Prévue initialement pour le 31 décembre prochain, la généralisation du paiement électronique en Algérie risque d’attendre une année supplémentaire, c’est-à-dire jusqu’à décembre 2021.

C’est en tous les cas ce que propose l’avant-projet de Loi de finances 2021, à travers la prorogation de l’article 111 de la Loi de finances 2020 qui impose aux commerçants de «mettre à la disposition du consommateur des instruments de paiement électronique pour lui permettre, à sa demande, de régler le montant de ses achats à travers son compte bancaire ou postal dûment domicilié au niveau d‘une banque agréée ou Algérie Poste».
L’avant-projet de texte de loi n’apporte aucun changement au contenu de l’article, mais reporte son application d’une année supplémentaire en soulignant que «les agents économiques doivent se conformer aux dispositions du présent article, au plus tard, le 31 décembre 2021».
Une année supplémentaire, faut-il le répéter, parce l’article en question n’a pas été introduit par la LFC de l’année en cours, mais par celle de 2018, à travers la loi n° 17-11 du 27 décembre 2017, et son application devait intervenir avant le 31 décembre de cette année, soit dans un délai maximal d’une année. Une première prorogation a été décidée par voie de LFC 2019, portant ce délai à décembre de cette année, puis une seconde opération du genre a suivi, avec un nouveau délai introduit par la LFC 2020. Une succession de reports qui n’a finalement pas suffi à mettre en place les outils nécessaires pour la généralisation de l’usage du paiement électronique. D’où ce nouveau prolongement d’une année demandé par la commission chargée d’élaborer l’avant-projet de LFC 2021. Cette dernière relève qu’«avec un peu plus d‘un million et demi de commerçants susceptibles d‘accepter les paiements par cartes, de fait l‘obligation de les équiper en TPE implique une opération gigantesque, tant sur l‘aspect coût que logistique, car il s‘agit de développer plusieurs millions de TPE, étant donné qu‘un seul commerçant peut avoir plusieurs point de vente dotés de plusieurs caisse (supermarché, opérateur téléphonique…)». C’est pourquoi, comme pour l’année 2020, la prolongation proposée pour 2021 vise «l‘élargissement des instruments de paiement électronique, au-delà des terminaux électroniques, à tout instrument permettant d‘effectuer le paiement électronique et le QR code, qui soit accepté par les banques et Algérie Poste», est-il souligné. «Cette prorogation est nécessaire pour permettre à l‘appareil de production nationale de satisfaire les besoins du marché en quantités suffisantes de terminaux de paiement électronique (TPE), et d‘éviter ainsi l‘importation de quantités importantes de ces équipements», ajoute le document.
Reste à savoir qu’elle a été la réaction du ministère du Commerce face à cette nouvelle proposition de prorogation, sachant que le département dirigé par Kamel Rezig avait, fin août dernier, rappelé aux commerçants qu’ils avaient jusqu’au 31 décembre prochain pour se conformer aux dispositions de l’article 111 de la LFC 2020. Dans cette optique, la tutelle avait même invité les concernés à se rapprocher des services d’Algérie Poste et/ou des banques et établissements financiers pour formuler une demande d’équipement de leurs locaux commerciaux en moyens nécessaires (TPE, QR Code), en vue d’assurer le service e-paiement.
En mettant la pression sur les commerçants, les pouvoirs publics espèrent aller le plus rapidement possible vers la généralisation du e-paiement chez les commerçants et rompre avec le recours au cash qui a déjà montré ses limites et ses risques en diverses occasions, notamment à travers la crise de liquidités qui s’est manifestée l’été dernier dans les bureaux de Poste. Cette dernière est venue donner encore plus raison à cette démarche et justifier l’obligation faite aux commerçants de s’équiper de TPE dans les plus brefs délais.
L’opération TPE pour chaque commerçant semble toutefois traîner sur le terrain, se contentant d’un très faible engouement chez ces derniers depuis son lancement en 2018. Pour preuve chiffrée, au mois de juillet dernier, ils n’étaient que 3 000 commerçants à avoir déployé leur appareil, avait révélé le ministre de la Poste et des Télécommunications, Brahim Boumzar. «Il n’y a pas eu d’engouement des commerçants, ce qui n’est pas normal», a-t-il regretté. Rappelant que son département était en train de coordonner avec celui du commerce «pour encourager l’utilisation des TPE». Une opération qui passe par «des textes réglementaires pour forcer les commerçants à adopter les TPE», a-t-il soutenu. n