La place bancaire n’avait pas assisté à pareil scénario depuis la mise en circulation de l’euro, il y a deux décennies. La monnaie européenne a poursuivi, hier, sa baisse pour atteindre la parité avec le dollar américain.

Emporté par les tensions sur l’énergie en Europe, avec le risque d’une coupure des approvisionnements russes en gaz pour l’UE et la force du billet vert, l’euro a retrouvé ses niveaux de fin 2002, l’année de sa mise en circulation.
Il y a à peine un mois, la monnaie de 19 pays membres de l’Union valait 1,07 dollar, contre 1,2 dollar au printemps dernier. Elle a ainsi perdu 13,2% face au dollar en une année, alors qu’en dix ans les pertes ont été de 16,5%. Une telle dépréciation n’est pas sans inquiéter les marchés et les investisseurs. La décision de la Russie d’entamer, à partir de lundi et pour dix jours, la maintenance sur le gazoduc Nord Stream 1 a provoqué un nouveau pic des tensions énergétiques qui secouent le Vieux Continent où l’Allemagne et d’autres pays européens doutent du rétablissement par Moscou des flux gaziers
L’énergie en provenance de Russie «est au cœur de la tourmente en Europe», a commenté Jeffrey Halley, analyste chez Oanda. Pour Mark Haefele, analyste chez UBS, un arrêt des livraisons russes de gaz en Europe «causerait une récession dans toute la zone euro avec trois trimestres consécutifs de contraction de l’économie».
La guerre en Ukraine n’est pas l’unique facteur qui a poussé l’euro à la chute, estiment cependant les spécialistes en finance, citant d’autres raisons qui ont concouru à cette évolution négative, même si elles n’en sont pas à l’origine, à l’exemple de la balance commerciale allemande qui est devenue déficitaire pour la première fois depuis la réunification. Ce qui adresse «un signal de faiblesse de la première puissance économique de la zone euro», explique-t-on.
D’autres spécialistes font remarquer que ce n’est pas forcément le plongeon de l’euro qui inquiète, mais que c’est le dollar qui «se renforce», et que c’est l’économie américaine qui «se montre plus robuste par rapport, notamment, aux chocs liés à la guerre en Ukraine».
«L’inflation a été plus forte aux Etats-Unis, du fait notamment des politiques budgétaires menées par Joe Biden. Ses plans de relance massifs ont stimulé la hausse des prix de manière plus brutale, ainsi que la hausse des salaires. La Réserve fédérale américaine (FED), pour éviter cette inflation galopante, a donc dû augmenter plus rapidement ses taux d’intérêt», analyse Stéphanie Villers, spécialiste de la zone euro. Aujourd’hui, la FED dispose de plus de marge de manœuvre pour poursuivre ses hausses des taux, les chiffres de l’emploi publiés vendredi ayant montré que l’économie des Etats-Unis résiste mieux pour l’instant.
Du coup, la chute de l’euro pourrait encore se poursuivre, sachant que la Banque centrale européenne (BCE) aura donc du mal à resserrer sa politique monétaire pour lutter contre l’inflation galopante sans aggraver la situation économique. Les données sur l’inflation enregistrées hier en France, en Allemagne et aux Etats-Unis pourraient nourrir les inquiétudes des investisseurs sur une divergence des économies des deux côtés de l’Atlantique. «Si l’inflation américaine est plus forte que le marché ne le prévoit, cela pourrait profiter au dollar», les investisseurs pariant que la FED va devoir agir encore plus vite pour remonter ses taux, a estimé Fawad Razaqzada, analyste chez Forex.com.

1 euro à 147,30 dinars

A noter que la monnaie unique européenne est, également, en difficulté face au franc suisse, également une valeur refuge : elle a reculé à 0,9836 franc suisse, un plus bas depuis 2015. Et le dollar brille aussi face aux autres monnaies considérées comme vulnérables au risque : la livre sterling a plongé jusqu’à 1,1807 dollar, un niveau plus atteint depuis mars 2020, quand le début de la pandémie de la Covid-19 en Europe, en pleines négociations sur le Brexit, avait fait reculer la devise britannique à son plus bas niveau depuis 1985.
La dépréciation de l’euro permet, par ailleurs, au dinar algérien de remonter face à cette monnaie. Sur le marché interbancaire des changes, 1 euro était affiché hier à 147,22 DZD à l’achat contre 147,30 DZD à la vente. La monnaie européenne a donc continué à baisser face au dinar algérien, puisque la veille, l’euro coûtait 148,50 DZD à l’achat et 148,57 DZD.
La tendance n’est visiblement pas la même sur le marché parallèle de la devise où les principales devises continuent à évoluer très haut face à la monnaie nationale, sous l’impact de facteurs qui diffèrent de ceux régulant le marché officiel.
En ce sens, un euro s’échange aux alentours de 211 DZD à l’achat et à 213 DZD à la vente. Et ce n’est sans doute pas l’ouverture des frontières terrestres entre l’Algérie et la Tunisie qui va calmer le square Port Saïd et les autres places de change parallèles à travers le pays. Bien au contraire, après le renforcement du programme d’Air Algérie pour la saison estivale, le retour du hadj aux Lieux saints, ce sont des centaines de milliers d’Algériens qui pourraient débarquer en Tunisie, après avoir effectué la grande partie de leur opération change dans ces lieux où les cambistes ne rateront certainement pas l’occasion pour récupérer quelques dividendes après deux années de disette sous l’impact de la pandémie de la Covid-19.