Les journées du vendredi et samedi, soit juste après le discours du président Tebboune à la nation, dans lequel il a annoncé plusieurs mesures sur fond d’apaisement et de détente, ont été celles de la libération et du soulagement des détenus qui ont quitté leurs lieux d’incarcération respectifs pour retrouver leurs familles.

Déjà dans l’air depuis quelques jours, cette libération a été annoncée par le premier magistrat du pays, qui a fait part jeudi soir d’une grâce présidentielle au profit d’une trentaine de détenus, dont le jugement a été déjà rendu par la justice, en sus d’une soixantaine d’autres dont le jugement n’a pas été encore prononcé, signalant que cette grâce intervient à la veille du deuxième anniversaire du Hirak populaire, déclenché le 22 février 2019.
Et si cette annonce a sonné un regain d’espoir de libération pour les concernés, cela n’a pas manqué de susciter des interrogations parmi l’opinion quant aux détenus graciés et ceux qui risqueraient de ne pas l’être. Ce à quoi le ministère de la Justice a apporté des éclaircissements dans un communiqué rendu public.
«Trente-trois détenus dont 21 condamnés définitivement à des peines de prison ferme pour des actes liés à l’utilisation des réseaux sociaux ou commis lors de rassemblements, et 12 n’ayant pas écopé de peines définitives, mais impliqués dans des actes similaires, ont été élargis, vendredi, dans le cadre des mesures de grâce décidées jeudi par le président de la République», est-il précisé dans le communiqué. Les juridictions compétentes ont procédé «à partir de la date d’aujourd’hui à l’élargissement des détenus n’ayant pas écopé de peines définitives, impliqués dans des actes similaires. Le nombre global de détenus élargis, des deux catégories, s’élève, à l’heure de la rédaction de ce communiqué, à 33 détenus et les procédures de mise en liberté se poursuivent pour les autres», avait précisé la même source.
Et si la journée de vendredi plutôt printanière a été entamée avec la libération, selon le Comité national pour la libération des détenus (CNLD), de plusieurs détenus à Bordj Bou-Arréridj, Tébessa, M’sila, Saïda, ainsi que dans le Sud, à Tamanrasset et Adrar, l’attente était cependant longue concernant certains noms à l’image du journaliste Khaled Drareni et de l’activiste Rachid Nekkaz.
Devant la prison de Koléa où le journaliste Khaled Drareni a passé onze pénibles mois d’incarcération, l’angoisse était à son paroxysme jusqu’au moment le plus attendu sans doute, où sa libération a été confirmée par ses avocats. Rachid Nekkaz, en détention provisoire depuis décembre 2019, a quitté dans la soirée de vendredi la prison d’El Bayedh. L’enseignante Dalila Touat, exerçant à Mostaganem, a bénéficié, elle aussi, de la mesure de grâce présidentielle et a pu retrouver sa famille dans la soirée d’hier. Jusqu’à hier se poursuivait la sortie de prison des autres détenus, selon des avocats, à l’exemple de ce qui a été enregistré à Bordj Bou-Arréridj où «tous les prisonniers d’opinion, y compris Ibrahim Laalami, ont été libérés ce samedi à l’exception de Touahria, qui a une deuxième affaire personnelle».
A l’évidence, cette mesure de grâce pour les détenus sonne, à plus d’un égard, comme une offre d’apaisement telle que réclamée depuis plusieurs mois par les milieux militants et les avocats qui n’ont cessé de décrier les motivations de la mise en prison des activistes et militants.
Elle est de nature à apaiser les tensions et d’ouvrir la voie à une approche différente des manifestations publiques et de la contestation politique.
D’autant plus que le pays s’attelle à préparer des consultations électorales dès les prochains mois avec l’organisation des législatives anticipées, désormais officiellement inscrites dans l’agenda politique après la décision de Tebboune de dissoudre l’APN. Un rendez-vous qui ne saurait se tenir sans un climat de sérénité et de quiétude.