Même s’il a parlé d’un «cap fixé, d’une feuille de route tracée et d’une action engagée pour la construction de l’Algérie nouvelle», le Premier ministre Abdelaziz Djerad a sonné l’alerte d’une situation économique et sociale «grave» induite par la chute des prix du pétrole conséquemment à la propagation du coronavirus à travers le monde.

Sollicitant «une participation plus active du mouvement populaire» dans ce qui devrait être une réponse à cette situation, le chef de l’Exécutif a appelé à une atténuation de «la tendance revendicative et l’occupation excessive de la voie publique», ce qui s’apparente visiblement à une demande de «sursis» pour un gouvernement qui dit avoir hérité d’une situation catastrophique.
«Devant l’ampleur de la tâche et des défis de l’heure, ainsi que devant la gravité de la situation économique et sociale actuelle du pays, il est attendu la mobilisation de toutes les parties pour sortir de cette crise multidimensionnelle, à travers une participation plus active du mouvement populaire principalement, dans la lourde tâche de construction de l’Etat rénové, auquel aspirent tous les enfants de notre pays, car l’Algérie appartient à tous ses enfants», a déclaré M. Djerad dans une interview à l’APS.
Pour M. Djerad, «il serait plus sage d’atténuer la tendance revendicative et l’occupation excessive de la voie publique, qui ne fait qu’aggraver davantage la situation actuelle sans apporter de solutions concrètes aux différents problèmes auxquels font face les citoyens et citoyennes, et ce, d’autant plus que le Président de la République s’est engagé à asseoir un processus d’édification de la nouvelle République sous une matrice constitutionnelle qui consacre une transparence des élections, une réelle démocratie participative, une société civile forte, une classe politique représentative et une presse libre et responsable».
Il a ajouté, dans ce sens, que «la sagesse, la compréhension et la mobilisation des forces vives de la nation est la seule voie qui permettrait une solution apaisée en vue d’assurer une sortie d’une crise politique, économique et sociale sans précédent et écarter toutes les manipulations avérées, qui ne sauraient diviser les enfants de ce pays ni attenter à la cohésion nationale du peuple algérien».
Dans ses déclarations en lien avec le mouvement populaire, le Premier ministre n’a pas tari d’éloges concernant cette dynamique, estimant que «le mouvement populaire du 22 février 2019 a amorcé un processus irréversible de construction d’une Algérie nouvelle en rupture avec le système et les pratiques passées».
Il a relevé, par la même occasion, que le gouvernement a inscrit son action «dans le prolongement des revendications de ce Hirak du 22 février 2019 à l’action salvatrice grâce à l’accompagnement et la protection de l’Armée nationale populaire et des services de sécurité».
Reste ainsi à savoir si l’appel de Djerad sera entendu par la rue en observant une sorte de «trêve de contestation» ou servira-t-il plutôt de facteur de galvanisation de la mobilisation populaire ?
Héritage catastrophique et fragilités !
Pour donner de la force à son discours, le chef de l’Exécutif a évoqué une nouvelle fois l’héritage d’une «situation catastrophique sur tous les plans», citant dans ce sens, des institutions et une administration «traumatisées par l’ampleur prise par la corruption qui a profondément affecté la sphère politico-administrative et qui a entraîné un accaparement des centres de décisions économiques et financières au profit des intérêts privés».
Dans cet héritage, M. Djerad a évoqué «une situation financière du pays très fragile, marquée par de profonds déséquilibres au plan interne et externe», s’appuyant sur les chiffres des réserves de change de l’Algérie qui «ont baissé de plus de 116 milliards de dollars entre 2014 et 2019» et que «le déficit du Trésor a atteint en moyenne un niveau de 10% du PIB».
L’autre point cité par Djerad dans le même registre est celui du système de retraite «en quasi-faillite avec des déficits cumulés qui ont atteint, à fin 2019, 2500 milliards de dinars et dont le financement est assuré par des avances du Trésor». Il a déploré également «une fragilisation de la situation sociale de notre pays à travers les disparités dans le développement des territoires et de graves dysfonctionnements au niveau de l’accès des citoyens aux services publics de base».
Faisant part de l’identification, de plus de 15 000 zones d’ombre avec une population concernée de 9 millions d’habitants, soit le 1/5 de la population totale du pays, M. Djerad a indiqué que «45% de ces zones d’ombre sont localisées dans les wilayas du nord du pays avec une population impactée de 4,5 millions d’habitants».
Il a ajouté que 48% de ces zones d’ombre se situent dans les Hauts-Plateaux avec une population impactée de 3,2 millions d’habitants, 7% de ces zones d’ombre concernent les wilayas du Sud avec une population impactée de près de 1,3 million d’habitants.
Abordant la conjoncture internationale, le Premier ministre a souligné l’impact qu’aura la baisse des prix du pétrole induit par le Covid-19. «Cette situation impacte négativement nos ressources en devises et accentue les contraintes budgétaires déjà pressantes, ce qui nous interpelle pour l’adoption de mesures à caractère conjoncturel et structurel en vue d’aboutir au redressement de la situation financière», a-t-il relevé.
Ces mesures «devront permettre la consolidation de nos réserves de change en freinant le rythme de leur détérioration et de dynamiser la croissance économique en favorisant l’investissement à forte valeur ajoutée de nature à améliorer la situation de la balance des paiements», selon M. Djerad. n

Le ministre de l’Intérieur accuse

Le ministre de l’Intérieur et des Collectivités locales, Kamel Beldjoud, a accusé hier, à partir de Biskra, ceux qu’il a désignés comme «des parties extérieures qui soutiennent des éléments connus qui œuvrent à détruire le pays». S’exprimant lors de l’inauguration du siège de la sûreté de la daïra d’Ourlal, le ministre a déclaré que «ces parties étrangères soutiennent des éléments connus aux intentions claires et œuvrent par leur biais à détruire le pays, le faire retourner aux années précédentes et le plonger dans des problèmes». «Il existe encore des éléments qui veulent détruire ce à quoi est parvenu le Hirak populaire et sortent les mardi et vendredi avec les manifestants œuvrant pour l’escalade», a-t-il dit ajoutant que «l’Algérie est entrée dans l’ère de la nouvelle République dans laquelle le président de la République s’est engagé à concrétiser toutes les revendications du Hirak».