Cela fait plus d’un an que les commerçants de la gare routière Ouest de Constantine sont trimballés d’une administration à une autre. Les 19 commerces qui animaient un tant soit peu une gare, où il ne se passait plus grand-chose suite à la mise en activité de celle de Ali-Mendjeli, sont portes closes après une décision de la wilaya de fermer les échoppes, bouis-bouis et estaminets pour la plupart. La raison invoquée par le wali Abdessamie Saïdoune était « pour un projet d’utilité publique » dont la teneur n’a jamais été révélée. Les commerçants avaient, en ce temps, rué dans les brancards, fermé la route et tenu des sit-in devant le cabinet du wali. Peine perdue. Mais quand ce dernier leur a promis une indemnisation conséquente en plus d’attributions de locaux à la nouvelle ville Massinissa, les « révoltés » ont mis un peu plus d’eau dans leur vin. Mais depuis, rien. Les attentes se sont prolongées et les promesses jamais tenues. « La daïra nous a dégagé des locaux à Massinissa, nous dira un des commerçants. Les magasins étaient mal situés, selon un plan que nous a montré l’OPGI, mais nous n’avions pas le choix. Nous avons décidé de payer les locaux, bien que l’attribution ne le prévoit pas. Nous avons voulu nous remettre au travail après des mois de chômage, en attendant l’indemnisation et autres promesses. Il n’y a eu qu’un silence assourdissant ». Les commerçants, en effet, n’ont jamais vu la couleur des commerces censés les abriter, pis, ils ne sont même pas construits, nous a-t-on assuré. Les lésés ont été reçus par le chef de daïra qui leur aurait dit qu’il ne peut plus rien faire et que la balle était désormais dans le camp de l’OPGI.

Un P/APC aux abonnés absents
Nous avons tenté d’en savoir un peu plus sur cette affaire du côté de l’administration, mais apparemment, c’est une totale omerta qui a été proclamée. Aucun responsable n’a voulu nous en parler, rejetant toujours la balle dans un autre camp. Et ce à plusieurs reprises. « Le P/APC de Constantine qui est censé protéger son patrimoine, car nos magasins à la gare routière sont sa propriété, n’a pas levé le petit doigt pour garder son bien ni pour soutenir ses électeurs. Il a courbé l’échine dès les premières sommations et n’a plus donné signe de vie », nous dira encore notre interlocuteur. Des indiscrétions saillantes à l’annonce de la fermeture des locaux de la gare routière de l’Ouest avaient fait mention de l’octroi du terrain, immense, il faut le souligner et excellemment situé (zone industrielle, proximité imminente de l’autoroute, etc.), à une personnalité locale émargeant au tout-puissant FCE. Les commerçants devaient être chassés et indemnisés avec l’argent du contribuable et le terrain « offert » gracieusement à l’investisseur, dans le médicament, nous-t-on encore indiqué. Mais le 22 février et l’entame du Hirak étant passés par les travers de la gare routière, tout a été gelé ou annulé, la ficelle étant trop grosse depuis et les passe-droits menant directement à la prison abandonnés. Et ce n’est pas la signature du wali, le 20 mai 2018, au bas d’un document administratif stipulant octroi de magasins aux commerçants qui changera la donne. Le document existe, tandis que les P/APC de Constantine et de Khroub ne sont pas exécutés. Les causes sont à chercher du côté de l’OPGI qui veut bien satisfaire les désormais quémandeurs, mais le hic, c’est que les magasins n’existent pour le moment que sur plan. Un imbroglio administratif qui enfonce chaque jour un peu plus des commerçants qui vivaient tranquillement sans demander la lune. Elle leur a pourtant été promise comme dédommagement, mais pour le moment c’est l’éclipse totale.
H. B.