L’information a fait l’effet d’une bombe dans l’univers du football avec l’annonce de la création d’un tournoi autre que la légendaire Champions League ayant pour nom la « Super League ». Une déclaration de guerre avec un modèle basé sur des revenus faramineux dépassant les 6 milliards d’euros par édition. Un « élitisme » footballistique qui risque de ruiner ce qui reste de l’aspect « populaire » d’un sport plus que jamais pris en otage par les riches et leurs caprices de gagner plus. Quitte à tout ruiner. Lecture.

Par Mohamed Touileb
Même parmi les puissants, la décision n’a pas fait l’unanimité. Des clubs comme le Paris Saint-Germain et le Bayern Munich, finalistes de la dernière édition de la Ligue des Champions, ont refusé de prendre part à cette dissidence que 12 clubs ont lancée dimanche en fin d’après-midi.
Dans la foulée, les réactions des différentes ligues nationales, de l’UEFA et la FIFA n’ont pas tardé. Le refus de cette idée est catégorique. Même les joueurs n’ont pas semblé emballés par ce qui ressemble à une forme d’aseptisation de la discipline et toutes les émotions qu’elle a toujours procurées.

L’argent tue le jeu
Avec cette supercherie (on va l’appeler ainsi), le gain devient le seul décideur. Certes, actuellement, le foot génère des gains faramineux. Mais la « Super League » mettra en place un cercle fermé où la performance sera réduite au second plan. Habituellement, pour disputer la fameuse C1, les clubs doivent terminer dans les 3 ou 4 premières places dans les 5 grands championnats européens à savoir l’Angleterre, l’Espagne, l’Allemagne, l’Italie et la France.
Avec la création de la « Super Ligue », les 12 clubs instigateurs, en plus des 3 autres qui sont en « stand by », auront la certitude de participer à l’épreuve, qui regroupera 20 teams au total, chaque année. On aura donc 5 « invités » par édition avec des critères à définir ultérieurement. Vous l’aurez compris, les créateurs de ce tournoi n’ont pas été fichus de mettre le « mérite sportif » en avant. C’est plus le gain et combien cette épreuve drainera en termes d’argent qui a primé. On parle d’un chèque global de 6 milliards d’euros par saison. Soit trois fois le « prize money » de la LDC avec les 2 milliards d’euros que se partagent les 32 clubs participants selon leurs performances.
L’avidité de l’argent chez les 12 clubs, qui n’ont pas tous une légitimité sportive quand on sait qu’Arsenal et Tottenham par exemple n’ont aucune Ligue des Champions à leur actif, est manifeste. Au diable les vertus du football devenu la discipline la plus suivie au monde grâce à des gens de la classe moyenne qui payaient pour aller au stade et achetaient les produits dérivés de ses clubs.

Bras de fer juridique en vue
C’est pour ces raisons que l’indignation chez certains supporters, comme ceux de Liverpool, qui ont manifesté aux alentours d’Anfield pour exprimer leur colère et opposition à ce projet honteux auquel les « Reds » ont décidé de prendre part. Pour leurs parts, l’UEFA et la FIFA ont convenu de se dresser face à la Super League en décidant de ne pas la reconnaître. La structure footballistique en Europe a même averti, via son président Aleksander Ceferin, que les joueurs qui participeront à la Super Ligue seront « bannis » de l’Euro et de la Coupe du monde.
De son côté, le syndicat des joueurs a dit s’opposer à d’éventuelles exclusions des équipes nationales en estimant qu’ « une nouvelle compétition pourrait causer des dommages irréparables » car les joueurs seraient « utilisés comme actifs et leviers dans ces négociations », précise la Fifpro. Cette dernière assure qu’elle s’opposera « vigoureusement aux mesures qui pourraient entraver les droits des joueurs, tels que l’exclusion de leurs équipes nationales.» La bataille ne fait que commencer. Et c’est le sport qui a été créé par les pauvres et volé par les riches qui en subira les dommages collatéraux. n