Le sommet de la Ligue arabe d’Alger s’est terminé hier par une forte et unanime déclaration de soutien absolu à la cause palestinienne, d’alerte contre la tentation nucléaire dans le Golfe persique et d’appel au réenchantement de la zone MENA (Moyen-Orient-Afrique du Nord) par la solidarité de ses États et l’amélioration de leurs relations avec le voisinage et les partenaires internationaux.

PAR TANIA GACEM
La Déclaration d’Alger adoptée à l’unanimité à la 31e session ordinaire du Sommet de la Ligue arabe, qui a pris fin hier après deux jours de travaux, comprend plusieurs points dont le premier est relatif à la question «centrale» de la Palestine, ainsi que la situation dans le monde arabe.
La Déclaration d’Alger est basée sur la conjoncture délicate que vit le monde arabe et l’évolution rapide des mutations sur la scène internationale, avec tous les risques que cette situation fait peser sur la sécurité et la stabilité des nations arabes. D’où «la nécessité impérieuse d’unir nos efforts pour préserver nos intérêts communs et nous positionner comme un acteur influent dans l’édification d’un nouvel ordre international fondé sur la justice et l’égalité souveraine entre les Etats», selon la Déclaration d’Alger lue par le représentant permanent de l’Algérie auprès des Nations unies, l’ambassadeur Nadir Larbaoui, à l’issue de la séance plénière présidée le président de la République Abdelmadjid Tebboune, en présence des autres chefs d’Etat invités ou leurs représentants au Sommet de la Ligue arabe.
Le caractère central de la cause palestinienne et l’appui sans équivoque aux droits inaliénables du peuple palestinien, y compris son droit à la liberté et à l’autodétermination et l’incarnation d’un Etat palestinien indépendant et pleinement souverain, avec Jérusalem-Est pour capitale, a été réaffirmé dans la Déclaration d’Alger, ainsi que «le droit au retour et à l’indemnisation des réfugiés palestiniens conformément à la résolution 194 de 1948 de l’Assemblée générale des Nations unies».
Adhésion à «l’Initiative de paix arabe de 2002»
Les Chefs d’Etat ont affirmé leur adhésion à «l’Initiative de paix arabe de 2002» au Liban dans tous ses éléments et priorités, leur «attachement à une paix juste et globale» et la nécessité de «mettre fin à l’occupation israélienne de tous les territoires arabes, y compris le Golan syrien, les fermes de Chebaa et les collines libanaises de Kafr Chouba». Ils sont pour le règlement du conflit arabo-israélien sur la base du principe «terre contre paix» et du «droit international». Les Chefs d’Etat arabes soulignent, ainsi, «la nécessité de poursuivre les efforts visant à protéger la ville occupée de Jérusalem et ses lieux saints, et à la défendre face aux tentatives rejetées et condamnées de l’occupation de modifier sa démographie, son identité arabe, musulmane et chrétienne», comme ils exigent «la levée du blocus israélien de la bande de Gaza et condamnent l’usage de la force par la puissance occupante contre les Palestiniens». Ils affirment adopter et soutenir la proposition en faveur de l’adhésion de l’«Etat de Palestine à part entière à l’ONU» et appellent les pays qui ne l’ont pas encore fait à reconnaître l’Etat de Palestine.
Renforcer l’action arabe commune
Concernant le monde arabe, la Déclaration d’Alger fait état du renforcement de «l’action arabe commune pour protéger la sécurité nationale arabe dans son concept global, dans toutes ses dimensions politiques, économiques, alimentaires, énergétiques, hydriques et environnementales», et contribuer à trouver une «solution aux crises» dans certains pays arabes, de façon à préserver «l’unité, l’intégrité territoriale et la souveraineté des Etats membres sur leurs ressources naturelles» et réponde aux aspirations de leurs peuples à «vivre dans la sécurité et la dignité». C’est pourquoi, le rejet de toute ingérence étrangère, sous toutes formes, dans les affaires intérieures des pays arabes a été réitéré dans la Déclaration ayant sanctionné le sommet d’Alger. «Les problèmes des pays arabes doivent trouver des solutions au sein du monde arabe en renforçant le rôle de la Ligue des Etats arabes» et en privilégiant le «règlement pacifique des crises», est-il mentionné dans la Déclaration d’Alger.

Rejet de toute ingérence étrangère
Concernant la crise libyenne, les pays arabes ont réitéré leur soutien à un règlement inter-libyen qui préserve «l’unité et la souveraineté de la Libye, sa sécurité et la sécurité de ses voisins», et réalise les aspirations de son peuple à «l’organisation d’élections dès que possible pour parvenir à une stabilité politique durable». Pour ce qui est du Yémen, les Etats de la Ligue arabe ont affirmé leur «soutien au gouvernement yéménite légitime» et à «la formation du Conseil présidentiel de direction», avec le but de réaliser «l’unité, la souveraineté, la stabilité, l’intégrité territoriale et la sécurité du Yémen et des pays du Golfe». D’autres pays arabes en crise ou en guerre, à l’instar de la Syrie, de l’Irak ou encore le Liban et la Somalie ont bénéficié chacun de l’attention qui lui sied lors du Sommet. Ce qui s’est traduit dans la Déclaration d’Alger par la nécessité de «soutenir les pays arabes qui ont traversé ou traversent des conditions politiques, sécuritaires et économiques difficiles ou ceux qui sont confrontés à des situations exceptionnelles à la suite de catastrophes naturelles, en mobilisant les possibilités disponibles conformément aux différentes formules proposées aux niveaux bilatéral, régional, régional et international».

De la coopération économique
Les pays de la Ligue prennent, ainsi, l’engagement d’aller de l’avant dans le processus de promotion et de modernisation de l’action arabe commune et de l’élever au niveau des aspirations de leurs peuples selon une nouvelle approche. Dans ce sens, les Etats arabes s’engagent à redoubler d’efforts pour «une intégration économique arabe conforme à une vision globale» pour parvenir à la pleine activation de la Grande Zone arabe de libre-échange en vue de la création de l’Union douanière arabe. Après avoir évoqué la sécurité alimentaire et sanitaire, entre autres, les Etats de la ligue arabe ont indiqué, dans la Déclaration finale, apprécier «la politique équilibrée adoptée par l’alliance OPEP+ afin d’assurer la stabilité des marchés mondiaux de l’énergie et la durabilité des investissements dans ce secteur sensible, dans une approche économique qui assure la protection des intérêts des pays producteurs et consommateurs». Les relations de bon voisinage et les relations internationales dans le respect des droits des peuples et de la souveraineté des Etats sont d’autres questions notées dans la Déclaration d’Alger.
Un jalon important
En prononçant une allocution à la clôture des travaux, le président de la République, Abdelmadjid, a affirmé que «le Sommet arabe constitue un jalon important dans le renforcement de la solidarité arabe afin de protéger nos intérêts communs et œuvrer au sein d’un ensemble uni et fort, avec ses capacités et ses ressources, à se frayer une place de choix sur la scène internationale et régionale».
Après avoir salué «l’esprit de fraternité et d’entente qui a prévalu», M. Tebboune a relevé que le sommet a permis de prendre «plusieurs décisions importantes à même d’orienter notre action commun». Les décisions ambitieuses issues du Sommet d’Alger, a-t-il dit, «nous incitent à redoubler d’efforts durant notre présidence du Conseil pour garantir la mise en œuvre de ce qui a été convenu». A noter que la 32e session ordinaire du Sommet de la Ligue arabe se tiendra en Arabie saoudite.