La nouvelle grève des avocats, engagée contre la réforme fiscale mais surtout contre «l’échec» apparent des discussions, lancées en janvier dernier, entre la corporation et la direction des impôts, a réussi hier à paralyser les tribunaux du pays.

Par Nadir Kadi
L’appel au «boycott» des audiences, lancé dès le 14 avril dernier par l’Union nationale des Ordres des avocats (Unoa), demande, en effet, aux avocats, et sous peine de «sanctions disciplinaires», de boycotter l’ensemble des audiences face aux «tribunaux de première instance et d’appel en matière criminelle» et des «affaires des mineurs».
Mouvement de grève qui semblait, hier, particulièrement suivi à Alger, du moins au niveau du Tribunal de Sidi M’hamed et de la Cour d’Alger, où seuls les jugements en correctionnels étaient encore ouverts. Les rares avocats rencontrés sur place en milieu de journée expliquent en substance être «déterminés» à poursuivre le mouvement. Ajoutant plus loin qu’ils restaient toutefois présents au niveau des tribunaux pour les seuls clients jugés en correctionnel : «Dans ces affaires, le justiciable peut accepter ou demander à ne pas être représenté par un avocat.»
L’Unoa renoue ainsi avec la grève seulement trois mois après un précédent boycott des audiences d’une dizaine de jours. Elle avertit aujourd’hui que le mouvement se poursuivra jusqu’à «nouvel ordre». Le président de l’organisation syndicale, Maître Brahim Tairi, a par ailleurs ajouté, hier, dans les colonnes du quotidien El Watan, que les discussions engagées avec la Direction des impôts au sujet des modalités de la réforme fiscale n’ont pas abouti : «La Direction générale des impôts n’a pas pris en considération notre proposition d’aller vers une imposition à la source. Aucune réponse ne nous a été donnée, alors que le délai imparti aux déclarations fiscales arrive à terme le 20 avril prochain. Nous avons été mis devant le fait accompli». L’Unoa juge, en effet, la réforme telle que présentée par la loi de finances 2022 comme «étant en violation avec le principe d’égalité des citoyens devant l’impôt».
«Il est regrettable que les avocats soient dans l’obligation de paralyser un service public aussi important que la justice. Nous le faisons à contrecœur. Mais il faut aussi comprendre que les avocats jouent leur avenir professionnel. Une surimposition, telle que décidée par la dernière loi de finances est quasiment mortelle pour la profession», avait soutenu un avocat du barreau d’Alger.
Quant aux conséquences sur les nombreux dossiers en cours impliquant d’anciennes figures politiques ou économiques de la présidence Bouteflika, l’APS fait notamment savoir, hier, que l’affaire dite du «financement occulte» de la campagne électorale du président et candidat Abdelaziz Bouteflika, a été reportée au 9 mai prochain, à la demande du collectif de défense de l’accusé Saïd Bouteflika et en raison de «l’absence de l’avocat d’Ali Haddad». Ce dossier, instruit par le Pôle pénal économique et financier du Tribunal de Sidi M’hamed, poursuit Saïd Bouteflika, frère et conseiller spécial de l’ancien président, et Ali Haddad, ancien président du Forum des chefs d’entreprise (FCE) pour des faits supposés de «financement occulte de la campagne électorale» de 2019 et «blanchiment d’argent et enrichissement illicite». <