L’actualité parlementaire plutôt morne actuellement et éclipsée par la chronique pré-électorale plutôt mouvementée en raison de la controverse soulevée par la candidature du chef de l’Etat sortant pour un 5e mandat connaîtra lundi prochain un regain d’intérêt certain.

NADIA BELLIL et Halim Midouni
Le 25 février prochain, en effet, le Premier ministre présentera devant les députés la déclaration de politique générale de son gouvernement. Ce sera l’occasion pour Ahmed Ouyahia de présenter le bilan de son action et de le soumettre au débat des députés pendant trois jours jusqu’au 27 du mois avant qu’il ne leur réponde une journée après. Il s’agira pour lui, comme il l’a déjà annoncé lors de la tenue du dernier conseil national de son parti, le RND, de « répondre aux critiques » de l’opposition particulièrement mobilisée en cette période pré-électorale, soit pour défendre un candidat soit pour appeler au boycott du scrutin du 18 avril prochain. Il sera question aussi, pour le Premier ministre, de présenter à la représentation nationale un inventaire qui servira certainement de ticket d’entrée en campagne pour le chef de l’Etat sortant. D’autant qu’à la lecture de cette déclaration de politique générale et des chiffres que
M. Ouyahia aura à présenter, les bons résultats ne manquent pas. A la lecture de ce document, l’action économique, au cœur de toutes les interrogations et des inquiétudes de la société politique et civile dans le pays, n’est pas si décourageante qu’on le pense, selon les indications que M. Ouyahia fournira devant les députés de l’APN et auxquels nous avons eu accès hier. Ainsi, la dette extérieure de l’Algérie, lit-on dans le texte déclaratif du Premier ministre, reste maîtrisée à près de 1,8 milliard de dollars en juin 2018 y compris le prêt d’un milliard de dollars contracté en 2016 auprès de la Banque africaine de développement (BAD), soit 1,06% du PIB national. Pour ce qui est de la dette publique domestique, très suivie depuis l’épuisement de l’épargne du Fonds de régulation des recettes (FRR), elle a atteint 36% du PIB, un « ratio bien raisonnable » du fait des « emprunts contractés par le Trésor auprès de la Banque d’Algérie au titre de l’article 45 bis de la Loi sur la Monnaie et le Crédit ». Un message rassurant se lit également à l’abord de la question cruciale de l’investissement à propos duquel le Premier ministre défend la thèse d’une « progression papable » en dépit de toutes les contraintes et de toutes les critiques soulevées notamment par le frein supposé de la règle « 51/49 » imposée à l’investissement direct étranger depuis la loi de finances 2009 voici une décennie et que le gouvernement de l’époque avait décrété par souci d’atténuer notamment l’effet du départ massif vers l’étranger de capitaux en devises (les dividendes) des entreprises installées dans notre pays et de la crise mondiale des subprimes sur l’économie algérienne. Chiffres à l’appui, la déclaration de M. Ouyahia indique que « de janvier 2017 à septembre 2017, ce sont 8 000 projets d’investissements qui ont été déclarés auprès de l’ANDI et qui sont de nature à générer plus de  200 000 emplois ». Il est à noter cependant que la quasi-totalité de ces projets sont portés par des investisseurs nationaux.

« Engagements tenus »
Selon le gouvernement Ouyahia, « les cinq dernières années ont été marquées par l’exécution quasi-totale des engagements pris par le Chef de l’Etat en matière d’infrastructures lourdes et de « réalisations importantes ». L’acte d’investir « a bénéficié de nombreux allègements et soutiens pour tous les opérateurs » et le « climat des affaires s’est amélioré via la mise en place de plusieurs mesures complémentaires, toutes destinées à améliorer l’environnement de l’investissement », est-il précisé avec une focalisation sur le « renforcement du contrôle fiscal et de la lutte contre la fraude fiscale » lequel a été à l’origine d’« une amélioration des recouvrements fiscaux proche de 15% ces dernières années et des résultats de la lutte contre la fraude fiscale ». « La lutte contre la fuite des capitaux s’est accrue aussi, et sera renforcée par un contrôle des valeurs réelles des produits importés pour combattre la surfacturation », affirme le Premier ministre dans le document à présenter aux députés. Le chapitre sur lequel M. Ouyahia risque d’insister davantage – et à juste titre- concernera sans doute la politique sociale et les transferts sociaux colossaux engagés au service du logement, de la santé des produits énergétiques et autres. C’est ainsi qu’il met en avant le 1,8 million de logements distribués, 870 lycées et collèges livrés, 29 hôpitaux réalisés, 1,94 million de foyers raccordés à l’électricité ou encore 1,65 million de foyers raccordés au gaz naturels depuis 2014. Dans le domaine du travail et de la protection sociale, le champ de couverture de la sécurité sociale, affirme le Premier ministre, a augmenté de 9% au cours des douze derniers mois, atteignant ainsi près de 13.400.000 assurés sociaux auxquels s’ajoutent 25 millions d’ayants droits. Au total, ce sont donc plus de 39 millions de personnes, soit 91% de la population, qui bénéficient de la sécurité sociale. La Caisse nationale des retraites (CNR) qui gère 3,2 millions de retraités est en « déficit chronique » depuis 2013, rappelle-t-il avant d’indiquer que ce manque a été comblé grâce à la « solidarité entre les caisses sociales (et notamment la CNAS) qui ont mobilisé plus de 1000 milliards de dinars». Depuis 2018, le concours de l’Etat s’est avéré « indispensable» avec d’abord une subvention budgétisée de 500 milliards de dinars pour l’exercice en cours, celle-ci s’est avérée «insuffisante» pour boucler l’année en cours, nécessitant un appoint de 64 milliards de dinars. « La relance de l’activité qui a suivi l’allègement de la crise financière a permis un recul du chômage dont le taux est passé de 11,7% en septembre 2017 à 11,1% en Avril 2018 », fait observer le Premier ministre en précisant que ce léger recul s’est accompagné d’une « baisse du chômage chez les jeunes (recul de 28,3% à 26,4%), et notamment chez les diplômés universitaires (recul de 18,2% à 16,8%) ainsi que chez les diplômés de la formation professionnelle (recul de 14,2% à 12,8%). Pour les dossiers de sécurité et de politique étrangère (nous y reviendrons) Ahmed Ouyahia défend le même bilan positif « en dépit des contraintes » est-il à chaque fois signalé pour un dessein clair : plaider la « continuité », selon l’expression utilisée, pour un processus de développement
« qui exige du temps » et donc un nouveau mandat pour le chef de l’Etat sortant, ce que n’entendent pas ses adversaires.