Le marché pétrolier se relevait légèrement, hier, de sa chute de mardi, générée par les prévisions émises par le Fonds monétaire international (FMI) sur un ralentissement économique généralisé, voire une récession, qui réduirait la demande de l’or noir.

Par Feriel Nourine
Les cours repartaient à la hausse dès l’entame de la matinée, au lendemain des fortes pertes enregistrées, dépassant les 5% à la clôture. A la mi-journée, le Brent de la mer du Nord pour livraison en juin s’affichait à 108,77 dollars sur l’Inter Continental Exchange, gagnant 1,42%. A New-York, le West Texas Intermediate (WTI) pour livraison en mai, dont c’est le dernier jour d’utilisation comme contrat de référence, gagnait, quant à lui, 1,64%, s’affichant à 103,70 dollars le baril.
Une légère reprise donc sur les marchés, alors que la révision à la baisse, par le FMI, de son estimation de croissance mondiale pour 2022 continuait à orienter les investisseurs. Dans son rapport rendu public mardi, le Fonds table sur une croissance de 3,6% contre 4,4% précédemment.
Dans la zone Euro, l’institution de Bretton Woods s’attend à 2,8% de croissance, un sérieux ralentissement comparé aux 3,9% anticipés lors de ses précédentes prévisions en janvier et des 4,3% encore espérés lors de celles d’octobre. De nouveaux pronostics que le FMI justifie par la guerre en Ukraine et les sanctions prises contre la Russie, intervenant alors que la plupart des banques centrales procèdent à un resserrement monétaire.
«Les principaux canaux par lesquels la guerre en Ukraine et les sanctions économiques imposées à la Russie affectent l’économie de la zone Euro sont la hausse mondiale des prix de l’énergie et la sécurité énergétique», explique le rapport.
«Près de deux mois après le début du conflit, la guerre en Ukraine maintient une pression élevée sur les prix, le pétrole demeure au-dessus de 100 dollars par baril après avoir tutoyé ses plus hauts historiques en mars, un mois au cours duquel le gaz, le blé, l’aluminium, le nickel et d’autres matières premières ont flambé à des records, menant l’inflation européenne au niveau inédit de 7,5%», poursuit la même source, prévenant que les effets de la guerre sur l’économie européenne pourraient même s’aggraver, par exemple, si les sanctions économiques occidentales devaient se durcir encore contre Moscou. «Il y aurait alors une réduction plus forte encore de l’activité économique en zone Euro, de l’ordre de 3% d’ici à la fin 2023», affirme le nouvel économiste en chef du FMI, Pierre-Olivier Gourinchas.

Les mises en garde de JP Morgan
Ainsi l’effet boomerang des sanctions européennes contre la Russie deviendra encore plus douloureux si les sanctions se poursuivent. Notamment en matière de rupture avec les approvisionnements russes de pétrole que l’Union européenne continue de projeter. Or, une interdiction totale et immédiate pourrait déplacer plus de 4 millions de barils d’approvisionnement par jour, faisant grimper les prix du Brent d’environ 65 % à 185 dollars le baril, prévient JP Morgan.
En pratique, l’abandon des volumes russes a été un processus plus lent que prévu initialement. La banque prévoit que les exportations russes chuteront de 1,5 million de barils par jour ce mois-ci, soit 25 % de moins que prévu initialement. Sortir des accords avec des entreprises russes, généralement sur des contrats à long terme, prendrait du temps, explique-elle.
Mais si les horreurs de la guerre en Ukraine galvanisent l’UE dans une action plus musclée, le coup porté aux approvisionnements – et l’inconfort des consommateurs – pourrait être beaucoup plus important, prévient encore JP Morgan.