La décision de Donald Trump sur le statut d’Al-Qods a ravivé les tensions dans les territoires occupés et à travers le monde. L’ONU se dit « particulièrement inquiète des risques d’une escalade violente ». Des milliers de Palestiniens affrontent les soldats de l’occupation dans des heurts qui ont déjà fait des dizaines de blessés et deux morts.

Des dizaines de milliers de personnes ont aussi manifesté dans différents pays musulmans et arabes contre la décision de Donald Trump. Sans être pour l’instant massive dans les Territoires palestiniens ou le monde musulman, cette protestation nourrit la crainte que Trump est allé trop loin tant Al Qods avec ses lieux saints constitue un sujet d’une grande symbolique pour les Palestiniens, mais aussi pour des centaines de millions de musulmans dans le monde. A Gaza, Israël a repris ses raids criminels en effectuant des bombardements meurtriers contre la population. Deux Palestiniens ont été tués. Face à cette montée de la tension la diplomatie américaine semble venir à la rescousse pour tenter d’atténuer les effets de la grave décision du président US. L’ambassadrice américaine à l’ONU Nikki Haley a affirmé que Trump n’avait « pas pris position sur les limites ou les frontières ». Elle a assuré que les Etats-Unis restaient engagés dans le processus de paix. Bafouant le droit international, Trump a unilatéralement déclaré la ville sainte capitale d’Israël et annoncé le transfert de l’ambassade américaine de Tel-Aviv. Une décision qui « n’est pas conforme aux résolutions du Conseil de sécurité », ont affirmé les ambassadeurs du Royaume-Uni, d’Italie, de France de Suède et d’Allemagne à l’ONU. L’initiative de Trump continue à susciter la réprobation internationale. Depuis la création d’Israël en 1948 aux dépens du peuple palestinien la question de la ville d’Al Qods est régie par un statut particulier, dont la forme finale doit être négociée. Les répercussions de la sortie de Trump se poursuivent. L’imam d’Al-Azhar a, pour sa part, annulé une rencontre prévue avec le vice-président des Etats-Unis Mike Pence lors d’une visite de celui-ci prévue en Egypte le 20 décembre. Même le pape des coptes d’Egypte refuse de rencontrer le vice-président américain. C’est dire l’indignation provoqué par cette décision de la part d’une puissance censée garder un minimum de neutralité. Le président de l’Autorité palestinienne, Mahmoud Abbas, a décidé de ne pas recevoir Pence lors de son déplacement dans les territoires occupés. « Toute décision unilatérale qui chercherait à changer le caractère et le statut d’Al Qods pourrait sérieusement saper les efforts de paix et avoir des répercussions graves sur la région », a déclaré le coordonnateur spécial pour le processus de paix au Moyen-Orient, Nickolay Mladenov. « La position de l’ONU est claire: Al-Qods fait partie des questions du statut final pour lesquelles une solution globale, juste et durable doit être trouvée à travers des négociations », a-t-il affirmé. De son côté, l’ambassadeur palestinien auprès de l’ONU, Riyad Mansour exhorte le Conseil à « agir rapidement pour qu’il assume ses responsabilités en vertu de la Charte des Nations Unies, à la lumière des violations et des provocations vis-à-vis du statut juridique, politique et historique d’Al-Qods et des droits et des aspirations légitimes du peuple palestinien ». Riyad Mansour a affirmé que la décision des Etats-Unis de récompenser l’impunité des Israéliens remet en cause, voire disqualifie son leadership en faveur de la paix dans la région. Pour lui, le consensus est clair: « le statut d’Al-Qods ne peut être unilatéralement modifié ou déterminé par un quelconque Etat », et « la décision des Etats-Unis doit être reconsidérée et annulée ».

Les Etats-Unis isolés à l’Onu

A l’ONU les Etats-Unis se sont retrouvés isolés comme jamais tans cette décision contrevient au droit international. Le représentant de la Suède, Olof Skoog, a rejeté l’action des Etats-Unis, rappelant qu’en 1980, lorsqu’Israël avait tenté de proclamer Al-Qods comme sa capitale, le Conseil de sécurité avait affirmé, dans sa résolution 478, que cette tentative était contraire au droit international. La résolution avait alors appelé tous les Etats à retirer leurs missions diplomatiques de cette ville, une décision suivie d’effet, a-t-il ajouté. « Toute tentative de changer le caractère et le statut de cette ville est nulle et non avenue », a souligné Skoog. L’ambassadeur du Royaume Uni, Matthew Rycroft, a déclaré que son pays était en désaccord avec la décision américaine, dénonçant en particulier l’expansion des colonies en Cisjordanie. François Delattre, le représentant de la France a rappelé les principes des résolutions 476 (1980) et 478 (1980) du Conseil de sécurité, à savoir que « toute mesure visant à altérer le statut d’Al-Qods, ainsi que les caractéristiques géographiques, démographiques et historiques de la ville, est considérée comme nulle et sans effet, et doit être abandonnée ». Sebastiano Cardi, le représentant de l’Italie a souligné que la position de son pays sur Al Qods n’avait pas changé depuis l’annonce des Etats-Unis. « Nous pensons que le statut final de la ville doit être réglé au moyen des négociations », a-t-il soutenu. La Chine s’est dit profondément préoccupée par cette décision « de nature à porter atteinte au processus de paix au Moyen-Orient ». L’ambassadeur de la Russie, Vassili Nebenzya, a relevé enfin que les conséquences de cette décision sont déjà perceptibles et risquent de compliquer davantage la situation au Moyen-Orient.