Plus que les revendications socioprofessionnelles qu’elle avait mises en avant, la Confédération des syndicats autonomes (CSA), composée de 13 entités, a remis au goût du jour le point relatif à la liberté syndicale pour dénoncer ce qu’elle considère comme «l’entêtement» des pouvoirs publics à ne pas accorder d’agrément à ce regroupement d’organisations.

Dans la déclaration qui a sanctionné sa dernière réunion, la CSA pointe d’un doigt accusateur le ministère du Travail à qui est reproché un «atermoiement» dans son traitement de la demande d’agrément, un traitement qui traduit «une restriction flagrante des libertés syndicales», s’indigne la CSA réunie au siège de l’Unpef.
Pour Meziane Meriane, coordinateur du Snapest, il s’agit «d’un verrouillage du champ syndical» qui met l’Algérie dans une «mauvaise posture vu que de nombreux pays dans notre voisinage immédiat ont dépassé ce calcul pour compter plus d’une centrale syndicale».
Regrettant le rejet administratif aux relents politiques, essuyé par la Confédération, M. Meriane trouve par ailleurs «bancal» le motif du refus, selon lequel «la loi actuelle du travail ne prévoit pas la création de confédération». Tout comme, il juge «irrecevable», la réponse de la tutelle selon laquelle «une confédération devrait réunir uniquement des syndicats de la Fonction publique et ne devrait pas compter des organisations syndicales du secteur économique».
Pour M. Meriane, l’Algérie gagnera à asseoir un pluralisme syndical, estimant que «la classe ouvrière a beaucoup souffert d’un syndicalisme bureaucratisé et d’accompagnement des politiques des gouvernements successifs», allusion à la centrale syndicale et ses positions qui «ne sont pas en phase avec les attentes des travailleurs».
Même son de cloche chez Messaoud Boudiba, porte-parole du Cnapeste, qui lie la réponse négative de la tutelle à «l‘entrave à l’exercice syndical pourtant garanti par la loi fondamentale», estimant que les pouvoirs publics visent «à maintenir le syndicalisme comme exercice exclusif de l’UGTA».
Le refus du ministère du Travail d’accorder l’agrément à la CSA depuis novembre 2018 fait-il changer la position des entités qui la composent ? «Non», affirme le coordinateur du Snapest, qui souligne que «les membres de la CSA maintiennent leur position». Ajoutant que le débat est «ouvert» parmi sa composante pour «discuter des moyens et voies de pouvoir parvenir à l’objectif». A noter, qu’au niveau du ministère du Travail, de l’Emploi et de la Sécurité sociale, on a indiqué récemment qu’un projet de révision de la loi 90-14 du 2 juin 1990, relative aux modalités d’exercice du droit syndical, est en voie de finalisation afin de «consolider les libertés syndicales et promouvoir le dialogue social».
Pour élaborer le texte servant à la révision de cette loi, le ministère de tutelle a recouru à la consultation d’organisations des travailleurs et de patronats ainsi que tous les départements ministériels concernés et la prise en considération des remarques des experts de l’Organisation internationale du travail (OIT) en termes d’exercice du droit syndical. Les libertés syndicales en Algérie «sont consacrées dans la législation nationale et encadrées par la loi 90-14 relative aux modalités d’exercice du droit syndical qui se base sur les conventions de l’OIT, ratifiées par l’Algérie, notamment la convention 87 de l’OIT sur la liberté syndicale et la protection du droit syndical», soutient une voix de la tutelle. Or, sur le terrain, «la situation est loin d’être en conformité avec la législation des textes», regrettent des animateurs syndicaux qui pointent des pressions et intimidations qui ont, dans certains cas, mené des syndicalistes devant les tribunaux.