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Après « une période de transition », « une élection présidentielle au plus vite », « un mandat présidentiel de transition », voilà venu le temps de « la désobéissance civile ». Un concept entendu et clamé, que ce soit à Alger ou dans d’autres villes du pays, par plusieurs manifestants lors des deux derniers vendredis. Les médias sociaux se sont rapidement emparés du terme pour lancer des débats et des polémiques, qui, depuis, ne cessent d’enfler.

Mais que ce que finalement la désobéissance civile ? Une question à laquelle plusieurs personnes ont essayé de répondre samedi dernier, au niveau du Parc de la Liberté (ex parc de Galland), à Alger. C’était lors du débat hebdomadaire organisé par le Collectif « Nabni ».

Dès le début chaque intervenant y allait de son interprétation et de son « positionnement ». Trouver une définition plus au moins claire à la désobéissance civile s’est avéré difficile. Le consensus était loin d’être au rendez-vous. L’Algérie a-t-elle expérimenté ce concept ? En 1958, il s’agissait plutôt d’une grève générale à laquelle avait appelé le FLN et l’adversaire était un ennemi étranger. En 1991, c’était plutôt une grève insurrectionnelle à laquelle avait appelé un seul parti, le FIS dissous. D’ailleurs un des présents, cadre dirigeant dans une entreprise, à l’époque des faits, s’est longuement étalé sur ses souvenirs et ce qu’il avait « vu » avec les membres du fameux SIT (Syndicat Islamique du Travail), dissous en 1992.

Extraits du débat organisé par le Collectif « Nabni » le samedi 17 août dernier au parc de la Liberté (Ex- Parc de Galland), à Alger (Réalisation: Salim KOUDIL)

Alors, où trouver un exemple concret de désobéissance civile ? En Inde bien sûr avec tout ce qu’avait fait Ghandi pour déstabiliser l’empire britannique. « Mais il n’avait tout de même pas réussi à unir le peuple indien » rétorque la modératrice des débat, une membre de « Nabni ».  Elle citera néanmoins un exemple d’un pays qui fait l’actualité, le Soudan. « Faux » réagi l’ex cadre dirigeant cité plus haut. « Il n y a jamais eu de désobéissance civile au Soudan, voyons » défiait-il la modératrice sur de lui. Devant la réaction des autres présents, tous unanimes à le contredire, il s’est contenté de balbutier, tout en acquiesçant « en tout cas je ne l’ai pas vu sur les chaînes françaises que je regarde avec assiduité »…

L’autre question du débat du jour était de savoir si oui, ou non, « le lancement d’un mouvement de désobéissance civile ne risquait-il pas d’affaiblir le Hirak ? ». « Bien sûr qu’il ne pourra que nous renforcer dans notre mouvement de contestation » répliquait à haute voix un des participants. Sur sa lancée il s’est voulu plus explicatif, avec ses propres termes « Je n’ai pas envie, ni  moi, ni mes proches de payer nos factures parce que l’argent va dans les poches des voleurs. Les membres du pouvoir ne connaissent jamais cette angoisse des factures, et d’ailleurs ils n’ont jamais vu de facteur, et nous, on compte ne rien payer, et mieux encore, on va demander un redressement pour tout ce qu’ils devaient s’acquitter ». Un humour mélangé d’amertume qu’il avait du mal à dissimuler. Face à son intransigeance, il y avait, en face, les arguments des « anti», qu’il avait du mal à accepter au début, mais qu’à la fin il semblait plus souple dans ses certitudes.

 Au bout de ce débat,  tous les présents avaient une conviction, celle de donner plus de temps, d’espace, à la compréhension du concept de désobéissance civile. Son introduction dans le Hirak a soulevé un tollé, alors que sa perception, avant même son acception ou non, reste floue, ambigüe même.

@SalimKoudil