Le Président de la République, Abdelmadjid Tebboune a estimé, dimanche, que le montant des fonds en circulation dans le marché parallèle oscillerait entre 6.000 et 10.000 milliards de dinars, soulignant que des mesures ont adoptées pour drainer une partie de cet argent.

Par Hakim Ould Mohamed
Le chef de l’Etat dit compter sur la généralisation de la finance islamique qui, d’après lui, constitue une des mesures à même de donner «un résultat positif». «Nul ne détient le chiffre exact de l’argent en circulation en dehors du circuit officiel, il oscillerait entre 6.000 et 10.000 milliards de dinars», a déclaré Abdelmadjid Tebboune lors d’une rencontre avec des médias nationaux, diffusée dimanche soir. Sur l’apport de la finance islamique à l’opération de bancarisation de l’argent de l’informel, le chef de l’Etat table sur des résultats positifs, faisant état de la récupération de 100 milliards de centimes en un seul mois. Outre l’ouverture de guichets dédiés à la finance islamique au sein des banques publiques, le chef de l’Etat a annoncé l’émission de titres conformes aux préceptes de l’Islam, à savoir les Sukuks, dont une première opération vient d’être lancée par AOM Invest, une société cotée en Bourse sur le marché de la PME et spécialisée dans les études, le développement et l’exploitation de projets touristiques. Cependant, Abdelmadjid Tebboune estime que l’opération de récupération des fonds circulant hors banques devrait s’accélérer dans les mois à venir, après les prochaines élections, car nécessitant une meilleure stabilité du pays. Les statistiques fournies par le chef de l’Etat viennent corroborer les chiffres avancés il y a quelques jours par le ministre des Finances, Aymen Benabderrahmane. Ce dernier a indiqué récemment que plus de 6000 milliards de dinars circulent actuellement en Algérie hors secteur bancaire, comme rapporté par la dernière note de conjoncture de la Banque d’Algérie. Cette institution a précisé que les quantités de monnaie fiduciaire circulant hors banque correspondait à 34,73% de la masse monétaire globale à fin 2020. Aymen Benabderrahmane avait lui aussi annoncé que plusieurs produits financiers conformes aux préceptes de la Charia allaient être mis sur le marché afin de capter l’argent circulant hors banques. Environ 133 guichets dédiés aux produits de la finance islamique ont été ouverts – jusqu’ici – au sein des banques publiques. Le gouvernement table sur l’ouverture de 320 guichets d’ici la fin de l’année en cours. A une question qui évoquait la pertinence de la proposition de changement de la monnaie nationale pour drainer les fonds circulant hors canal bancaire, le chef de l’Etat a répondu qu’une telle démarche sera «sans résultat», expliquant qu’un changement de la monnaie nationale «entraînerait de longues files de citoyens modestes et non d’hommes d’affaires venant échanger des montants à coup de milliards».
C’est une option qui a été écartée de la boîte à outils du gouvernement par le ministre des Finances, précisant qu’une monnaie fait partie de la stabilité d’un pays. Interrogé récemment sur la possibilité d’intégrer le changement de la monnaie dans les mesures destinées à bancariser l’argent de l’informel, Aymen Benabderrahmane a rappelé l’ordonnance 03-11 qui « est claire » à ce sujet, en expliquant que «le pouvoir libératoire d’une monnaie étant de 10 ans, après le retrait des billets». De toute façon, les propos du chef de l’Etat, tout comme ceux de son ministre des Finances, indiquent que les pouvoirs publics compte sur les mesures monétaires, fiscales et bancaires pour bancariser l’économie souterraine.