La messe est dite et le scénario tant redouté de fermeture du quotidien Liberté a été acté, hier, lors de la réunion du Conseil d’administration de l’entreprise, une assemblée qui a scellé la disparition du titre.

PAR NAZIM BRAHIMI
La société éditrice du journal, Saec-Liberté, a été, en effet, dissoute lors de cette assemblée générale, signant ainsi la fin du journal qui occupe, depuis 1992, une place de choix dans le paysage médiatique. La sentence est glaciale : Liberté ne fera plus partie du paysage médiatique après un itinéraire de trente ans. Le journal ne paraîtra plus à partir du 14 avril, ont indiqué des journalistes fortement bouleversés et chagrinés par la « mort subite » de Liberté.
C’est ainsi qu’en a décidé Issad Rebrab, propriétaire du journal, qui est allé au bout de ses calculs, ignorant tous les appels et vœux qui ont souhaité la sauvegarde du titre. Ni l’appel des intellectuels pour sauver le titre, ni la lettre ouverte que lui a adressée le Parti des travailleurs (PT) pour « reconsidérer » sa décision, ni encore les marques d’inquiétudes et de désapprobation exprimées par des anonymes et autres acteurs de la société n’ont pu fléchir la décision de Rebrab de mettre fin à l’aventure de Liberté.
Il s’est avéré, malheureusement, que Rebrab avait bel et bien décidé à faire disparaître le journal malgré le cri de détresse des travailleurs, qui ont réagi, le 3 avril, à son annonce, en disant ne pas saisir les motifs réels d’une telle décision d’autant plus que la santé financière du titre est loin d’être critique.
Mais à la lecture de quelques faits émanant de l’entreprise, l’espoir de voir le patron de Cevital revenir sur sa décision s’est vite évaporé, lui, qui n’est pas venu expliquer ce scénario aux travailleurs se contentant de recevoir le gérant de Liberté auquel il a signifié, visiblement de manière très froide, que sa décision est « irrévocable ».
D’ailleurs, il n’a pas été nécessaire d’attendre la délibération funeste, de ce 6 avril noir pour la presse, du Conseil d’administration de la société éditrice du titre pour comprendre, hélas, que le sort de Liberté était bel et bien joué !
Il a suffi de voir la une du journal, dans son édition d’hier, et de saisir le ton utilisé dans les deux textes dédiés à la situation dans laquelle s’est retrouvé Liberté pour s’en rendre compte. L’éditorial du numéro d’hier (mercredi), signé par le directeur de la publication-gérant, ne laissait point d’espoir de sauver Liberté. La mort dans l’âme, l’éditorialiste n’a pas joué le faux suspense. Il a lâché la triste information dès le lead. Non sans charger le propriétaire du titre.
« A deux mois de fêter son 30e anniversaire et à moins d’un mois de la Journée internationale de la liberté de la presse, le journal Liberté va être enterré par une sentence de son propriétaire qui a décidé sa dissolution», est-il écrit dans l’éditorial de la parution. Cette dernière (sentence, ndlr) « sera actée aujourd’hui par une assemblée générale extraordinaire qui liquidera, en cinq minutes, trois décennies d’un parcours d’un titre qui a pu se maintenir au sommet du paysage médiatique depuis sa création en 1992 », a souligné l’éditorialiste. Pour ce dernier, « toutes les pressions vécues et supportées durant toutes ces années ne sont pas venues à bout de la conviction des journalistes à exercer leur métier d’informer. Même le terrorisme n’a pas réussi à abattre un quotidien qui a assumé pleinement son nom ».
Et de conclure sur une note d’amertume et de regret : « Il a juste suffi d’une décision sans justificatif pour que l’infanticide survienne. Contre toute attente. Loin d’être un fait divers casé dans la rubrique économique, l’acte en lui-même laissera des traces indélébiles pour longtemps». La disparition de Liberté marque ainsi précocement et de manière brutale les esprits dans le milieu de la presse, où le moral global n’est déjà pas au beau fixe, car traversé par des incertitudes quotidiennes.