Le procès de l’islamologue Saïd Djabelkhir aura lieu mercredi prochain suite à une plainte déposée, il y a presque une année, par un enseignant de l’université de Sidi Bel Abbès.
Contre Saïd Djabelkhir, il a été retenu la charge évoquant «l’offense à la sacralité du religieux», mais pour le collectif d’avocats constitué pour défendre la cause du chercheur sur le fait religieux, le dossier «n’est porteur d’aucun fait grave» qui motiverait la plainte. C’est ce que résume l’avocat Moumen Chadi, membre du collectif, qui soutient que l’affaire Saïd Djabelkhir est une «affaire d’opinion» plus qu’autre chose, ajoutant que le collectif est serein vu qu’il «n’y a pas de faits graves» dans son dossier.
Par contre, explique le même avocat, ce qui peut inquiéter c’est le contexte actuel, marqué par des visées de restrictions et d’entraves aux libertés, relevant que «ce qui peut représenter un danger réel est le fait qu’aujourd’hui, encore, il y a des gens qui sont contre la pensée libre». Maître Chadi a indiqué, à propos de la place des libertés dans la société, que le rôle des hommes de loi est de lutter contre l’obscurentisme, entre autres, et défendre les droits et les libertés.
«La mission, voire le devoir, des avocats est de contribuer à débarrasser la société de tels phénomènes, par le biais des lois et de la justice, bien évidemment. Tout doit être régi par la loi», a-t-il indiqué, avant de s’engager, au nom du collectif, à défendre Saïd Djabelkhir et sa pensée «avec toutes les méthodes juridiques disponibles».
Pour sa part, Zoubida Assoul, membre également du collectif de la défense de Djabelkhir, a expliqué à Reporters que le collectif est en pleine préparation de la comparution de leur mandant, s’interdisant de nous faire part de la stratégie de défense, ni des arguments que prépare le collectif pour le jour J. Elle estime, cependant, que l’affaire Djabelkhir est un «grave dérapage» qui porte préjudice à la liberté d’expression en Algérie, regrettant ce qu’elle considère comme la «multiplication des cas d’atteinte aux libertés».
Saïd Djabelkhir, selon l’avocate, «est bien placé pour discuter et donner son avis sur la religion. Il est spécialiste et grand connaisseur de la chose religieuse», ajoutant que les idées «doivent être débattues». Pour l’avocate et cheffe politique, «on doit ouvrir le champ au débat et répondre aux idées par d’autres idées et aux arguments par des contre-arguments».
Maître Zoubida Assoul soutient à ce propos : «Nous ne devons pas incarcérer les individus, moins encore quand il s’agit de chercheurs, pour leurs idées.» Elle a souligné, s’agissant de la charge retenue contre le chercheur poursuivi pour «offense à la sacralité du religieux», que «personne n’est mandaté pour défendre la religion d’Allah», estimant que «la religion est une quête personnelle et individuelle».
Saïd Djabelkhir avait estimé, quant à lui, dans une brève déclaration à Reporters, qu’il est dans l’exercice de son métier quand il aborde les questions en lien avec le fait religieux. «Je suis islamologue de formation, chercheur en Charia, donc un expert dans la religion islamique. Je suis censé critiquer et discuter l’islam comme religion et pensée. Du coup, je ne comprends pas pourquoi certains sont dérangés par ce que je fais alors que je ne fais qu’exercer mon métier», a-t-il soutenu.