Vendredi, 28 août, le chef de la diplomatie algérienne s’est rendu pour une visite d’une journée à Bamako. Sabri Boukadoum, le premier membre d’un gouvernement étranger à se rendre dans la capitale malienne, hormis les médiateurs de la Cédéao, y a rencontré les nouveaux dirigeants du pays, dix jours après le renversement du désormais ex-président Ibrahim Boubacar Keïta (IBK). C’est un signe que l’Algérie entend jouer un rôle important dans le règlement de la crise au Mali.

Le ministre algérien des Affaires étrangères, qui a été dépêché sur place par le président de la République, Abdelmadjid Tebboune, s’est rendu dans la capitale malienne pour, a-t-il déclaré, «marquer le soutien indéfectible au peuple malien frère et son attachement ferme à la sécurité et à la stabilité du Mali».
La rencontre et les discussions qu’il a eues avec les membres du Comité national pour le salut du peuple (CNSP), l’instance dirigeante mise en place par les militaires au Mali, s’inscrit «dans le cadre de la continuité des relations de coopération et de solidarité entre les deux peuples» malien et algérien, selon un chargé de communication du CNSP.
Ces déclarations des parties algérienne et malienne indiquent que le contact s’est bien établi entre elles avec la perspective désormais claire de discussions plus importantes en vue d’un scénario de sortie de crise et qui serait sans doute moins contraignant et moins coercitif que ce que proposent actuellement les Etats membres de la communauté des Etats d’Afrique de l’ouest (Cédéao).
Alors que les chefs d’Etat de la Cédéao utilisent le langage de l’ultimatum – 12 mois accordés aux colonels maliens pour remettre le pouvoir aux mains des civils -, l’Algérie s’abstient de tout discours de conditionnalité et s’en tient à son communiqué du lendemain du coup de force, le 19 août, celui de l’appel au «respect» et au retour rapide à «l’ordre constitutionnel» dans le pays.
Une position que le chef de la diplomatie algérienne, qui semble avoir pris note de l’évolution des évènements depuis la déposition du président IBK, le 18 août, n’a pas paru réitérer, cherchant plutôt comment apaiser les tensions encore vives dans le pays voisin.
M. Boukadoum s’est en tout cas exprimé en des termes qui laissent penser que la diplomatie algérienne entend jouer un rôle important dans la résolution de la crise au Mali. Ce pays voisin est «extrêmement important», tout ce qui le concerne «nous concerne aussi», a-t-il déclaré à son arrivée dans la capitale malienne. «Je suis venu sur instruction du Président de la République, M. Abdelmadjid Tebboune, pour écouter d’abord, discuter et échanger les points de vue sur la situation au Mali de manière à ce que le peuple malien puisse vivre dans la paix, la sérénité et la concorde», a-t-il souligné, par des propos qui tendent à confirmer l’esprit de conciliation dans lequel se trouve actuellement l’Algérie vis-à-vis du dossier malien et de ses protagonistes.
Lors de ces entretiens avec les membres du CNSP, le ministre algérien des Affaires étrangères a réitéré «la disponibilité de l’Algérie à accompagner le Mali en ces circonstances particulières, comme elle l’a toujours fait». Il a réitéré, à cet égard, «l’engagement indéfectible de l’Algérie en direction du Mali et du peuple malien frère, qui a depuis toujours caractérisé les relations entre les deux pays, y compris dans le cadre de la mise en œuvre de l’Accord pour la paix et la réconciliation au Mali, issu du Processus d’Alger».

Options ouvertes pour la diplomatie algérienne
On notera que M. Boukadoum n’a pas utilisé le mot accord, mais «processus» pour désigner les négociations ayant abouti, en 2015, à une entente de paix entre Bamako et les groupes armés du Nord-Mali. Cela peut être un détail comme cela peut être un signe aussi que la diplomatie algérienne considère que l’objectif de cette entente n’est pas encore atteint et que c’est l’occasion, pour le nouveau pouvoir, de la renforcer par un retour accéléré à la normalité constitutionnelle à Bamako.
L’Algérie, a déclaré son ministre des Affaires étrangères, réitère son attachement à la «mise en œuvre effective» du «Processus d’Alger» pour «une sortie durable de la crise au Mali». M. Boukadoum a mis en exergue la conviction de l’Algérie que «seule la voie pacifique du dialogue entre les enfants du pays est à même d’amorcer un réel processus permettant de surmonter les difficultés de l’heure», lit-on dans un communiqué du ministère des Affaires étrangères. A cette occasion, les membres du CNSP ont exprimé leur gratitude pour cette visite, la première du genre et de ce niveau, qui constitue un grand geste d’amitié et de solidarité en direction du Mali. Ils ont exprimé leur confiance en l’Algérie qui s’est toujours tenue du côté du peuple malien frère.
Au terme des discussions, les membres du CNSP, tout en renouvelant leur attachement aux relations bilatérales avec l’Algérie, «ont exprimé leur souhait d’être accompagnés dans leurs efforts visant à aller vers une sortie de crise consensuelle dans les délais les plus courts possibles», selon le communiqué du ministère des Affaires étrangères.
Le chef de la diplomatie a, en outre, relevé que l’Algérie et le Mali sont deux pays voisins qui partagent de longues frontières et qui sont liés par des relations «historiques, familiaux, tribaux et d’amitié». Sa visite vient également «marquer le soutien indéfectible au peuple malien frère et son attachement ferme à la sécurité et à la stabilité du Mali».
Les atouts politiques et diplomatiques de l’Algérie sont nombreux pour espérer prétendre à une participation au règlement de la crise politique et institutionnelle au Mali. A leur prise de pouvoir, les colonels qui ont renversé le président IBK ont affirmé respecter l’accord d’Alger. M. Boukadoum a, par ailleurs, donné des signes que toute initiative algérienne se fera sous le couvert de la légalité internationale et des Nations unies.
Vendredi, il a pris la précaution d’aller à la rencontre de Saleh Annadif, Représentant spécial du Secrétaire général des Nations unies et Chef de la Mission intégrée multidimensionnelle des Nations unies pour la stabilisation au Mali (Minusma).
M. Boukadoum a également eu des discussions avec le Chef de la Mission de l’Union africaine pour le Sahel (Misahel), Pierre Buyoya. Ces deux rencontres, selon le communiqué des Affaires étrangères, ont eu pour objet «la situation prévalant actuellement au Mali ainsi que les voies et moyens à même d’accompagner ce pays frère et voisin pour surmonter les défis de l’heure». Jeudi, le président de la République, M. Tebboune, s’est entretenu au téléphone avec son homologue français, M. Macron, pour évoquer notamment la situation au Mali.