Malaise au sein du Rassemblement national démocratique (RND), où la gestion de son secrétaire général Tayeb Zitouni est fortement contestée. Une situation qui n’est pas sans rappeler celle des crises précédentes vécues par le parti, fondé en 1997.

PAR NAZIM BRAHIMI
Elle semble avoir suscité plus de déceptions, selon Ali Slimani, membre du Conseil national du Rassemblement, pour qui «Tayeb Zitouni n’a pas été à la hauteur de ses engagements qui consistent à opérer le changement dans le fonctionnement et la structuration» du parti. «Nous avons cru aux promesses qu’il avait tenues après son élection à la tête du parti, mais grande fut notre déception de voir le parti entre les mains de personnes étrangères au Rassemblement et à son esprit», a ajouté Ali Slimani.
Pour notre interlocuteur, «il y a urgence à ce que le Rassemblement retrouve sa voie authentique», faisant part d’une «large mobilisation» au sein des structures du parti afin de réunir les conditions du changement souhaité.
«Nous allons suivre les voies que nous permettent les statuts pour parvenir à notre fin», a-t-il expliqué. Excluant «toute intention de recourir à la violence quelle que soit sa nature», il accuse le secrétaire général du parti d’avoir «offert» le parti aux forces de l’argent et des milieux occultes. «Contrairement à ce qu’il peut soutenir, rien n’a changé dans le fonctionnement du RND. Il n’y a que les noms qui ont changé, sinon, c’est une ‘’bande’’ qui a pris la place des précédentes, celles des Ouyahia, Bouchouareb et autres», accuse M. Slimani. Ce dernier a endossé également la responsabilité des résultats «décevants» obtenus par le RND lors du dernier scrutin du 12 juin 2020, estimant qu’il s’agit d’une «gifle» qui devrait inciter la direction, le secrétaire général en premier, à revoir leur copie.
Le RND avait obtenu, pour rappel, lors de ce scrutin législatif, 57 sièges sur 407 en jeu, alors qu’il en comptait 100 durant la mandature précédente (2017-2022).
La remise en cause de la gestion de Zitouni n’a-t-elle pas un lien avec les prochaines élections locales dans lesquelles est engagé le RND ? «Non, cela n’a rien à voir avec notre contestation», a précisé l’ancien député, lequel explique que les critiques contre le secrétaire général sont apparues après le congrès du printemps 2020, qui a porté Zitouni à la tête du parti succédant à M. Mihoubi. Ce dernier occupait le poste à titre intérimaire avant de se lancer et échouer dans la bataille de la présidentielle de décembre 2019.
«Il n’a pas fallu beaucoup de temps pour que la gestion de notre parti se dégrade mois après mois, alors que nous avons nourri l’ambition d’une nouvelle ère pour le RND. Qui soit à la fois à la hauteur des attentes de ses militants, mais aussi en phase avec les défis du pays», ajoute M. Slimani qui reproche à M. Zitouni d’écouter «les milieux de corruption au lieu de la voix des vrais militants».
Autre grief retenu contre le premier responsable du parti, celui de la composante du Bureau national qui «n’obéit à aucune logique». Pour preuve, «il n’y a aucun représentant de la wilaya d’Alger», fait savoir notre interlocuteur, qui qualifie le fait de «bizarre».
Relevant que les désignations au titre de membre du BN se font par «intérêt et calculs étroits» au détriment de la qualification, M. Slimani regrette que le RND «emprunte la voie de la régression en matière de structuration».
Pour lui, le «sauvetage» du parti passe par un sursaut des militants à travers toutes les wilayas qui doivent se mobiliser pour «s’approprier» le parti et opérer «un véritable changement» dans la pratique politique.
«Si les militants veulent réellement replacer le parti sur le droit chemin, qui a été celui des fondateurs, il y a un devoir de mobilisation pour récupérer le parti. C’est aussi nécessaire pour nous afin de contribuer aux défis du pays», a conclu M. Slimani, qui reproche également à Zitouni de «fermer» les voies du dialogue.
Il a souligné, à ce propos, qu’un courrier lui a été adressé par des membres du Conseil national afin de «tenir une réunion entre le secrétaire général et des membres du CN pour formuler des propositions de nature à stopper la saignée des militants en raison des dysfonctionnements qui traversent le parti, ainsi que la marginalisation dont sont victimes des membres du CN. Mais, le secrétaire général n’a pas daigné répondre à notre courrier», regrette M. Slimani. n