Dans une note publiée par deux de ses chercheurs, le CREAD estime que la crise sanitaire qui sévit dans le pays, combinée à l’effet de la chute des prix du pétrole sur l’économie, doit servir de tremplin pour une nouvelle ère de réformes et de transformation du modèle économique et de croissance algériens. C’est ce qui est contenu en amorce dans les recommandations qui ont suivi le débat, mardi et mercredi derniers, du plan de relance envisagé par l’Exécutif et dont la réussite dépend de son application effective et rapide sur le terrain.

Dans la note politique (Policy Brief) n°7 du CREAD (Centre de recherche en économie appliquée pour le développement), où il est question de la crise du Covid-19, ses conséquences sur l’économie et ses capacités de transformation, les deux chercheurs Menna Khaled et Mehibel Samer estiment que la crise que vit actuellement le pays est de «nature durable», car l’effet de la pandémie sur l’économie est conjugué à celui de la baisse spectaculaire des prix du pétrole. «Cette crise va affecter sérieusement l’économie algérienne à travers son effet sur la demande domestique à cause de son impact direct sur les recettes fiscales pétrolières, mais aussi d’une manière indirecte (endogène) sur les recettes fiscales ordinaires (hors hydrocarbures)», estiment les deux maitres de recherche, cosignataires de la note du CREAD. Sur le plan social, font-ils constater, les couches défavorisées et vulnérables seront les premières touchées des conséquences de cette crise. «En effet, les travailleurs journaliers qui activent généralement dans l’informel, et les petites et moyennes entreprises PME nécessitent respectivement des aides directes (transferts en cash) et des mesures fiscales rapides et adaptées pour leur permettre de survivre raisonnablement durant la période de la crise», lit-on dans ladite note. Les prévisions du Fonds monétaire International (FMI, 2020) donnent une croissance du PIB réel de 0.7 % pour la fin de l’année 2019 et -5.2 % pour la fin de l’année 2020. Le déficit de la balance du compte courant va encore se creuser pour passer de – 9.6 % (2019) à 18.3 en 2020, et le taux de chômage passera à 15,1 % en 2020. Ces chiffres, estiment les deux chercheurs du CREAD, signifient la forte contraction que va subir l’économie algérienne au niveau de la production, dépenses des ménages, investissements des entreprises et commerce international. Pour les chercheurs du CREAD, il n’y a point de solutions miracles aux problèmes auxquels fait face l’économie algérienne, si ce n’est d’enclencher immédiatement des réformes structurelles, de fond et immédiates. Si les différentes «éditions» des réformes enclenchées depuis 1986 n’ont pas abouti, pour diverses raisons, «l’opportunité est présente pour y réfléchir sérieusement». Pour Menna Khaled et Mehibel Samer, «cette crise devrait être une opportunité pour en finir une fois pour toute avec le spectre de la rente», lit-on dans la note des deux chercheurs. «Longtemps considérée comme une aubaine et don du ciel, cette rente a fini par devenir une malédiction», estiment les deux chercheurs. Ils croient dur comme fer que les effets de Covid-19 devraient accélérer le processus de réformes reléguées à chaque fois pour des considérations politiques et/ou d’ordre économique.

L’impératif de réformes structurelles
«La pandémie a révélé des secteurs qui ont bien réagi à cette crise, d’autres moins. D’autres ont montré un potentiel réel, mais négligé et qui doit être valorisé», soulignent-ils. Pour que cette crise puisse être une aubaine et un tremplin vers une ère économique nouvelle, les deux chercheurs du CREAD estiment qu’il est «urgent que l’Algérie revoie son paradigme de développement». «Ce dernier basé sur l’exploitation et la distribution de la rente a créé des distorsions plus qu’il n’en faut : les pratiques de rent seeking, une désindustrialisation à outrance et la généralisation de la corruption pour ne citer que ces phénomènes», lit-on dans la dernière Policy Brief du CREAD. «Le modèle de croissance de l’Algérie, fondé sur la redistribution des recettes pétrolières et gazières par un vaste secteur public, avait déjà besoin d’être revu en profondeur avant la chute des cours pétroliers, étant donné que les réserves connues de pétrole et de gaz (à l’exception du gaz de schiste) ne devraient durer que le temps d’une ou deux générations, (IMF, 2018)», font remarquer les deux chercheurs. Une des clés de réussite de toutes réformes engagées partout dans le monde, c’est la réforme bancaire et financière, chantier inachevé en Algérie depuis 30 ans, estiment Menna Khaled et Mehibel Samer. L’autre réforme nécessaire pour que l’Algérie puisse dépasser cette zone de turbulence est liée à l’amélioration du climat des affaires pour soutenir l’investissement et capter les IDE. «La faible performance de l’Algérie en termes de flux des IDE peut être attribuée au manque d’attractivité. Les IDE sont perçus, et pensés, comme un moyen de financer la balance des capitaux, et comme une possibilité pour transmettre du savoir-faire technologique ou pour développer des secteurs, une opportunité ou un risque pour le pays qui les accueille», estiment les deux chercheurs qui soulignent également la nécessité d’une réflexion «urgente» sur l’économie informelle. Entre autres recommandations suggérées par les deux chercheurs du CREAD la mise en place d’un système bancaire efficient avec des services de qualité, le renforcement des capacités productives dans les domaines stratégiques (production pharmaceutique, pour ne pas citer que cette branche d’activité) qui peut créer des emplois, mais encore, sécuriser l’approvisionnement en matières stratégiques au moment de crises, l’utilisation des TIC d’une manière efficace qui permet d’enclencher un processus vertueux de croissance inclusive basé sur l’économie de savoir avec toutes ses déclinaisons et l’ouverture, dans toutes ses formes : commerciales, sur les investissements étrangers, sur la diaspora nationale, sur les compétences étrangères et sur la société civile. n