PAR NAZIM BRAHIMI
La Journée internationale des travailleurs, coïncidant avec le 1er mai de chaque année, sera célébrée en Algérie dans 48 heures dans un contexte particulier, marqué par la montée significative de la contestation sociale, boostée visiblement par l’érosion du pouvoir d’achat et les menaces qui guettent l’avenir des entreprises.
Ces dernières n’arrivent pas, en effet, à voir le bout du tunnel après avoir été fortement impactées, du moins depuis 2019, une année qui n’a pas été favorable au monde de l’entreprise. Cette situation de malaise a été par la suite accentuée par la crise sanitaire signalée depuis début 2020 et qui est toujours là avec un risque, selon des spécialistes, d’une nouvelle vague aux conséquences manifestement difficiles à gérer. Une telle et sombre projection ne manquera pas de mettre dans la difficulté les entreprises publiques et privées.
Relevant dans une récente déclaration que le pays a hérité d’une situation catastrophique, puisque 2019 et 2020 étaient très compliquées et 2021 le sera davantage, Sami Agli, président de la Confédération algérienne du patronat citoyen (CAPC), a plaidé pour des «mesures urgentes de rupture pour sentir le changement de manière opérationnelle et rapide afin de réussir le plan de relance économique». S’agissant des réunions qu’il a eues avec différents ministres pour trouver des solutions rapides à cette crise qui perdure, Agli fait un constat peu rassurant, «les choses avancent uniquement sur le plan des propositions».
Pour l’économiste Mansour Kedidir, «si le gouvernement fait le choix d’une dévaluation en dehors d’une politique économique réfléchie, cela risque d’avoir des conséquences fâcheuses sur le pouvoir d’achat des citoyens qui sera durablement affecté». Une thèse que conforte Messaoud Boudiba, porte-parole du Cnapest, qui estime que le dossier du pouvoir d’achat est devenu une urgence nationale. «Les travailleurs sont dans la précarité. Les salaires qui pouvaient suffire 15 à 20 jours ne tiennent plus que 8 à 10 jours. Ce qui est très grave. De plus, un enseignant qui veut prétendre à l’achat d’un logement ne peut bénéficier d’aucune formule existante», regrette-t-il.
De son côté, le ministre du Travail, Hachemi Djaaboub, a indiqué que la fermeture des usines de montage automobile et l’arrêt des importations de composants d’appareils électroménagers ont coûté plus de 50 000 emplois en 2020. Ce qui a renforcé la cohorte des chômeurs. D’ailleurs, le Fonds monétaire international (FMI) a évalué à plus de 14% le taux de chômage, ce qui représente une hausse comparativement à celui des années précédentes.
«Le décryptage du monde du travail exige partout dans le monde des outils de mesure les plus pertinents et ce n’est pas toujours le cas, notamment dans les pays à statistiques imparfaites, comme l’Algérie», a souligné Mohamed Saïb Musette, Directeur de recherche au Cread. Le chercheur a relevé que «notre système de collecte d’informations sur le marché du travail a connu une évolution, ces vingt dernières années, mais il reste encore beaucoup de chemin à faire».
De leur côté, certains partis politiques ont fait part de leur inquiétude quant à la multiplication des foyers de tension sociale. Le RCD a estimé, samedi, que «tous les ingrédients d’une déflagration sociale sont réunis», citant la «dépréciation fulgurante de le monnaie nationale» à la «flambée de prix sans précédent qui touche la quasi-totalité les produits alimentaires», en passant par «la panne généralisée de l’outil de production». Pour sa part, le FFS a soutenu que «la gravité de la situation se mesure à l’incapacité des gouvernants à juguler l’inflation, à stabiliser la monnaie nationale et à sauvegarder l’emploi et le pouvoir d’achat des citoyens». <