Le centre de réflexion Care, dans une contribution destinée à enrichir le débat sur la réduction de l’impact de la crise sanitaire, qui sera ouvert lors de la tripartite des 16 et 17 août, estime qu’il est plus que jamais urgent qu’un programme cohérent de réformes totales de l’économie soit rapidement mis sur la table pour redresser la situation de l’économie nationale.
La situation économique de l’Algérie est très grave actuellement. Tel est le constat du centre de réflexion Care contenu dans sa contribution destinée au gouvernement, aux opérateurs, aux partenaires sociaux ainsi qu’à l’opinion publique, en vue d’enrichir les projets de plan de sauvegarde des entreprises et du plan de relance économique et sociale qui seront discutés lors de la tripartite les 16 et 17 août prochain. Dans ce document intitulé «Au-delà de l’urgence pandémique, l’urgence de réformer l’organisation de notre économie», le think-tank Care dresse un diagnostic sans complaisance de l’évolution de l’économie nationale depuis la chute des prix du pétrole de 2014. «La crise des prix pétroliers, en 2014, aurait dû sonner l’alerte sur la nécessité de revoir cette organisation de notre système économique. Mais les gouvernements qui se sont succédé depuis ont préféré recourir à chaque fois à des expédients pour éviter les réformes, dont personne ne contestait pourtant la nécessité, y compris les instances officielles. C’est ainsi que le Fonds de régulation des recettes (FRR), qui abritait une épargne importante de 5 564 milliards de dinars, fut vidé en l’espace de trois années. Les réserves de change, qui ont avoisiné les 200 milliards de dollars/an, ont fondu de 20 milliards de dollars/an et devraient se situer autour de 44 milliards de dollars à fin 2020. Le recours à la création de papier monnaie, en 2017, a été rendu nécessaire pour financer les déficits abyssaux du Trésor à hauteur de 6 500 milliards de dinars. Le programme détaillé des réformes qui devait accompagner ce mode de financement, pourtant consigné dans un texte réglementaire, n’a toujours pas été mis en oeuvre.» Care souligne que cette injection massive d’argent public n’a pas eu de véritable impact positif sur la croissance de l’économie nationale. «Malgré cette injection massive de monnaie, la croissance de l’économie nationale n’a pas cessé de reculer pour atteindre à peine 0,8% en 2019. Le déficit du budget de l’Etat affiche déjà 15% du PIB. Dans la dernière LFC, il devrait pour sa part approcher les 20% du PIB. Avec la Covid-19, la crise économique va s’aggraver», estime Care. Au plan macro-économique, cette crise prévisible de la Covid-19 va aggraver ces déficits du Budget de l’Etat et de la Balance des paiements. Mais il ne faut pas oublier que ceux-ci perdurent depuis plusieurs années et n’avaient pu être maîtrisés ou résorbés, faute de réformes structurelles de l’organisation du système économique nationale. Care appelle à la misse en oeuvre urgente des réformes structurelles pour sortir de cette crise économique aiguë aggravée par la Covid-19. «Maintenant que les déficits financiers sont devenus insoutenables, Care estime qu’il est plus que jamais urgent qu’un programme cohérent de réformes totales de l’économie soit rapidement mis sur la table qui aide à sortir une fois pour toutes de cette gabegie dépensière qui continue à gaspiller de précieuses ressources financières qui vont manquer à l’immense programme de relance que le gouvernement devra mettre en place rapidement. La gestion actuelle de nos finances est destructrice pour le tissu productif local et menace la cohésion nationale.» Pour le centre de réflexion, les nécessités de la lutte contre la pandémie ne font nullement obstacles à la réorganisation profonde de notre économie.» En effet, sauf à vouloir une fois de plus reporter une telle échéance comme cela s’est passé depuis 2014, rien ne s’y oppose. D’une certaine façon, on pourrait considérer que cette conjoncture tragique est, au contraire, une raison supplémentaire de ne plus tergiverser et de commencer à corriger les déficiences nombreuses dont souffre depuis longtemps le système économique algérien.

En un mot, souligne Care, la pandémie n’est pas un obstacle à la réinvention de notre système économique.
«Le Fonds de régulation des recettes vidé en trois ans»
Le centre de réflexion note, par ailleurs, les programmes annoncés par le gouvernement pour relancer l’économie. Mais cela reste, selon lui, «insuffisant». «Certes, on note que le gouvernement a commencé à se préoccuper de relancer l’économie, c’est tout à fait justifié. Mais sans assainissement en profondeur des structures de notre économie et une transformation substantielle des modes d’allocation des ressources financières de plus en plus rares, de tels programmes ne contribueront pas à engager la diversification attendue et à mettre sur pied une économie performante, ouverte sur le monde et en mesure de créer des richesses durables pour répondre aux besoins de la population en croissance rapide.»
Pour la mise en place d’un comité de sécurité économique
Le Think Tank n’aborde pas le contenu de ces réformes, les détails de ces changements, mais insiste sur le mode de pilotage de ces réformes et la nécessité de repenser le système d’information économique actuel qui s’avère dépassé. Care suggère la mise en place d’un comité de sécurité économique comme instance nationale de coordination et de suivi des réformes de l’organisation de l’économie. «Care est parfaitement conscient que sur le terrain du changement des modes de gestion de notre économie, et après des années de gaspillage et de dilapidation de nos ressources, c’est une tâche ardue et de longue haleine qui attend notre pays. La définition du contenu précis et du calendrier de mise en oeuvre requiert d’autant plus de préparation qu’elle devrait viser à faire l’objet d’un consensus national le plus large possible.» Care justifie ainsi la mise sur pied de ce comité de pilotage. «Par ailleurs, on connaît les difficultés de mise en oeuvre des institutions publiques et le fossé qui sépare souvent les objectifs annoncés par l’administration et la réalité du terrain vécue par l’entreprise. Toutes ces contraintes amènent à proposer la mise sur pied d’un comité de pilotage des réformes économiques déjà suggéré par Nabni. Ce mode d’organisation a démontré son efficacité dans le cas de nombreux pays dans le monde qui ont engagé des programmes de réformes complexes sur des périodes de temps limitées, ce qui est actuellement le cas de l’Algérie.» Le centre de réflexion préconise également la mise à niveau du système d’information national. Care conclut sa contribution par cet avertissement : «Opérer les ajustements requis pour éviter d’avoir à le faire sous contrainte extérieure.» Il s’appuie sur l’expérience du programme d’ajustement structurel dicté par le FMI dans les années 1990. «L’expérience des années 1990 nous a enseigné qu’il vaut mieux avoir à faire nous-mêmes les ajustements (changements, réformes) que commande la situation réelle de notre économie, sans cela, c’est fort probablement sous le diktat d’organisations internationales que ceux-ci devront être conduits». Il alerte sur la nécessité de sortir de l’immobilisme et de la fuite en avant qui a prévalu au cours des dix dernières années. Care est toutefois optimiste : «Malgré la conjoncture difficile que traverse le pays, ces contraintes sont tout à fait surmontables à condition de les regarder en face et de les traiter efficacement avant qu’elles ne dégénèrent davantage».K. R.