Par Milina Kouaci
Consternation, choc et indignation suite à l’agression dont ont été victimes des enseignantes à Bordj Badji-Mokhtar dans leur logement de fonction. La triste nouvelle a mis en émoi tout le pays, indigné par l’acte criminel qui ne doit pas rester impuni. Et si l’indignation a été exprimée par tous les Algériens, la douleur semble avoir été plus ressentie par la famille de l’Education dont le personnel se mobilise pour «plus jamais ce genre d’actes». Au niveau local, l’onde de choc était encore perceptible aux alentours des faits ainsi que près des établissements scolaires de Bordj Badji-Mokhtar où les gens ne parlaient que de ce qu’ont subi les jeunes enseignantes. Première action de dénonciation, un arrêt de travail et des sit-in de protestations dans les écoles relevant de la wilaya d’Adrar ont été organisés hier par le personnel enseignant.
Enseignants en arrêt de travail et autres personnels de l’Education n’ont pas cessé de se demander comment est-on arrivé à une situation où neuf enseignantes ont été victimes d’une agression dans la nuit de lundi à mardi dans le logement de fonction, situé dans l’enceinte de l’établissement scolaire où elles exercent par des «individus inconnus munis d’armes blanches».
Le personnel enseignant a réitéré sa «désapprobation et son indignation» face au climat dans lequel il travaille et relevé une multitude de problèmes auxquels le personnel enseignant fait face, en particulier dans les localités isolées. Les protestataires ont réclamé «la garantie de la sécurité au personnel enseignant», d’autant que les enseignantes agressées ont déjà fait part à leur tutelle de menaces et de tentatives d’agressions. Cette agression serait d’ailleurs, «la quatrième du genre à viser le nouveau lycée n°10».
Les protestataires refusent «d’humilier» l’enseignant et interpellent le Président de la République et le Premier ministre pour que les enseignantes agressées retrouvent aussitôt leurs familles.
Les enseignants réclament également d’ouvrir une enquête sur cet acte, de prendre en charge (sanitaire et psychologique) les enseignantes victimes d’agressions et d’assurer la sécurité à tout le personnel du secteur exerçant dans la wilaya de Bordj Badji-Mokhtar.
Cet acte «ignoble» a mis au goût du jour la question des conditions de travail du personnel enseignant ainsi que l’urgence de l’élaboration d’une loi criminalisant les agressions contre le personnel enseignant, une exigence mise en avant par plusieurs voix du secteur. «Cet acte est loin d’être isolé. Les enseignants de cette localité et dans d’autres régions vivent dans la peur et l’angoisse car ce n’est pas la première fois que des tentatives de vols et d’agressions sont signalées», dénonce Lezreg Chater, membre du bureau national du Syndicat national autonome des professeurs de l’enseignement primaire (Snapep).
Des syndicats enseignants plaident depuis des années pour la mise en place d’une loi criminalisant les agressions contre le personnel de l’éducation, notamment les enseignants. «Auparavant, ce sont des parents d’élèves qui s’introduisent dans les classes pour porter atteinte à l’intégrité physique des enseignants. Aujourd’hui, un acte plus ignoble s’est déroulé à l’intérieur d’un logement de fonction ; ce qui est encore plus grave», poursuit le syndicaliste qui insiste sur la «nécessité et l’urgence» de criminaliser les actes de violences commis à l’encontre du personnel enseignant.
Une position partagée par Abdelkrim Gaïd, président du Syndicat national autonome des directeurs des écoles primaires. «Les enseignantes victimes de cette agression sont toutes du nord du pays, elles s’étaient rendues dans cette région reculée du pays pour enseigner», dit M. Gaïd, qui trouve «primordial et urgent de garantir la sécurité aux enseignants». «Il a fallu les loger dans le centre-ville et non pas dans un endroit isolé», estime M. Gaïd.
Le président du Snadep, Lazreg Chater, appelle les autorités compétentes à agir «avec rigueur et fermeté» pour que cet incident ne se reproduise pas dans l’avenir. n