C’est aujourd’hui que sera décidé le sort – sauvegarde ou disparition – du quotidien Liberté à l’occasion de la réunion du Conseil d’administration du journal, qui tranchera cette question qui agite le milieu médiatique et bien au-delà depuis l’annonce faite par le propriétaire du titre, Issad Rebrab, de sa décision de fermer le journal.

PAR NAZIM BRAHIMI
Si cette assemblée venait à acter la décision de Rebrab, cela sonnerait la fin dramatique d’une aventure qui aura duré trente années, pour un journal lancé en 1992 et qui s’est fait une place de choix dans le paysage médiatique dès l’avènement de la presse privée.
Le personnel de l’entreprise, surpris par le sinistre scénario né depuis l’annonce par Rebrab de sa décision de fermer le journal, a multiplié les actions visant à sauver le titre, aidé dans cela par un élan de solidarité et de soutien de divers segments de la société qui n’ont pas voulu rester insensibles et indifférents devant le sort que compte malheureusement réserver Rebrab à Liberté.
Le cri de détresse lancé en effet par le collectif de Liberté, qui dit ne pas saisir les motivations d’une telle décision, a suscité une vague de réactions émanant des intellectuels, des acteurs politiques et des lecteurs anonymes du journal qui tiennent toujours à la sauvegarde du titre.
Mais, hélas, le patron du groupe Cevital semble, selon des informations, décidé à mettre à exécution la fermeture de Liberté et la réunion qu’il avait tenue avant-hier (lundi) avec le gérant de l’entreprise, Abrous Outoudert, par ailleurs directeur de la publication, n’a pas été fructueuse.
M. Rebrab a signifié à son interlocuteur qu’il a reçu au siège du groupe Cevital que sa décision est «irrévocable», faisant part de son engagement à indemniser les travailleurs de Liberté. Soit ce qu’avait dit, 48 heures auparavant, son fils au collectif des travailleurs de Liberté.
Si la messe n’est pas encore dite, il va sans dire que l’intransigeance qu’affiche manifestement Issad Rebrab et sa détermination à faire disparaitre Liberté font davantage craindre le scénario du pire.
Un scénario qui contrarierait toutes les bonnes volontés et les marques de solidarité exprimées depuis que Rebrab a informé le personnel de Liberté de son intention de baisser le rideau pour une entreprise qui dispose toujours de ressources financières, selon le communiqué du collectif des travailleurs.
«…la société éditrice dispose encore de ressources financières suffisantes pour lui permettre de continuer à exister» et que malgré un «environnement contraignant, Liberté demeure une entreprise de presse viable», a écrit le collectif dans son communiqué, relevant que «cette décision inattendue intervient au moment où le journal a engagé un train de mesures visant le redressement de la situation économique de l’entreprise».
Pour leur part, des intellectuels ont signé une pétition appelant à la sauvegarde du titre, considérant que «c’est parce qu’un journal est un espace d’échange et de transmission d’idées, de valeurs et d’expression citoyenne nécessaire à la vitalité démocratique d’un pays, qu’il faut le préserver, le défendre et le faire vivre».
La disparition de Liberté «serait une immense perte pour le pluralisme médiatique, un coup dur pour les acquis démocratiques arrachés de haute lutte et de sacrifices. Une grande perte pour le pays. Conscients de l’apport du journal Liberté à la vie culturelle, sociale et sociétale du pays, nous appelons à sa préservation», ont-ils relevé.
Le Parti des travailleurs (PT) a appelé, quant à lui, dans une lettre ouverte, Issad Rebrab à «reconsidérer» sa décision de fermeture du journal.