La secrétaire générale du Parti des travailleurs (PT) a réitéré hier sa critique du gouvernement, incapable, selon elle, d’apporter de véritables réponses aux conséquences «terrifiantes» des crises sanitaire, sociale et économique que traverse le pays. La responsable politique, qui intervenait à l’occasion de l’ouverture d’une réunion de la Commission ouvrière nationale de son parti, a ainsi dénoncé la politique du «confinement pseudo sanitaire». La crise du coronavirus serait pour le gouvernement un moyen de «masquer» ses échecs en citant notamment les licenciements, les faillites, mais aussi la «perte du pouvoir d’achat des Algériens». Une situation qualifiée de «massacre économique, de crime contre la majorité du peuple qui tombe aujourd’hui dans la pauvreté».
La responsable politique, qui précise et concède que «la Covid-19 continue de faucher des vies», met toutefois en doute la capacité, ou la volonté, du gouvernement à communiquer sur la situation : «Les chiffres officiels montrent que la pandémie régresse rapidement (…) Nous espérons que ces chiffres soient exacts, malheureusement, tout le monde sait qu’ils n’ont pas été conformes à la réalité.» Quoi qu’il en soit, Louisa Hanoune, pour qui la situation des hôpitaux reste l’un des principaux obstacles, en rappelant que 60% du personnel de l’hôpital de Beni Messous ont contracté le virus, explique : «Les familles refusent d’envoyer leurs proches dans les hôpitaux pour d’autres maladies. Elles estiment que le risque d’être contaminé par la Covid est trop grand. Elles ont peur. Les conséquences seront énormes.» Louisa Hanoune a, par ailleurs, appelé hier a appelé à «la gratuité» des produits de prévention, «la population ne peut pas acheter suffisamment de masques ni de gel… ces moyens devraient être pris totalement en charge par l’Etat».
Abordant en ce sens le véritable objet de la réunion «virtuelle» organisée par le PT, à savoir la chute du pouvoir d’achat des Algériens, Mme Hanoune estime que les conséquences de ces situations sanitaires, sociales et économiques sont aujourd’hui «terrifiantes». La SG du PT, tout en appelant les organisations syndicales à s’organiser, compare la crise socio-économique actuelle à un «tsunami qui, depuis le début du pseudo confinement sanitaire, détruit de façon systématique les droits fondamentaux. Nous sommes aujourd’hui dans une véritable descente aux enfers». La preuve de l’exactitude de l’analyse de son parti se trouve, selon Louisa Hanoune, dans les différents rapports et études économiques algériennes et étrangères. Ainsi, sans citer l’origine de chaque document statistique ou étude, elle avance que les Algériens sont poussés à la précarité : «Au début du mois de juillet, 50% des travailleurs permanents, c’est-à-dire 3,5 millions de travailleurs étaient en arrêt de travail de façon définitive ou temporaire et beaucoup, surtout dans le secteur privé, ne sont pas payés.» La situation serait la même pour les travailleurs indépendants, «sur les 2,4 millions de travailleurs indépendants, dont les commerçants (40%), les transporteurs (15%), les bureaux d’études, les services, les agriculteurs, les agences de voyages, l’artisanat, les éleveurs… 63% d’entre eux, c’est-à-dire 1,4 million ont vu leurs activités stoppées». Les saisonniers, quant à eux, seraient «840 000 à avoir perdu leur travail», soit 50% des travailleurs de ce segment. Idem pour les chômeurs, les femmes au foyer, les étudiants, les retraités ou encore les pensionnaires «au minimum 2 million de personnes», beaucoup seraient aujourd’hui contraints à des «petits boulots» mal payés pour subvenir aux besoins de base, explique en substance la cheffe du PT.
Situation que le Parti des travailleurs refuse, cependant, d’attribuer à la seule pandémie de coronavirus, «la crise n’est pas une conséquence de la Covid-19, ce qui a fait exploser la situation est le confinement pseudo sanitaire». Louisa Hanoune estime plus précisément que les politiques suivies depuis 2014 ont contribué à fragiliser le pays : «Depuis 2014, dès le début du quatrième mandat d’Abdelaziz Bouteflika, et maintenant avec la loi de finances 2020 et la loi de finances complémentaire 2020, les mêmes politiques, les mêmes attaques sur les travailleurs et les classes populaires.» Ajoutant ainsi que «le système n’a pas changé», cette continuité serait notamment visible pour Louisa Hanoune dans la loi de finances complémentaire 2020. «Le gouvernement instrumentalise la Covid et le confinement pour augmenter les prix des carburants de 25%. C’est sans précédent dans l’histoire du pays. En 1998, les réserves de changes ne dépassaient pas les 4 milliards, la dette était criante et malgré tout, nous avions refusé toutes hausses».
«Nous enregistrons que les travailleurs commencent à s’unir. C’est le seul chemin pour faire reculer le gouvernement et faire en sorte qu’il revienne sur ses décisions.» La responsable du PT ajoute que «la colère gronde, la population demande un véritable développement, des infrastructures de base, des hôpitaux, des écoles des logements…». La situation catastrophique décrite par Louisa Hanoune ne serait cependant pas inéluctable appelant le gouvernement à la nationalisation : «L’Etat peut nationaliser les entreprises en cas de risques de faillite.Les travailleurs refusent d’être poussés vers la déchéance sociale.» Ou encore, à revoir la politique des fonds spéciaux ou le système de recouvrement des impôts. «Fin 2018, la Cour des comptes avait déjà montré les dysfonctionnements systémiques. Elle avait tiré la sonnette d’alarme sur la gestion opaque des fonds spéciaux que personne ne contrôle». Quant au manque à recouvrer des impôts, il aurait «atteint en 2018 près de 128 000 milliards de dinars. Il s’agit en partie d’impôts impayés mais aussi d’amendes non versées», explique la SG du PT. <