Mardi soir, un véritable coup de tonnerre a retenti à Oyem. La Côte d’Ivoire, tenant du titre africain, est foudroyée par une élimination prématurée dans la Coupe d’Afrique 2017 en ratant son match de la dernière chance contre le Maroc (défaite 1 but à 0).

Une véritable décadence pour une sélection qui avait soulevé le trophée il y a deux ans en Guinée-Equatoriale. La guigne du Champion a encore frappé.

Pour un bide, c’en est un. Cela dit, il était attendu pour maintes raisons. Les superstitieux penseraient certainement à la malédiction qui a frappé les récipiendaires du sacre depuis l’édition 2010. En effet, tout avait commencé avec l’Egypte. Forts de leurs sacres à la file (2006, 2008 et 2010), les « Pharaons » passent complètement à côté des éliminatoires de la CAN 2012 et ne prennent même pas part au tournoi de 2012. Une séquence que la Zambie remporta à la surprise générale. Une année plus tard, les Zambiens sont éliminés dès le premier tour. Pire encore, les «Chipolopolos » ne étaient pas parvenus à remporter le moindre match dans une messe où le Nigéria a été consacré. Pour les Nigérians, les choses n’ont pas été faciles puisqu’ils n’ont même pas eu l’opportunité de défendre leur notoriété deux ans après en terre équatoguinéene. La faute à une campagne de qualification complétement foirée. Vient alors le tour de la Côte d’Ivoire qui n’a pas dérogé à la règle. Un petit tour et puis s’en va pour les héritiers de Didier Drogba obligés de remettre leur couronne très tôt. Pour cet échec, il y a d’autres raisons bien sûr. Purement sportive. Sur le plan humain, certains départs en retraite ont fait mal. On pense ici au gardien de but Copa Bary, le défenseur Kolo Touré et, bien sûr, son frère Yaya qui été une pièce maîtresse et capitaine de l’équipe ces dernières années. Il y a aussi la méforme des actuels joueurs de la sélection à l’instar de l’attaquant Wilfried Bony qui n’est plus ce qu’il était depuis une année et demi après son passage par Manchester City. Il y a aussi l’ailier Gervinho, qui a succombé aux sirènes du championnat chinois avec un exil doré, sans oublier Salomon Kalou qui, à 31 ans, ne trouve plus le chemin des filets comme auparavant. En tout cas, cette malheureuse séquence gabonaise a eu raison de ce dernier qui a décidé de tirer sa révérence. « J’ai 31 ans, c’est ma 6e CAN. J’ai fait une finale et j’en ai gagné une autre. Maintenant cela ne s’est pas bien passé. Il y a des jeunes comme (Franck) Kessié, (Wilfried) Zaha… Je pense qu’ils sont le futur du football ivoirien. Je leur souhaite bonne chance », a informé l’ancien pensionnaire de Chelsea FC en Angleterre après avoir reçu le trophée d’homme du match contre les « Lions de l’Atlas » en dépit de la défaite des siens. Cependant, la raison la plus raisonnable reste le départ du driver Hervé Renard qui était, comme un symbole, sur le banc adverse lorsque ses anciens poulains ont trépassé.

 

Renard – Dussuyer : la transition délicate
« Si vous me le permettez, je crois être très bien placé pour parler, quand on vient dans une salle comme ça, ce n’est pas un tribunal », a lancé Hervé Renard en direction d’un journaliste. « Vous avez un entraîneur, Michel Dussuyer, que je connais depuis très longtemps, qui est un homme remarquable. Jusqu’ici il s’est qualifié pour une Coupe d’Afrique, il a débuté les qualifications pour la Coupe du monde de la meilleure des façons», a déclaré le technicien français, sachant qu’il est très respecté par la presse ivoirienne, qui a volé au secours de son successeur à la tête de la sélection qu’il avait laissée au sommet de l’Afrique. Il a fallu de la première et unique défaite pour que Dussuyer voie sa position fragilisée.
Le bilan du sélectionneur est plus au moins convaincant avec 5 succès, 8 nuls et 1 seul match perdu. Mais c’était celui qu’il ne devait pas perdre puisqu’il met fin à 15 rencontres sans défaite et une série de 6 éditions où les Ivoiriens se qualifiaient en quarts de finale au minimum. Parallèlement, son prédécesseur a fait le boulot avec les Marocains pour leurs permettre de figurer dans le « Top 8 » au Gabon. Renard est rusé et connaît bien l’Afrique. Ses deux consécrations lors des trois dernières compétitions continentales (avec la Zambie 2013 et la Côte d’Ivoire en 2015) «témoignent de sa plus-value aujourd’hui incontestable. Son départ aura donc fait très mal à la Côte d’Ivoire. Le fardeau a semblé très lourd pour celui qui l’a remplacé à la tête de la barre technique et qui se voit déjà menacé par une éviction. Sauf si les responsables lui accordent un sursis sachant que les camarades de Serge Aurier sont premiers de la poule « C » avec 4 points mais talonnés de près par… les Marocains et le Gabon avec 2 points.
« C’est une déception immense. Je suis extrêmement déçu, j’ai une pensée pour tous les Ivoiriens qui passent un moment qui n’est pas facile à vivre. La responsabilité, je l’assume. Après, on pourra épiloguer sur ce qu’il aurait fallu faire ou pas. Je sais que le débat aura lieu. (Sur une possible démission ?) Pour l’instant, je suis extrêmement déçu parce que les objectifs ne sont pas atteints. On avait l’ambition de passer ce premier tour et conserver notre titre. La nuit va être difficile.
Attendez demain (mercredi)», avait concédé Dussuyer dans son face à face avec les journalistes. Les « Eléphants » n’ont pas vraiment peser pour faire basculer la balance du bon côté et ils en payent les conséquences. Comme quoi, en foot, la vérité d’hier n’est pas forcément celle d’aujourd’hui.

 

Déclarations
Eric Bailly (défenseur de la Côte d’Ivoire) :
« Personnellement je suis désolé parce que moi-même je sais comment les Ivoiriens nous supportent. Avant d’être footballeur j’ai été supporter, je sais ce qu’ils sont en train d’endurer. Vraiment, cela fait de la peine surtout étant champion d’Afrique. C’est ce qu’on s’est dit, ici après une coupe c’est fini, il faut enclencher d’autres aventures. C’est ce qu’on n’a pas compris. On a laissé passer les deux premiers matches. La qualification ne s’est pas perdue aujourd’hui mais depuis les premiers matches. On a voulu se rattraper mais c’était trop tard, les Marocains ont été vraiment intelligents. Ils nous ont attendus, ils ont été tenaces en défense et en contre-attaque et ils nous ont mis un but ».

Rachid Alioui (attaquant du Maroc) :
« On attendait tous cette qualification, nous, les supporters, le peuple marocain. On est tous fiers d’y être arrivés, maintenant on espère aller au bout parce qu’on est là pour pouvoir la gagner aussi. (Sur son but) Le plus de beau de ma carrière ? Non, à Nîmes il y en eu aussi (rires). C’est but très important. Je suis très fier d’avoir réussi ce geste après c’est la récompense de tous les efforts de toute l’équipe. »