D’après les statistiques du ministère de l’Agriculture et du Développement rural, la production des dattes est en hausse de 18% cette année, passant de 288 000 tonnes en 2018-2019 à 340 000 tonnes pour la saison 2019/2020. En matière d’exportations, elles ont dépassé les 1 000 tonnes depuis la pandémie de la Covid-19. Seulement, en matière de commercialisation sur le marché local, les choses ne se passent pas aussi bien. «Comme les marchés de gros et les commerces ont été fermés en raison de la crise financière, les producteurs de dattes n’ont pas pu écouler toute leur marchandise. La moitié de la récolte de 2019 est toujours dans les chambres froides. Nous allons bientôt cueillir celle de 2020 et les producteurs ne savant pas encore quoi en faire», indique le représentant de l’Association régionale des producteurs de dattes dans la wilaya de Biskra. Certes, poursuit-il, «les exportations de la datte n’ont pas été suspendues, mais ces opérations à l’export ne sont pas suffisantes pour absorber le volume des méventes, très important. Surtout que ces opérations ont diminué». Une situation qui a poussé les producteurs à interpeller les collectivités locales et les pouvoirs publics pour les soutenir dans cette situation difficile qui leur fait perdre des milliards de dinars. «Avec la fermeture des marchés de gros, les commerçants n’avaient pas où écouler les dattes issues de la récolte de 2019 et ils étaient obligés donc de les stocker dans les chambres froides. Dans ces conditions, ils ne peuvent se permettre d’acquérir celle de 2020. Ce qui met les producteurs dans une mauvaise posture», souligne-t-il. Pour les producteurs, la seule solution est la réouverture des marchés locaux et l’élargissement des opérations à l’export. Ils espèrent aussi que les pouvoirs publics se chargent du stockage de la nouvelle récolte dans les chambres froides. A ce propos, les producteurs déplorent d’être victimes du monopole privé dans ce créneau, qui fixe les prix de stockage à sa guise. Mais du côté des consommateurs, en dépit de cette mévente, les prix de la datte n’ont pas baissé. Ils sont, en effet, entre 700 et 900 DA le kilo !
La problématique de la mévente, cela dit, ne concerne pas seulement les dattes mais l’ensemble des produits agricoles et agroalimentaires. Les producteurs agricoles et agroalimentaires comptaient sur la première Foire nationale des produits de l’agriculture et de l’agroalimentaire pour réduire leurs pertes. Mais quelle déception pour eux quand cet événement, tant attendu, a été reporté à la dernière minute. La Chambre nationale d’agriculture d’ailleurs, compte relancer les organisateurs ainsi que le Comité scientifique de suivi de la Covid-19 pour la reprogrammation de cette manifestation. «C’est la seule solution, pour l’instant, afin que les agriculteurs et les agroalimentaires puissent écouler leurs marchandises invendues avant la date de péremption. Nous sommes prêts à nous soumettre à toutes les mesures de prévention exigées pour peu qu’on nous autorise à tenir cette foire», confie le secrétaire générale de la CMA, Kouider Mouloua. Ceci à court terme, mais à moyen terme, il est impératif, estime-t-il, d’accélérer la création de coopératives agricoles pour régler une fois pour toute la problématique de la commercialisation. «Des textes de loi sont en cours de préparation pour la création de ces coopératives agricoles. Ainsi, les agriculteurs, dans toutes les filières, n’auront à se préoccuper que de l’amélioration de la production», conclut-il. <