Le ministère de l’Education nationale a annoncé, mardi, un réaménagement du calendrier des vacances scolaires d’hiver, qui débuteront le 9 décembre 2021 et se termineront le 1er janvier 2022, suite à l’enregistrement de cas de Covid-19 dans des établissements scolaires, a indiqué le ministère dans communiqué.

PAR MILINA KOUACI
Ce réaménagement des dates des vacances scolaires d’hiver «intervient suite à l’enregistrement, ces derniers jours, de cas de Covid-19 dans des établissements scolaires des trois cycles parmi les élèves, les enseignants et le personnel administratif, ce qui a entraîné la suspension des cours dans de nombreuses wilayas», a précisé la même source.
Ce qui a provoqué la fermeture de certains établissements scolaires sans plus d’indications sur la situation sanitaire dans le milieu scolaire et le nombre de cas positifs recensés. Face à cette situation, «il a été décidé de réaménager le calendrier des vacances scolaires d’hiver, qui sont désormais fixées du jeudi 9 décembre au samedi 1er janvier dans toutes les régions», a ajouté le communiqué.
Toutefois, «les enseignants et le personnel administratif continueront à travailler du 12 au 16 décembre 2021 pour s’acquitter des tâches liées à la fin du premier trimestre, correction des épreuves, conseils de classe, saisie des notes sur la plateforme numérique, etc.», selon la même source. Les parents d’élèves pourront récupérer les bulletins scolaires de leurs enfants au niveau des écoles le jeudi 16 décembre 2021 de 9H à 14H, a fait savoir le ministère.
Outre le rallongement de la durée des vacances d’hiver (9 décembre-1er janvier 2022), le ministère a décidé d’organiser, en collaboration avec le département de la Santé, une vaste campagne de vaccination contre la Covid-19 au profit des enseignants et des travailleurs de l’Education nationale. Un appel a été lancé aux acteurs de l’enseignement «sans exception» à se faire vacciner contre la Covid-19 pour préserver la santé de tous, d’autant que «plusieurs pays font face à une quatrième vague».
Une décision imprévisible
Aucun syndicat ne s’est attendu à ce que la tutelle procède à l’avancement des vacances. «L’annonce de l’avancement du calendrier des vacances hier a été surprenant et imprévisible pour nous», dit Abdelouahab Lamri Zegarn, porte-parole de l’Union nationale du personnel de l’éducation et de la formation (Unpef), qui dénonce une absence de concertation du partenaire social. «C’est un argument solide de fermer les écoles si la situation sanitaire le dicte. Cela veut dire que le but est de protéger les élèves et le personnel du secteur, mais prendre une telle décision sans aviser ou informer au partenaire social nous contrarie», conteste notre interlocuteur.
Une position partagée par le secrétaire général du Conseil des lycées d’Algérie (CLA) Zoubir Rouina. «Le ministère a subitement annoncé le décalage des vacances d’une semaine, sachant qu’il nous a reçus dans des réunions de concertation autour de la révision du statut particulier», déplore M. Rouina. Le ministère, ajoute-t-il, a renvoyé la décision à l’enregistrement des cas positifs de coronavirus dans le milieu scolaire. «Si c’est le seul motif, on ne peut qu’accepter, car c’est aux spécialistes de la santé de s’exprimer sur le sujet», dit M. Rouina, qui exprime toutefois son «étonnement» que le ministère n’ait fait aucune allusion dans son communiqué au Comité scientifique de suivi de l’évolution de coronavirus». «La famille éducative n’est pas habilitée à s’exprimer sur la situation sanitaire», insiste le secrétaire général du CLA. «Les décisions surprenantes prises par le ministère doivent reposer sur des arguments plausibles pour éviter toute interprétation politique à un acte pédagogique», indique pour sa part le président du Syndicat national autonome des directeurs des écoles primaires (Snadep), soulignant que la santé des élèves et du personnel est de la responsabilité de l’Etat».

Les élèves privés d’une semaine de cours
L’avancement des vacances d’une semaine aura «inévitablement» des conséquences sur le volet pédagogique et l’application des programmes, estime M. Rouina. «Les enseignants engagés dans la course aux élections locales ont bénéficié d’un congé de 21 jours. La situation sanitaire exceptionnelle a fait que la tutelle reconduise le mode d’enseignement par alternance de groupe pour la 2e année consécutive, maintenant, le ministère décide d’avancer les vacances, ce qui compliquera davantage les choses», s’inquiète M. Rouina. «Je me demande si la tutelle va revoir le programme. Nous sommes dans une situation exceptionnelle. Le programme est chargé et complexe, notamment, celui du primaire qu’on demande de revoir», dit pour sa part le porte-parole de l’Unpef. Ce dernier espère que le 2e trimestre ne connaîtra pas de perturbations.
«On souhaite que le ministère réponde à nos revendications et ne nous contraigne pas à recourir à la protestation et perturber, par ricochet, le déroulement des cours.» Les enseignants ainsi que l’ensemble des travailleurs du secteur menacent de recourir à la grève si leurs revendications ne sont pas satisfaites. «Le recours à la grève nous a été toujours imposé parce que nos revendications sont inaudibles», clame M. Zegar.
Les syndicats des enseignants exigent en particulier une amélioration du pouvoir d’achat, bénéficier de la retraite anticipée, et le respect des libertés syndicales. «Si nos revendications sont prises en charge, il n’y aura pas de raison de recourir à la protestation», ajoute le porte-parole de l’Unpef. D’ailleurs, les syndicats constituants la Confédération des syndicats algériens (CSA) comptent se réunir dans les prochains jours afin de débattre de la situation actuelle et statuer sur les actions à entreprendre.
Les parents d’élèves ne souhaitent pas que le conflit opposant le ministère au Cnapeste en grève cyclique de deux jours, depuis six semaines, perdure davantage. L’Union nationale des parents d’élèves (UNPE) craint pour l’avenir des écoliers. Le Canpeste, qui a décidé de boycotter les activités administratives, en retenant les notes des élèves «compromet l’orientation des élèves de 4e année moyenne vers le secondaire et ceux de la 1re année secondaire à la 2e année. «L’orientation se fait en fin d’année, si le conflit persiste encore, c’est qu’il y a une anomalie qu’il faudra corriger», dénonce Hamid Saadi, président de l’UNPE.
Protocole sanitaire non respecté
Les syndicats du secteur de l’Education nationale déplorent le manque d’application du protocole sanitaire dans les écoles et du respect des mesures barrières. Les écoles primaires ont fait face à un manque de moyen de lutte contre le coronavirus et même contre une grippe saisonnière. Il serait judicieux de trouver des solutions radicales aux problèmes de l’école primaire, plaide Abdelkrim Gaïd, président du Syndicat national autonome des directeurs des écoles primaires (Snadep). Les syndicalistes font état, également, du non-respect des mesures barrières dans les établissements scolaires comme la distanciation physique et aussi le manque de moyens de protection.
Afin d’éviter de faire du milieu scolaire un foyer épidémique, l’Unpef appelle le personnel du secteur à se faire vacciner. «Tous les experts sont favorables à la vaccination. Nous encourageons les enseignants et l’ensemble du personnel à se faire vacciner, car c’est la seule solution pour préserver nos vies», ajoute M. Zegar.
La famille éducative entre élèves, personnel enseignant et administratif est de 11 millions. «Il ne faut pas se focaliser sur les enseignants qui sont au nombre de 800 000. Est-ce que le problème de la propagation de coronavirus va se régler si les enseignants se font vacciner ?», se demande pour sa part Zoubir Rouina, qui fait état de «la non-application» du protocole sanitaire dans les écoles. «Le protocole sanitaire est quasi inexistant. Il aurait fallu appliquer le protocole sanitaire à la lettre et veiller à son respect si on estime que la situation sanitaire est dangereuse.»