Hier, lundi, le Haut-commissaire de l’ONU aux droits de l’Homme a appelé les pays à respecter l’Etat de droit et les libertés collectives et des personnes et de ne pas abuser des pouvoirs d’urgence, dans l’actuelle situation de crise sanitaire mondiale, pour faire taire ou réprimer des personnes.
«Nuire aux droits tels que la liberté d’expression peut causer des dommages incalculables aux efforts entrepris pour contenir le Covid-19 et ses effets socio-économiques secondaires pernicieux», a relevé Michelle Bachelet, dans un communiqué. Dans ce document, elle affirme que l’ONU est particulièrement inquiète car les mesures et lois introduites dans certains pays font référence à «des infractions vaguement définies, associées parfois à des peines sévères, alimentant les craintes qu’elles puissent être utilisées pour museler les médias et détenir les critiques et les opposants». «Compte tenu de la nature exceptionnelle de la crise, il est clair que les Etats ont besoin de pouvoirs supplémentaires pour y faire face. Cependant, si l’Etat de droit n’est pas respecté, la situation d’urgence sanitaire risque de devenir une catastrophe des droits de l’Homme, dont les effets néfastes surpasseront pendant longtemps la pandémie elle-même», a déclaré Michelle Bachelet. «Les gouvernements ne devraient pas se servir des pouvoirs d’urgence comme d’une arme pour faire taire l’opposition, contrôler la population, ou même rester au pouvoir», a-t-elle averti.
Le Haut-Commissaire a souligné que les mesures exceptionnelles ou l’état d’urgence devraient être «proportionnés, non discriminatoires et limités dans le temps», et faire «l’objet d’une surveillance parlementaire, judiciaire et publique appropriée». Elle a par ailleurs indiqué avoir reçu «un certain nombre d’informations» émanant de différentes régions dans le monde selon lesquelles la police et d’autres forces de sécurité ont fait un usage excessif et parfois mortel de la force pour faire respecter les confinements et les couvre-feux. «Ces violations ont souvent été commises contre des personnes appartenant aux couches les plus pauvres et les plus vulnérables de la population», a-t-elle fait savoir.
«Il est évidemment inacceptable et illégal de tirer sur une personne ayant enfreint un couvre-feu en quête désespérée de nourriture, de la placer en détention ou de lui faire subir des violences», a-t-elle déclaré, sans citer de pays. Aux Philippines, début avril, le Président a ordonné de « tuer » ceux qui ne respectent pas le confinement. « Cela empire. Alors, une nouvelle fois, je vous fais part de la gravité du problème et vous devez écouter. Mes ordres à la police et à l’armée […], s’il y a des troubles et qu’il y a une possibilité qu’ils ripostent, avec un risque pour vos vies, tuez-les par balle. Est-ce bien compris ? », s’est-il adressé dans un discours. A Nairobi, au Kenya, où le Président s’est excusé pour les violences policières, une enquête a été ouverte après la mort d’un enfant de 13 ans. Il a été tué par balle dans un bidonville après que des policiers ont ouvert le feu pour faire respecter le couvre-feu.
En Inde, des vidéos postées sur les réseaux sociaux montrent de scènes dégradantes comme ces hommes contraints de marcher à quatre pattes en guise de punition pour avoir contrevenu aux mesures de confinement ou des policiers qui aspergent un groupe de migrants assis par terre dans la rue pour les désinfecter. Plus près de nous, au Burkina Faso, l’un des pays africains les plus touchés par le nouveau coronavirus, des policiers ont utilisé le fouet pour punir des hommes qui n’ont pas respecté le couvre-feu.
L’ancienne présidente chilienne, qui a elle-même connu la détention, a également dénoncé que «dans certains pays, des milliers de personnes ont été arrêtées pour avoir enfreint le couvre-feu», jugeant cela «inutile et dangereux» et appelant les Etats à libérer les détenus qui peuvent l’être.