Quand on a gagné brillamment sa deuxième Coupe d’Afrique des nations, est-on pour autant sur le toit du football continental ?

Par Chadly Boufaroua
En 1986, au moment du tirage au sort de la Coupe du monde mexicaine, certains observateurs exigeaient de l’équipe nationale, dont c’était seulement la seconde participation à la phase finale, qu’elle se qualifie pour le second tour de la compétition.
Méziane Ighil, ex-international devenu consultant, leur répondait avec beaucoup de lucidité : «Pour se fixer un tel objectif, il faut préalablement participer régulièrement aux phases finales de la Coupe d’Afrique des nations et de la Coupe du monde. Et cela suppose une élévation du niveau organisationnel de la DTN, la mise en place et la prise en charge de manière efficiente des équipes nationales de toutes les catégories, les doter de techniciens de haute compétence, améliorer la gestion administrative, financière, et technique des clubs de première et deuxième division, les doter d’infrastructures pour leur préparation et la compétition.» Avait-il tort ? Certes pas.

Absence de formation
L’équipe nationale ne gagnera son billet pour une phase finale de la coupe du monde que 24 ans après. Après avoir gagné, à domicile sa première coupe d’Afrique en 1990, elle n’atteindra plus jamais le dernier carré (à l’exception de 1988 ou elle prend la 3e place au tirage au sort) ne participant pas à toutes les phases finales. Ses maigres performances, durant toute cette longue période, sont le résultat « des écoles françaises de formation» au point que la venue de joueurs qui en sont issus a été élevée au rang de principe par les responsables administratifs et techniques de la FAF. Et ils s’en sont vantés.
La victoire en Egypte est en partie le résultat de cette politique. Il faut cependant noter que des joueurs élevés au biberon « du football national » sont dans l’effectif victorieux en raison, entièrement, du travail du Paradou A.C. dont le président historique, Kheireddine Zetchi, est l’actuel président de la FAF depuis seulement deux ans. Mais cela reste une part encore insuffisante. Les équipes de jeunes sont régulièrement éliminées par leurs homologues en phase éliminatoire de leur compétition continentale. La FAF avait même décidé de ne plus constituer ces équipes sous le prétexte absolument fallacieux de ne pas perturber la scolarité des joueurs.
Il y a deux ans justement des observateurs ont été étonnés que l’élimination de l’équipe nationale constituée des meilleurs joueurs locaux face à la Libye ne soit pas commentée autant qu’elle le devrait. Voici ce qu’écrivait un journaliste de Botola, bi hebdomadaire spécialisé en football : «Car enfin voici une équipe composée théoriquement des meilleurs joueurs évoluant dans le championnat national stoppée par une formation d’un pays disloqué et en pleine guerre depuis près de 6 ans et sans championnat durant autant de temps. Et les observateurs n’auraient rien à en dire ? Et le bureau fédéral non plus ? Aucune leçon à en tirer ? Curieux. C’est une fois de plus la politique de l’autruche qui est à l’œuvre. Incompréhensible.

Symptômes de l’échec
L’élimination de cette équipe nationale là est de manière chimiquement pure l’expression de l’échec de la politique menée depuis au moins 2004 par la FAF. Le reconnaître c’est envisager une autre politique. C’est engager un débat de fond sur l’essentiel : comment relancer le football national afin qu’il redevienne le pourvoyeur principal de l’équipe national comme dans les années 70/90.
Mais force est de constater que le monde du football tourne le dos à cette obligation de tirer le bilan de cet échec et de poser les problèmes sur la table. Or malheureusement il n’y a aucune différence entre les discussions de café, ceux du bureau fédéral, et les pages facebook tenues par certains journalistes particulièrement spécialisés.
Lors de la réunion du bureau fédéral tenue mercredi 23 août 2017, l’instance avait décidé d’augmenter les primes aux équipes vainqueurs du championnat et coupe d’Algérie. Voilà, c’est sûr, une grande décision qui va motiver les équipes à pratiquer du grand football. Il faut mesurer « l’importance » de cette décision au regard des problèmes posés durant l’intersaison , l’échec de l’équipe nationale des locaux, l’instabilité de la plus part des clubs pratiquement en cessation de paiement et d’autres choses encore en tant que symptômes de l’échec de la politique menée depuis 2004 quand la Fédération s’est détournée de ses taches de développement du football en Algérie en se contentant de récolter les fruits de la production de footballeurs de performance des centres de formation français pour la seule équipe nationale. L’arbre qui cache la forêt et l’illusion d’un grand football ».

Remettre les choses à l’endroit
La Fédération actuelle n’était pas responsable de ce gâchis. Mais il y a deux ans, Kheirredine Zetchi a été élu pour prendre en charge à bras le corps le développement du football. Le bilan en matière de formation du Paradou AC plaidait en sa faveur. Alors qu’a-t-il fait ? Quelle est sa feuille de route ? Les problèmes sont connus les solutions seront trouvées dans le rassemblement de tous ceux qui font le football de la base au sommet et par leurs contributions. Les actions de sortie de crise et de relance du football national doivent prendre en compte les problèmes actuels pour les solutionner graduellement dans un plan global de long terme. Les actions doivent être menées de front : les solutions pour le court terme et en même temps doivent s’ouvrir les chantiers du moyen et long terme. Le travail qui attend l’actuel bureau fédéral peut s’étaler sur une période d’au moins deux mandats soit huit ans. Ce premier mandat (jusqu’en 2020) doit prendre en charge les taches transitoires qui remettront à l’endroit le football national en associant tous les acteurs. Les problèmes du football national sont connus : incapacité à produire des internationaux à travers sa principale compétition le championnat de la ligue 1, pérennité des clubs, leurs moyens financiers, leur organisation et leur encadrement technique pour produire de la performance avec à la base les centres de formation, les infrastructures… La définition des conditions précises pour évoluer aux différents paliers, 1re et 2e division du championnat professionnel et championnat amateur.

Plus de rigueur
Dans tous les pays où le football professionnel est pratiqué, les fédérations ont mis en place pour arriver à ces objectifs un Cahier de charges dont l’application rigoureuse mais graduelle par les formations de première et seconde division est décisive. Le cahier de charges est un constructeur et un organisateur collectif. Il peut- être à l’origine du redressement du football national. S’il l’avait été le championnat « pro » ne donnerait pas ce spectacle désolant de joueurs pigeons voyageurs, des équipes en déficit structurel pendant que les joueurs et les entraineurs reçoivent des rémunérations astronomiques et un niveau technique et tactique exécrable. La mise en place dans ce cadre du « Fair-play » financier régulerait la gestion financière et son contrôle serait facilité. Prendre ces décisions est nécessaire et le plus tôt sera le mieux car la production de footballeurs performants a besoin de temps que personne ne peut réduire artificiellement. Participer à chaque phase finale de la Coupe d’Afrique des nations avec pour objectif d’être dans le carré d’as et se qualifier régulièrement à chaque phase finale de la Coupe du Monde. Et c’est à ce prix seulement que le football algérien sera sur le toit de l’Afrique.