Vendredi, 22 avril, le Parlement du Niger a adopté le projet de loi autorisant la présence des forces étrangères sur son territoire. Cette approbation à l’écrasante majorité – 131 pour, 31 contre – était déjà actée depuis le 4 mars dernier après le feu vert du Conseil des ministres. A cette date, le président nigérien en exerce, Mohamed Bazoum, qui avait déjà clairement dit en février d’avant qu’il était favorable à l’arrivée de la force Barkhane sur le sol de son pays, avait annoncé qu’il allait consulter le Parlement. Sa décision d’accueillir les militaires français était pratiquement établie, l’Assemblée nationale du Niger étant dominée par une majorité constituée du courant politique auquel il appartient, le Parti nigérien pour la démocratie et le socialisme (PNDS).

Par Halim Midouni
Ainsi, donc, une partie importante des quelque 2400 soldats de la force Barkhane et les 900 combattants de la force européenne Takuba vont stationner au Niger après un redéploiement du Mali qui devrait se terminer «à la fin de l’été», avait dit le chef d’état-major des armées françaises, le général Thierry Burkhard qui a séjourné à trois reprises au Niger. Sa dernière visite qui la mené non loin de la frontière malienne où soldats français et nigériens mènent déjà des opérations conjointes, date du début de la fin du mois de mars et du début d’avril, à quelques petites semaines du vote du vendredi. «Le Niger seul ne peut mener cette guerre, la recherche des partenaires s’impose nécessairement et nous avons fait notre choix, celui de la France», a déclaré le député de la majorité Yacine Ben Mohamed à propos de cette consultation parlementaire qui ouvre la voie à l’arrivée dans ce pays voisin du Sahel aux militaires européens, français en majorité.
A vrai dire, il ne s’agit pas d’arrivée, mais de renfort. Outre la présence de deux bases américaines près de Niamey et dans la région d’Agadez, les militaires français de Barkhane sont présents sur le sol nigérien depuis 2013 déjà. Certains sont opérationnels dans le périmètre dit des «trois frontières» à proximité du Mali et du Burkina. L’ensemble de l’effectif prévu sera au complet dans les prochains mois, ont indiqué les autorités nigériennes. Il constituera selon elles la force de lutte contre les groupes armés et le terrorisme jihadiste. Lors de sa prise de parole devant le Parlement, le Premier ministre Ouhoumoudou Mahamadou, lui-même membre de la majorité PNDS, a déclaré que «nouer de nouveaux partenariats ne remet nullement en cause notre souveraineté sur le territoire national (…) Notre armée est l’une des meilleures de l’Afrique de l’ouest, mais cela ne suffit pas parce que les terroristes viennent de partout, notre territoire est vaste et nos effectifs sont encore insuffisants (…) Les nations du monde ont compris que le combat qui se passe ne concerne pas que le Sahel. Et c’est pour ça qu’elles veulent participer à ce combat, parce que c’est dans leur intérêt. À partir du Sahel, l’Etat islamique vise à couvrir l’ensemble de l’Afrique de l’ouest et même au-delà. […] Nous ne pouvons pas, à nous seuls, nous battre contre cet ennemi».

Accord militaire opaque et peur de «troubles accentués»
Un argument qui ne passe pas auprès des députés de l’opposition. Nombreux, en effet, sont ceux qui s’inquiètent que les «problèmes du Mali se déplacent» dans leur pays et de le voir se transformer en théâtre de guerre de plus grande envergure sans la garantie d’un succès contre les attaques des groupes armés. Durant le débat qui s’est déroulé durant une grande partie de la journée de vendredi, ils n’ont pas cessé de rappeler le «précédent malien» et l’échec des forces françaises des opérations Serval puis Barkhane (à partir de 2014) à maitriser le terrain qui s’est, au contraire, «dégradé». Pour certains d’entre eux, l’arrivée de Barkhane dans leur pays est synonyme de «troubles accentués» et de risques d’attentats djihadistes sur le sol nigérien et aux frontières avec le Mali et le Burkina Faso. Ces députés ont dénoncé aussi l’opacité de l’accord de coopération militaire passé entre les autorités nigériennes et les forces étrangères, demandant davantage d’informations sur son contenu. «Nous n’avons pas été autorisé à voir ce que contient les accords ou l’accord qui va nous lier. On nous a demandé de donner un blanc-seing au gouvernement, ce que nous avons refusé», a résumé pour l’AFP Soumana Sanda, du parti Moden Lumana. Omar Hamidou Tchiana, président de l’Alliance des mouvements pour l’émergence du Niger, le parti Amen Amin, ancien ministre du gouvernement Issoufou, dénonce dans une déclaration une perte de souveraineté.
Il rappelle que Barkhane est au Niger depuis 2013 «dans l’illégalité» et l’«irrégularité» par rapport aux lois du Niger, contre la volonté des Nigériens et «sans résultats probants sur le terrain». «La force barkhane a tué trois jeunes manifestants au Niger pour lesquels la ministre de la défense Florence Parly a fait preuve d’une arrogance à insulter le peuple nigérien, c’est pour nous inacceptable», a-t-il encore dit sur les ondes de RFI.

Perte de souveraineté
A la question sur la manière dont la présence militaire française va évoluer au Niger, le général Burkhard a répondu récemment que l’«intensité et le niveau d’engagement» seront fixés par les autorités nigériennes.
Le Niger compte mettre en place «de nouvelles implantations de forces spéciales étrangères» au «plus près des théâtres d’opération» près du Mali avec lequel il partage plus de 800 km de frontière, avait indiqué il y a quelques semaines le Premier ministre Ouhoumoudou Mahamadou. Jeudi, 21 avril, son gouvernement réuni en Conseil des ministres a de nouveau décidé de proroger de trois mois l’état d’urgence dans trois départements de la région de Tillabéry, proche de la frontière avec le Mal.
«L’état d’urgence est ainsi prorogé pour une nouvelle période de trois mois, à compter du 30 avril dans le département de Filingué, et à partir du 20 mai dans ceux de Ballayara et de Kollo». L’état d’urgence a initialement été proclamé dans le département de Filingué le 24 janvier 2020 pour donner aux autorités administratives et aux Forces de défense et de sécurité déployées dans la zone, les pouvoirs légaux nécessaires pour protéger la population et garantir l’intégrité du territoire nigérien face au terrorisme.
Selon le communiqué du gouvernement, les départements de Balleyara et de Kollo font l’objet d’attaques organisées par des groupes terroristes, ce qui a amené le gouvernement à recourir aux «mesures exceptionnelles autorisées par la loi», en proclamant dans ces départements le 14 août 2020 l’état d’urgence, lequel a été prorogé depuis lors tous les trois mois.

Léger remaniement ministériel
Le président nigérien, Mohamed Bazoum, a procédé à un léger remaniement ministériel, a annoncé samedi le gouvernement dans un communiqué.
L’ex-chef de la diplomatie, Ibrahim Yacoubou, âgé de 50 ans, est nommé ministre d’Etat avec le portefeuille de l’Energie et des Energies renouvelables au terme de ce remaniement décidé par le président Mohamed Bazoum, selon le communiqué.
Mahamadou Laoualy Dan Dano est, de son côté, nommé ministre de la Communication, chargé des relations avec les institutions.
Il remplace à ce poste Mahamadou Zada, emprisonné en début de semaine pour «détournement de fonds publics» présumé.