de façon directe tant l’instabilité de ce pays met en péril la stabilité de toute la région. Le millier de kilomètres de frontières avec la Libye constitue à l’évidence un champ de risque important qui nécessiterait une disposition à l’action que la simple posture défensive ne remplit plus. Autre zone d’instabilité régionale, le Sahel au sud du pays. Cette zone d’influence pour l’Algérie, devenue depuis quelques années une véritable poudrière avec les interventions directes et indirectes de plusieurs acteurs internationaux, pose également cette question de l’intervention extra-frontalière. Les interventions de l’Algérie sur le terrain des conflits voisins se sont limitées récemment à des opérations sécuritaires relevant du renseignement et des opérations spéciales en Libye et au Sahel. Cette remise en question d’une doctrine posera inévitablement un certain nombre de questionnements qui engage directement la politique internationale de l’Etat algérien. Ce dernier a souvent utilisé, de façon formelle, cette règle pour justifier le refus de la participation dans les coalitions arabes dans certains conflits externes. La dernière en date a été le refus de l’Algérie de faire partie de la coalition arabe menée par l’Arabie saoudite dans la guerre au Yémen et l’Alliance militaire islamique pour combattre le terrorisme (AMICT) formée à l’initiative de l’Arabie saoudite fin 2015. Cette possible révision d’une règle qui semblait immuable devrait susciter un large débat tant elle présente des avantages, mais aussi des inconvénients. Certains diront qu’avec cette évolution, l’Algérie ne fera que confirmer dans le texte une doctrine qui n’existait que dans les textes, ce qui n’a pas empêché l’Algérie à participer à plusieurs conflits dont les guerres contre Israël en 1967 et 1973. D’autres y trouveront une logique en rapport avec les nouvelles réalités géopolitiques du monde qui préconisent souvent que la défense du territoire national commence souvent sur d’autres territoires.<